Hors Service n°44

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Y’a de la baston dans la taule

Ces dernières semaines, les bonnes nouvelles de révolte se sont succédées dans les prisons belges.
A Forest, deux détenus envoient quatre matons à l’hôpital. Lors d’un énième contrôle de cellule, les matons avaient découvert un gsm. Les deux détenus ont répondu en cassant la table et en attaquant les matons avec les pieds de la table. Grève spontanée du personnel.
À Hasselt, en solidarité avec un détenu tabassé au cachot, 90 personnes se mettent d’accord pour bloquer le préau, dont ils détruisent les bancs, les caméras, cassent les vitres et arrachent les grillages. Ce sont de gros dégâts. 50 flics locaux et fédéraux interviennent, les détenus répondent dignement à cet assaut. Une semaine après, un détenu donne un coup de tête à un surveillant lors de la visite. Grève du personnel.
À la prison d’Anvers, plusieurs détenus foutent le feu à leur cellule. Les dégâts sont de taille.
À Louvain, 6 personnes refusent de réintégrer les cellules et bloquent le préau. Ils détruisent tout ce qu’ils ont sous la main, le terrain de foot, les bancs, les poubelles etc. Ils attaquent ensuite les matons qui veulent les faire rentrer de force. Un maton est blessé. Ils grimpent sur le toit. 40 flics arrivent et font descendre les détenus de force. Un détenu est blessé et transféré pour empêcher toute solidarité.
A la prison pour mineurs d’Everberg, quelques jeunes refusent de réintégrer leurs cellules. S’en suit une belle bagarre entre 20 jeunes et gardiens, où 4 gardiens sont blessés. Grève du personnel.
Voilà ce qu’a bien voulu lâcher la presse. D’autres nouvelles de révolte sont aussi parvenues à nos oreilles.
À Andenne, une personne qui venait de passer un sacré moment en isolement, sort et donne une patate au premier surveillant qui croise son chemin.
A Bruges, un détenu n’accepte pas que le maton veuille entrer dans sa cellule à n’importe quel moment de la journée, sous n’importe quel prétexte. Il le coince dans la porte et lui donne quelques patates. Au quartier de haute sécurité, une personne en a marre de travailler sur les boîtes de cartons et décide de les détruire.
Les nouvelles des révoltes en prison nous réjouissent et nous donnent du courage pour se battre à l’extérieur également. Ce n’est pas le nombre de détenus en révolte qui nous impressionne, mais la volonté de se confronter à ses ennemis et de revendiquer sa dignité. Les trois occupations de préau se sont tellement vite enchaînées qu’il est clair qu’une révolte a donné de la force et du courage à d’autres. Ça faisait longtemps que les détenus n’avaient pas montré une telle détermination à ne pas se laisser faire face aux matons.
Dans un tout autre registre, un mot sur la presse. Ce n’est pas anodin que ces actes de rébellion sortent aujourd’hui dans les journaux. Ils ont été accompagnés par trois grèves des matons – comme par hasard aux premiers beaux jours de l’année – et une concertation des syndicats de matons qui s’annonce musclée. Leur but est de « conscientiser » les politiques à la veille des élections pour toujours demander plus d’effectifs et plus de répression. A Hasselt, ils demandent concrètement que le placement au cachot puisse plus facilement dépasser les 9 jours, pour les détenus les plus récalcitrants ils parlent même d’un prolongement systématique.
Nous pouvons jamais nous fier à la presse pour savoir ce qui s’est réellement passé lors d’une rébellion. Elle racontera toujours la version des matons ou des flics qui sont arrivés pour écraser la révolte. Elle étouffe souvent complètement les petits et grands actes de révolte à l’intérieur, tout comme elle le fait pour ce qui se passe à l’extérieur. La presse est un outil du pouvoir pour gérer les informations qu’il veut bien lâcher, dans un but spécifique. Elle ne fera jamais part des violences faites aux détenus, des humiliations et des mauvais traitements peu spectaculaires et devenus presque le lot quotidien. Elle ne dira jamais dans quel contexte une rébellion a eu lieu. C’est à nous de nous approprier ses actes de révolte et de leur donner des échos !

Nouvelles de la lutte contre la maxi-prison

L’Etat a décidé de construire 13 nouvelles prisons, dont la plus grande est projetée au nord de Bruxelles. D’un côté, cette maxi-prison compte en finir avec la révolte et les rébellions dans les prisons ; de l’autre, son ombre pèsera sur tout le monde, qu’on se trouve à l’intérieur ou à l’extérieur. Nous luttons contre la construction de cette maxi-prison, parce que les atrocités ne sont pas à construire, mais à détruire. Nous luttons contre, parce que cette prison est à l’image de ce que le pouvoir est en train de faire avec Bruxelles : transformer la ville en une zone taillée pour satisfaire les riches, les puissants, les eurocrates et les capitalistes. Notre lutte est une lutte directe et auto-organisée, sans partis politiques ni grandes organisations ; une lutte qui veut empêcher concrètement sa construction par le refus active et le sabotage. La construction d’une prison dépend de pleines de choses : les politiciens qui décident, les entreprises qui vont la construire, les médias qui vont défendre le projet, l’acceptation de la population. Et ces choses-là, on compte bien les perturber et attaquer pour empêcher que l’atrocité d’une maxi-prison voie la lumière du jour. Par l’action directe, par nous-mêmes, avec tous les moyens que nous estimons adéquats, et à partir d’ici et maintenant.


Quelques nouvelles
Des projections du court-métrage « Maxi-prison vs. Maxi-rébellion » ont eu lieu en plein air sur des places à Saint-Gilles, Anderlecht en Molenbeek. Il y a aussi eu des distributions de tracts appelant à la lutte contre la maxi-prison, des affiches ont été collées sur les murs et des slogans peints fleurissent un peu partout. Il faut dire que les autorités s’acharnent à les faire enlever le plus vite possible, ce qui ne vient pas du tout comme une surprise.
A Haren, la petite commune au nord de Bruxelles où se trouve le terrain de la future prison, les autorités ont organisé fin janvier une « séance d’information » : une soirée afin de convaincre les gens que la prison c’est bien, c’est chouette d’habiter dedans ou aux alentours et surtout, que lutter contre n’a aucun sens car tout est déjà décidé. Le refrain habituel donc. Heureusement, cette séance a été perturbée par des opposants, même si les flics étaient-là en nombre pour protéger les représentants officiels.
On apprend aussi des médias que les architectes qui vont dessiner la maxi-prison, Buro II & Archi+I dont les bureaux se trouvent à Ixelles, ont eu une petite visite : le chef du projet racontait que des gens avaient souillé ses bureaux avec des excréments. C’est sûr, se faire du fric sur l’enfermement, ça pue.
On a remarqué aussi que des nouveaux autocollants et affiches circulent, clouant au pilori toutes ces sales entreprises faisant du fric avec la construction de nouvelles prisons, tels que les constructeurs BAM, VALENS et DENYS ou les banques KBC, Belfius ou Fortis BNP-Paribas. Sabotons-les partout, leurs agences, leurs bureaux, leurs chantiers, leurs véhicules !

Pour aider avec la diffusion de tracts et d’affiches, vous pouvez prendre contact via le site www.lacavale.be. Là se trouvent aussi rassemblées les nouvelles de la lutte contre la maxi-prison et les luttes à l’intérieur des prisons, ainsi que des témoignages, de lettres, de récits d’actions etc.

Incendie chez le constructeur de prison Eiffage à Exincourt (France)

Début mars, un bâtiment appartenant au constructeur de prison Eiffage à Exincourt (France) subit de grosses dégâts. Le(s) incendiaire(s) auraient allumé le feu dans le garage, là où se trouvaient les engins de chantier. De là, les flammes se sont propagées à tout l'entrepôt.
Cette attaque contre Eiffage en France a aussi une signification pour nous ici en Belgique. Tout d'abord parce qu'une belle attaque contre un constructeur de prison n'importe où dans le monde est une bonne chose, mais aussi parce que cette entreprise de construction est aussi active en Belgique. Eiffage (sa filiale plus présente ici se nomme Valens) a construit le tout dernier camp de déportation pour sans-papiers à Steenokkerzeel, le Caricole, tout comme la nouvelle prison à Marche-en-Famenne. Ces deux prisons sont connues pour l'ambiance étouffante qui y règne. On dit "prison humaine", mais quand tu ne sais même pas ouvrir la fenêtre de la cellule il semble quand même qu'on se trouve plutôt sur une planète remplie d'êtres mortes.
A travers l'histoire, le sabotage a toujours été une arme des opprimés contre leurs oppresseurs. Aujourd'hui, nous vivons dans une époque où tout semble changer ultrarapidement. Les caméras poussent sur le sol comme des herbes estivales après une bonne averse, les flics se multiplient comme des lapins, le gouvernement fait passer une loi répressive après l'autre. On nous interdit de continuer à vivre, et si nous décidons de le faire quand même, les nouveaux comicos et les nouvelles prisons nous attendent. Comme tout cela est très agressif et intense, on peut avoir l'impression qu'on n'y peut rien et qu'il faut mieux se résigner à attendre à ce que ça passe et à ce que viennent des temps meilleurs. Mais non, non! Car des temps meilleurs ne viendront uniquement si des gens se battent pour! Jamais les puissants nous offriront des temps meilleurs, toujours c'est à nous de se battre pour!
L'attaque est le langage de celui qui refuse de négocier avec son oppresseur les conditions dans lesquelles il doit survivre. C'est le langage de celui qui en a gravement marre de devoir survivre dans une cage et qui place sa griffe dans le visage de ceux qui l'enfermement. L'attaque n'est pas douce, c'est la conscience que le dialogue n'est pas une option, que l'oppression ne finira que quand on arrête d'être gentil avec son oppresseur, quand on arrête d'être esclave. Cela est l'histoire de tous les opprimés en révolte à travers toute l'histoire, jusqu'au jour d'aujourd'hui où le soulèvement enragé et solidaire des opprimés chasse des dictateurs.
La prison et toute la toile d'araignée de la répression ressemble à un moloch qui écrase des gens et qui est intouchable. Et pourtant... Quand on s'approche pour examiner un peu comment tout fonctionne, on constate que c'est une machine, une machine qui consiste d'engrenages et que ces engrenages, on peut les saboter. Ce qui s'est passé en France nous le montre.

Des nouvelles de Palestine : « Mu'taz, qui ne voulait pas se donner »

La résistance n’est bien sûr pas morte en Palestine. Les armes sont toujours là pour résister, des balles, des pierres qui viennent pour la plupart des camps de réfugiés où les conditions de survie sont les plus difficiles. Avant, les armes étaient plus dans les mains des gens, mais depuis que l’autorité palestinienne s’est installée, les armes sont surtout avec les flics et le pouvoir centralisé.
Mais les armes sont là.
Mi-février, le petit checkpoint pour aller à Birzeit a été attaqué. Un mec de l’armée a été blessé par un M16.
Jeudi 27 février 2014. L’armée est dans le village Birzeit. Ils cherchent quelqu’un. L’armée a lancé une opération pour arrêter Mu’taz, un résistant de 23 ans. Comme d’habitude, l’armée justifie ses opérations par la « sécurité » et suspecte Mu’taz de terrorisme. Toujours les mêmes accusations !
Cette arrestation ne se passera cependant pas comme d’habitude. La plupart du temps, l’armée arrête les gens chez eux en plein milieu de la nuit, au checkpoint ou dans la rue, et les emprisonne en détention administrative (ce qui veut dire que les personnes peuvent rester en prison jusqu’à ce que l’autorité israélienne décide de les libérer, si elle décide de les libérer).
L’armée a encerclé la maison et fait sortir tout le monde. Les militaires voulaient Mu’taz Wahsheh. La mère a dit à l’armée que son fils n’était pas à l’intérieur et espérait que son fils se soit échappé de l’autre côté de la maison. Entre temps, de nombreuses voitures de l’armée sont arrivées, fermant toutes les rues. Les gens ont commencé à sortir de chez eux mais ne pouvaient pas s’approcher de la maison.
Ne trouvant pas Mu’taz, l’armée a commencé à détruire les murs de la maison avec des buldozer devant tout le monde. Ensuite, ils ont jeté des missiles à l’intérieur et la maison a commencé à prendre feu. Les pompiers palestiniens sont rentrés dans la maison pour éteindre le feu où ils ont vu Mu’taz vivant. Mais, il ne voulait pas se rendre aux occupants, il a dit qu’il préférait mourir plutôt que de se donner à l’autorité israélienne. Il voulait mourir un peu plus libre.
L’armée le voulait mort aussi, elle a laissé les forces de sécurité entrer dans la maison et celles-ci ont tiré sur Mu’taz à bout portant.


La famille, les ami(e)s, des palestiniens sont sous le choc ! Une arrestation avec une telle violence ne s’était plus passée depuis la deuxième intifada en Cisjordanie. Cependant, les réactions sont diverses : certains ne sont pas étonnés car le pays est sous occupation israélienne depuis 1967, d’autres essayent de normaliser les événements (d’habitude, face à une telle situation, tous les commerces sont fermés, ici les gens continuaient à boire des verres à Ramallah, la ville à côté), d’autres préfèrent ne pas en parler car c’est trop difficile, …


L’autorité israélienne est toujours là pour humilier, arrêter et casser les résistants palestiniens. La colonisation israélienne prends plein de formes de domination différentes, elle a plein de tactiques pour rester vivante et écraser les palestiniens.
Soyons solidaires avec ceux et celles qui se battent pour la liberté en Palestine et ailleurs, crachons sur tous les militaires ! Qu’ils soient israéliens, belges, arabes, ils ne sont là que pour défendre le pouvoir en place. Ce pouvoir qui veut nous imposer ses lois et restreindre notre liberté, qui nous accuse de terrorisme si on n’est pas d’accord de protéger ses intérêts !
Dans ce monde rempli d’atrocités, seule la révolte nous permet de rester en vie et digne !

Cris de révolte

Cris de révolte, cris de rage. Cris d’espoir et de souffrance. Probablement on n’est pas très nombreux à encore les entendre, assourdis comme sont nos contemporains par l’infernal bruit des choses à acheter et des infos à avaler. Mais certains l’ont entendu, malgré l’épaisseur des murs. Mutinerie à la prison de Hasselt en solidarité avec un rebelle mis au cachot pour avoir levé la voix contre la terreur des matons. Emeute des jeunes enfermés à Everberg contre les horizons de leurs vies fermés par des barreaux et des gardiens. Incendies dans les prisons de Louvain et d’Anvers, allumant des torches étincelantes dans l’obscurité du monde carcéral. On les a entendus, ces cris ; dans nos oreilles, ils sonnent comme des chants, des chants de courage et de solidarité, des chants de révolte et de dignité.
Qui nous apprend encore à chanter ? Entre le bruit des clés dans les portes des cellules et les blips des appareils technologiques qui nous enchaînent ; entre les ronrons des politiciens qui parlent de sécurité et de travail et les esclaves qui tapent le rythme de la mort sur les claviers ; entre les engins de chantier et les grues qui érigent les bâtiments d’un monde étrange à la vie et les ordres gueulés à tout coin de rue par des abrutis en uniforme et de citoyens zombis ; entre les balles de flics qui pénètrent dans la chair des indésirables et les publicités bombardées à une vitesse vertigineuse. Dis-moi, quel chant entends-tu encore ? Pourtant, l’être humain qui ne chante plus est un être mort. Un mort-vivant. Le sang ne bouillonne plus dans ses veines, son cœur ne bat que sur le rythme de l’autorité, sa voix ne s’élève que pour répéter la voix de son maître.
Ne sentes-tu pas l’attrait mystérieux quand quelqu’un chante malgré tout ? Ne sentes-tu pas que le battement de ton cœur s’accélère, ne sentes-tu pas cette fantastique mélange entre le désir et l’incertitude, oui, la peur, face à l’inconnu ? Le chant, les chants de révolte et de liberté en particulier, ne donnent pas des explications précises, ni fournissent des raisons objectives. Le prisonnier qui se révolte, l’esclave qui se dresse debout, l’opprimé qui attaque son oppresseur, tous ont des raisons, mais les mots bruts ne sauraient exprimer vraiment ce qui les agite. Les explications donnent souvent plus de prise aux puissants pour écraser les révoltés, pour mieux les étouffer, pour couvrir de béton ce qui couve profondément dans chaque être humain.
Chante, chante, la vie nous appelle. Les cris de révoltes appelle à des échos de révolte, pour rajouter des refrains, mélanger des mélodies, faire résonner des instruments magnifiques. Partout autour de nous, les étouffeurs du chant sont à l’œuvre. Le pouvoir a commencé à marteler son projet : la sécurité pour Bruxelles, tout le monde sous vidéosurveillance et la construction d’une maxi-prison à Bruxelles pour faire peser la menace sur chacun et chacune. Nos chants, ce sont des chants d’amour, d’amour pour la liberté, pour la solidarité, mais ce sont aussi des chants de rage, de feu et de plomb contre les étouffeurs de la vie, contre tous ceux qui protègent la société actuelle.
Les chants frappent déjà à vos portes. Que ce soit une mutinerie dans une prison ou un cocktail Molotov jeté sur des voitures d’entreprises qui veulent construire la future maxi-prison ; que ce soit le guet-apens tendu contre les flics ou les chantiers de la mort sabotés pendant la nuit. Tous des chants différents, tous des chants de vie et de révolte. On n’attend pas à ce qu’un autre chante en premier, on respire profondément et on commence, c’est tout. On n’attend pas les masses qui descendent dans la rue, on se fie plutôt sur ceux qu’on connaît, ceux animés par un même désir de chanter à pleins poumons.

Brèves du désordre 44

Les veines du capital – Fin mars, un incendie nocturne frappe les installations électriques à Monceau-sur-Sambre. Il s'agit d'un des plus grandes sites du réseau de haute tension, servant notamment comme nœud entre le réseau internationale et le réseau belge. L'incendie a duré plusieurs heures et a provoqué deux explosions dans le transformateur. Tout le site a été ravagé, ne provoquant cependant aucune rupture de courant dans les environs. “Mais sans électricité, rien ne marcherait! Comment vous pouvez défendre de tels sabotages?” En effet, nombreuses choses horribles dépendent aussi de l'électricité: les usines, les prisons, les centres commerciales, les TGV, les aéroports, les ministères... En coupant le courant, on coupe dans les veines du capital et de l'Etat. Sans rupture, que ce soit en sabotant le courant, en bloquant la circulation, en brûlant un bâtiment nécessaire au bon fonctionnement de l'économie et de l'Etat, le train-train quotidien continue impitoyablement à empêcher et écraser la remise en question du monde dans lequel on vit. Toute la société se trouve sous occupation du capitalisme et de l'Etat, ses structures sont partout, ses uniformes sont partout, ses esclaves aussi sont partout. A ceux et celles qui luttent pour la liberté, nous conseillons donc d'agir en partisans, en petits groupes effectuant des sabotages partout où l'ennemi ne peut pas se défendre avec ses gros moyens et sa présence massive.

Un nid de poulets brûle – Dans le quartier Droixhe, à Liège, un groupe d'une dizaine de personnes ont attaqués le commissariat local avec des cocktails molotov. Vers 21h, tandis que les flics se trouvaient encore à l'intérieur, ils s'approchent du commissariat et font pleuvoir des dizaines de molotov sur le comico.

Des noms et des adresses – Plutôt que d'accepter le jeu politique avec ses fausses consultations, ses négociations, ses pétitions et quoi encore, ceux qui veulent lutter contre la pourriture de la politique et l'horreur du capitalisme feraient mieux d'embrasser la voie de l'action directe: agir directement contre ce qui nous opprime et exploite, avec les moyens que nous choisissons. Par exemple, quelqu'un n'était pas peut-être pas trop d'accord avec certaines décisions de l'échevin Raymond Neves (PS) de Engis, ou n'aime tout court pas de politiciens, et une belle nuit de mars, la BMW X3 de l'échevin socialiste est partie en fumée.

Détruire passionnément, vivre sans entraves (Brèves de la lutte contre l'autorité - Belgique 2013)

Détruire passionnément, vivre sans entraves 
Brèves de la lutte contre l'autorité - Belgique 2013

http://horsservice.wikidot.com/local--files/start/detruire%20passionnement%202013.pdf


Cette chronologie a été établie à partir des brèves publiées dans la feuille anarchiste Hors Service. Il va de soi qu’elle n’est en rien exhaustive, la plupart des actes de révolte s’accomplissent sans avoir aucun écho dans la presse. L’Etat a en effet tout intérêt à produire un écran de fumée autour de lui, prétendant d’être invulnérable. Mais les révoltés de partout savent que cela n’est qu’un chimère.
L’intention de cette petite compilation n’est donc rien d’autre que d’esquisser un panorama de la multiplicité et de la diversité des pratiques de lutte et d’attaque contre l’autorité. 


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Hors Service n° 43

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De l'air, de l'air!

Ce monde carcéral qui nous empêche de respirer
Il y a deux semaines, un homme est retrouvé mort dans des circonstances suspectes, dans son lit, dans une cellule, enfermé dans la prison pour étrangers à Bruges. Vivre derrière des barreaux, mourir derrière des barreaux, il nous faut détruire le monde qui crée de tels possibles.
L’air qu’on respire est pollué… Cette pollution, c’est l’odeur de l’économie, des uniformes, la puanteur de l’enfermement, de l’oppression quotidienne, de l’acceptation et de la dépression. Et cette ambiance provoque des troubles respiratoires : une agression pulmonaire, une bronchite chronique, une espèce d’allergie au monde qui nous écrase : du stress.

Détruire ce qui nous détruit pour prendre l’air
On nous dit que si on est malade il faut aller voir le docteur, avaler des médicaments pour calmer la douleur, et se résigner à vivre avec la maladie. Mais quoi qu’il en soit, si les causes restent intactes, les symptômes reviendront à chaque fois.
Il y a certains remèdes qu’aucun docteur ne prescrira. Démolir les cages, scier les barreaux, voilà des médications qui font du bien ! Comme ces cinq hommes qui s’envolent des centres fermés de Merksplas et de Steenokkerzeel. À Vottem, une personne tente de mettre le feu à sa cellule. Et tout dernièrement, un prisonnier réussit à s’échapper de la prison de Lantin, avec la complicité de codétenus solidaires.
À Bruges, suite à la mort suspecte de l’homme, tous les prisonniers se mettent en grève de la faim, et seront suivis par d’autres dans les centres fermés de Vottem et Steenokkerzeel. Des manifestations de solidarité ont lieu devant ces deux prisons pour étrangers et les matons se font insulter par les manifestants pendant le tour de garde.

Le feu qui donne de l’oxygène
Pendant des années, les prisons et les centres fermés belges ont connu la rébellion et la révolte : des ailes entières ont été mises hors services par le feu. Dehors aussi, des émeutes et des attaques solidaires ont donné de l’oxygène à tous ceux qui ne veulent pas accepter cette prise en otage permanente.
L’État réagit et construit des zones d’isolement dans les prisons, comme les QHS de Bruges et Lantin. Ces deux lieux indescriptiblement cruels ont été dévastés à plusieurs reprises, mais rénovés à chaque fois. Dans les camps de déportation aussi, les révoltés sont mis en isolement, transférés ou expulsés au plus vite, pour empêcher la contagion de l’agitation. Ce sont toutes des armes dans les mains du système pénitentiaire qui visent à rendre dociles les prisonniers récalcitrants à coups de bâton et à faire peur à tous. C’est dans la même logique que l’État prévoit 9 nouvelles prisons en Belgique.
L’État cherche donc à nous couper le souffle pour de bon. Certains ne se laissent pas faire, et passent à l’offensive. Si on pense à la nouvelle prison de Marche-en-Famenne, ultra-sécurisée, n’oublions surtout pas la tentative de sabotage du chantier en 2012 quand six bombes incendiaires sont placées dans les grues. Et encore, quelque peu après l’ouverture de cette nouvelle prison en novembre 2013, les vitres du bureau des architectes morbides (CERAU) qui ont dessiné cette taule volent en éclat. C’est comme prendre un bol d’air frais.

Respiration contre résignation
Si le pouvoir nous veut dociles, expulsés ou enfermés, c’est à nous de nous mettre en forme et de nous préparer à la bataille. S’il veut que Bruxelles soit bien nettoyée et sécurisée pour qu’elle soit agréable aux eurocrates, diplomates, riches et businessmen, c’est à nous de rester dignes, de garder la tête haute, et de ne pas les laisser avancer sans qu’ils se heurtent à nous. Entraînons nos poumons à respirer librement.
Saboter les rafles, se battre contre la construction de la plus grande prison de l’histoire belge, à Bruxelles, aller à l’offensive…Tout ça est possible, en s’organisant en petits groupes de confiance, avec un peu d’agilité, de détermination et d’inventivité. En se reconnaissant aussi entre révoltés assoiffés de liberté. Respirons un grand coup et faisons un maximum de bruit, foutons un beau bordel !

Des cibles, on peut en trouver partout. Les entreprises qui gagnent du fric avec l’enfermement (Sodexo, Fabricom …) ou celles qui construisent des nouvelles prisons (BAM, Valens, BESIX, Willemen, DENYS …), mais aussi les chantier destinés au profit et confort des riches, et les bureaux où travaillent les gentils monsieur-dames qui prennent les décisions et conçoivent des plans pour affiner l’exploitation, l’écrasement et l’expulsion des indésirables (l’Office des étrangers, la Régie des bâtiments, l’UE, le ministère de la Justice, l’ONEM et tant d’autres).

N’oublions jamais : chaque acte inspiré par le désir de liberté parle au cœur de celui qui cherche la même chose. Soyons solidaires, jusqu’à leur couper la respiration, jusqu’à ce qu’on soit libres, libres comme l’air.

Les dettes des pauvres ?!

Mais c'était qui encore, qui avait commencé la crise?

De 2008 jusqu’à aujourd’hui, depuis près de cinq ans maintenant, c’est la crise. Les médias assouvissent leur faim de nouvelles avec elle, les politiciens ne font que parler de ça, les dirigeants des entreprises s’en plaignent “avec raison”. Qui crise ?, quoi crise ?, ose-t-on alors se demander de temps en temps. En effet, l’économie tourne pourtant à toute vitesse, comme en témoignent les profits colossaux qu’encaissent les actionnaires, et les salaires vertigineux que les managers empochent. De même, le capitalisme reste fermement debout comme un dogme incritiquable, et les politiciens bêlent tous le même refrain : austérité, tout le monde au travail, continuer sur le même chemin sans se retourner. On voit bien là que cette société ne connaît ni crise économique, ni crise politique ou idéologique. Mais alors, elle est où cette fameuse crise? Car il y a bel et bien une crise, toutes les vaches beuglantes sont d’accord sur cela. La crise, c’est même le prétexte qu’ils invoquent pour couper dans les allocations de chômage, pour licencier autant dans le public que dans le privé.
S’il n’est peut-être pas très clair où se trouve cette crise, en tout cas les puissants trouvent clairement que les coupables, ce sont les pauvres. Comme ils coûtent trop à l’économie, l’Etat supprime les allocations, envoie des huissiers pour aller récupérer les arriérés, bricole avec les salaires minimums, diminue les taxes sur les salaires, afin que les dirigeants des entreprises puissent empocher plus. Entre-temps, la différence entres les plus riches et les plus pauvres n’a jamais été aussi grande dans l’histoire récente.
Tout cela devient chaque jour un peu plus dégoûtant. En 2008, quelques secteurs économiques se retrouvent en difficulté. Le secteur financier mondial -et dans certains pays le secteur immobilier- a joué à des jeux dans lesquels il se mord maintenant les doigts. Mais comme il n’avait pas l’intention de subir ces pertes, ça non, les puissants ont préféré les reléguer à d’autres. Notamment à quelques gouvernements dont les déficits étaient trop élevés, selon l’avis de ce même secteur financier, des gouvernements qui ne devaient donc plus trop compter sur des crédits provenant de ce secteur.
Bref, il y a quelques dettes à rembourser. Et qui va le faire? « Hum, » se sont dit les puissants de cette planète, « les pauvres ! On l’appellera crise, un bon prétexte pour imposer encore quelques réformes économiques qui nous permettront, sur la longue durée, de faire plus de profits! »
Ces réformes économiques, au nom de la crise, visent à rendre les gens plus dépendants du travail salarié pour survivre, et les obliger ensuite à effectuer un travail misérable pour un salaire misérable. Car on le sait, il faut être compétitifs par rapport à des pays comme l’Espagne, où les gens désespérés acceptent n’importe quel type de boulot, ou comme l’Allemagne, où le travail forcé est de nouveau à la mode dans la tête des dirigeants (travail obligatoire en échange d’une allocation misérable).
Il est temps qu’advienne la véritable crise de ce système. Et la cause n’en sera pas un enchevêtrement mystérieux et indémêlable, mais simplement un acte : le sabotage.

Qui veut tuer la révolution en Syrie?

Peu de bonnes nouvelles de la Syrie parviennent à nos oreilles. Le soulèvement contre le régime d’Assad s’est enlisé dans une guerre civile, et les mouvements et tentatives de libération ont beaucoup de mal à affronter leurs nombreux ennemis. Car, soulignons-le, cette révolte a commencé pour mettre fin au régime de Assad, se libérer de son joug, et reconstruire la vie sur d’autres bases : une révolte pour la liberté et la dignité. Cela s’est exprimé et s’exprime encore à travers les tentatives d’auto-organisation des révoltés dans les quartiers des villes, qui se font sans autorité centrale ou étatique ; à travers les combats, armés ou non, que de nombreuses personnes continuent à mener pour la révolution en Syrie ; à travers la création d’espaces où des rapports plus libres sont expérimentés, et qui constituent quelque part le cœur du magnifique élan de libération qui a inspiré des centaines de milliers de personnes à se défaire de la peur et à se révolter.

Mais comme on le disait déjà, ces tentatives de libération se trouvent menacées d’asphyxie. Il s’agit alors de se demander : qui sont les ennemis de la révolution en Syrie ? Qui veut tuer les possibilités pour les révoltés d’en finir avec le régime, et de reconstruire leur vie sur des bases complètement autres que celles de l’autorité et de la soumission ?

Premièrement, il s’agit évidemment du régime d’Assad. Quand un pouvoir se sent menacé, il est prêt à tout, à commettre n’importe quelle atrocité ou massacre. C’est dans l’essence même de tout pouvoir de vouloir se préserver. En Syrie, le pouvoir mitraille, bombarde, torture afin d’étouffer la révolte dans un bain de sang. Et le régime s’est auto-désigné comme le fossoyeur de ce qu’on pourrait appeler le printemps des soulèvements dans de nombreux pays (Tunisie, Libye, Egypte, Bahrein, Yemen…). Tous les régimes se trouvent en effet d’accord sur ce point : quelqu’un doit freiner l’élan révolutionnaire, coûte que coûte. C’est pour cela que certains pays continuent à fournir le régime d’Assad en argent et en armes, en services et en matériel militaires. Disons-le sans détour : les transports d’armes à destination du régime assassin transitent aussi par les ports européens, comme Anvers par exemple.


Deuxièmement, un autre ennemi de la révolution en Syrie, et qui n’est pas moins important, ce sont les forces islamistes. Il y a de nombreuses fractions différentes qui sont actives sur le terrain, et en ce moment, des combats sont en cours entre les milices de l’EIIL (Etat islamique en Iraq et au Levant) et la population terrorisée par ces réactionnaires. Mais bien avant ces heurts armés, il y avait eu depuis plusieurs mois, dans les zones sous contrôle de l’EIIL, de nombreuses protestations de la part de la population, certaines exprimant clairement : « Ni Assad, ni Al-Qaïda ! » Le soulèvement n’a en effet pas commencé afin de remplacer le régime autoritaire d’Assad par un autre régime autant autoritaire et sanguinaire. Les islamistes veulent peut-être en finir avec Assad, mais ils ne veulent pas libérer la population, ils ne veulent pas que les gens décident eux-mêmes comment organiser leur vie, et choisir sur quelles bases ils le font : ils veulent imposer la loi de Dieu (en plus, selon leur interprétation particulière) au lieu de la loi d’Assad. Mais la liberté, le changement radical pour tenter d’en finir avec un monde basé sur le pouvoir et le fric, n’est pas compatible avec une quelconque loi. C’est soit la loi, soit la liberté. La révolution en Syrie doit maintenant combattre non seulement le régime d’Assad, mais également ceux qui veulent imposer le leur. D’ailleurs, dans d’autres pays qui ont connu des soulèvements, la révolution se trouve devant les mêmes défis (il suffit de penser à l’Egypte, où différentes fractions ont successivement pris le pouvoir pour imposer leur régime aux exploités et opprimés en révolte).

Troisièmement, ce sont les chefs de tout poil (le gouvernement provisoire en exil, l’état-major militaire de l’armée libre syrienne…) qui sont en opposition fatale avec la révolution. Si le recours aux armes était certes inévitable dans le soulèvement contre Assad, les armes sont aussi en train de consumer l’essence émancipatrice de la révolution. Une guerre civile, avec ses stratégies, ses calculs, ses alliances tactiques, ses jeux politiques, n’est pas la même chose qu’une guerre de libération, qu’un soulèvement révolutionnaire. La militarisation du conflit induit fatalement la restauration de l’autorité, la discipline devant des chefs et des leaders, plutôt que la libre expérimentation et la construction d’un nouveau monde. Tout comme une large partie des islamistes, le gouvernement en exil veut probablement chasser Assad, mais uniquement pour le remplacer par son propre régime. Aucun des deux n’a confiance dans les forces créatrices des masses libérées, tous les deux craignent la remise en question de tout pouvoir, de toute oppression. Ce sont donc des ennemis de la révolution sociale. Et ce gouvernement en exil cherche du soutien auprès d’autres gouvernements, notamment auprès de l’Union Européenne, qui exige bien entendu des garanties en échange : celle-ci peut dire oui à ce nouveau gouvernement en échange d’un non ferme (et obtenu au prix du sang s’il le faut) à la révolution sociale en Syrie, à l’abolition du capitalisme…

Que peut-on faire ici pour soutenir le parcours difficile de la révolution en Syrie, qui est menacé de toute part ? D’un côté, il s’agit de trouver les manières de soutenir et de se solidariser avec ceux qui se battent là-bas pour la révolution et contre toute oppression, qu’elle provienne du régime d’Assad, des islamistes ou des politiciens démocrates. D’un autre côté, on peut combattre ici les ennemis de la révolution, là où il est possible de scier les branches sur lesquelles reposent leurs soutiens : démasquer les mensonges des gouvernements ici ; saboter les entreprises et les institutions qui fournissent des services au régime syrien ; contrecarrer la propagande islamiste qui se préoccupe uniquement d’installer d’un Etat islamiste sur le sol syrien et recrute des combattants pour aller imposer leur loi à ceux qui cherchent justement à se libérer des régimes oppresseurs ; propager un internationalisme révolutionnaire, c’est-à-dire soutenir la lutte contre le pouvoir sous toutes ses formes, pour que le magnifique élan révolutionnaire, secouant de nombreux pays, ne soit pas étouffé dans le sang des révoltés.

Quelques notes inconfortables

Couper la tête du pouvoir, voilà plus ou moins ce que de nombreux révolutionnaires portent comme proposition. Si le système est pourri, il y a bien quelque part des responsables de cette pourriture. Et la pourriture, on ne discute pas avec, on ne négocie pas avec, on la détruit. C’est dans ce sens qu’on parle de révolution, d’un bouleversement radical qui tente d’en finir avec les patrons, les dirigeants et les exploiteurs.

La destruction est bien sûr nécessaire. On est les premiers à l’affirmer et à le proposer. Et pas demain, mais déjà ici et maintenant : porter des coups contre ce qui nous étouffe, saboter la routine quotidienne qui nous écrase. Pourtant, les anarchistes ne se contentent pas que de dire cela. Si on pense en effet à ce qu’un illustre tribun de la politique de la Rome antique a dit pour calmer le peuple, qui était prêt à passer au fil de l’épée l’ensemble de la classe dirigeante, on se doute bien qu’il manque quelque chose au raisonnement esquissé plus haut. Ce tribun disait que la société est comme le corps humain : il y a ceux qui sont les cerveaux, il y a ceux (très nombreux) qui sont les bras, et d’autres encore (très nombreux aussi) qui sont les pieds. Chacun occupe sa place et doit faire des efforts afin de faire fonctionner le corps dans son entier. Si on file cette image, on pourrait dire que l’Autorité, ce n’est pas uniquement la tête, mais c’est tout le corps social qui la fait vivre et sévir. L’Autorité s’incarne certes dans les patrons et dans les politiciens, mais les exploités et les opprimés ne font pas que la subir, ils la reproduisent et la soutiennent également. Sans l’acceptation de l’ouvrier, l’usine ne pourrait pas tourner et procurer des profits aux riches. Sans la résignation des pauvres qui font la queue pour une aumône et qui se laissent humilier par de petits bureaucrates, le capitalisme ne pourrait pas tenir debout. On n’ira pas néanmoins jusqu’à affirmer que ce serait juste une question de choix : le pouvoir dispose en effet de nombreuses armes à sa disposition (la police, l’armée, la loi, la morale dominante, la propagande étatique…) pour imposer aux exploités leur concours et extorquer leur collaboration.

L’autorité est profondément ancrée dans le corps social : elle est aussi l’oppression que la famille exerce sur le modèle d’un mini-Etat, elle est aussi l’habitude de laisser d’autres parler en notre nom (car « il sait mieux le faire »), ou de déléguer à d’autres la responsabilité de tenter de changer la situation (car « elle a plus de conviction et elle est plus douée »). On le voit, l’autorité n’est pas un monstre auquel il « suffirait » de couper la tête, c’est la substance même des rapports que nous entretenons, tous les jours, d’acceptation en acceptation, de compromis en compromis, de coercition en coercition.

Beaucoup de personnes pensent que les anarchistes sont des « fous », parce qu’ils veulent un monde sans autorité (où les hommes et les femmes organisent librement leur vie à leur guise, sans s’exploiter et s’opprimer) qui ne pourra jamais exister. Peut-être l’anarchie ne verra-t-elle jamais le jour, mais en tout cas, c’est sûr, les anarchistes sont fous. Fous de se battre malgré tout, malgré les marasmes de la résignation qui nous entourent. Fous de ne pas combattre seulement les puissants, les flics, les exploiteurs et les riches (comme si ce n’était pas déjà assez), mais de s’opposer aussi à la reproduction quotidienne de l’autorité, à ce corps social qui fait vivre la cadavérique autorité.

On ne ménagera pas nos critiques pour recevoir de sympathie superficielle. On dira ce qu’on pense du directeur de prison, qui est responsable de cette torture atroce qu’est la privation de liberté, mais on dira également ce qu’on pense de celui qui se comporte de façon trop complaisante avec les gardiens qui ferment la porte de sa cellule. On continuera à faire tout ce qu’on peut pour éradiquer les puissants de ce monde, mais on ne se lassera pas non plus de reprocher aux dominés de se laisser faire, souvent, très souvent, trop souvent. L’anarchisme est peut-être tout simplement le combat sans fin contre l’autorité sous toutes ses formes, un combat à la fois contre les têtes et contre le corps social qui amène du sang à ces têtes.

Brèves du désordre 43

Une nuit pas comme les autres • Mercredi 11 décembre 2013, rue Kespier à Asbeek, devant la villa de Jurgen van Poecke (directeur de la prison de Bruges) et de Katrien Verhegge (administratrice générale de l’institution Kind & Gezin). Il est 4h du matin lorsque part un incendie de l’une de leurs deux voitures, une Audi et une Citroën, garées dans l’allée de la maison. Les flammes ravagent les véhicules et se propagent même au garage de leur villa. Le feu a fait son travail : la villa est inhabitable. Inhabitable comme l’est toute cellule de prison. Invivable comme l’est un module d’isolement – cette prison à l’intérieur de la prison –  comme celui installé à Bruges. Insupportable comme l’est la torture blanche pratiquée contre les détenus en lutte. Et des responsables qui annihilent jour après jour des êtres humains dans les geôles belges, il y en a. C’est par exemple ce Jurgen Van Poecke, qui est directeur régional des prisons en Flandre et directeur de la prison de Bruges, la taule où se trouve l’infâme QHS. Cette nuit-là de décembre, les flammes devant sa villa l’ont réveillé, des flammes qui rappellent que la prison et ses responsables peuvent être attaqués, partout.


Du bordel pour inaugurer une année de révolte • La nuit du Nouvel An a été quelque peu agitée dans certains quartiers de Bruxelles, notamment à Saint-Gilles, Anderlecht et Molenbeek. A des dizaines d’endroits, des poubelles ont été mises en travers de la rue et incendiées, de petites barricades enflammées, comme pour rappeler à tout le monde que si une nouvelle année vient de commencer, on souhaite que ce soit une année de révolte. Quelques voitures ont aussi flambé, alors que des flics et des pompiers ont pu essuyer des jets de pierres et de pétards.

Vivent les évasions • A la prison de Lantin, un prisonnier s’est enfui en escaladant un mur protégé par des fils de fer barbelés. L’évadé a bénéficié de l’aide de plusieurs détenus, qui d’un côté ont fait diversion en faisant exploser un récipient en verre pour attirer les matons, et de l’autre ont fait une pyramide humaine pour lui faciliter la montée. A l’extérieur, des complices l’attendaient dans une voiture stationnée devant l’entrée réservée aux véhicules de la prison de Lantin. Quand un gardien est allé leur demander ce qu’ils faisaient là, il a été menacé par plusieurs individus armés. Une fois que l’évadé a rejoint la voiture, les complices ont relâché le gardien. Les recherches de la police n’ont rien donné. Une belle évasion, réussie aussi grâce à la solidarité entre prisonniers et à la détermination de quelques complices à l’extérieur !

Toc toc toc, il y a quelqu’un? • Au cours de la nuit du 23 décembre, des inconnus ont cassé l’entrée du bâtiment de la Police Fédérale à Hasselt. Ils ont d’abord défoncé la porte pour pouvoir se glisser à l’intérieur. Toute la salle d’entrée a été ravagée. Flics, porcs, assassins, débusquons-les là où ils ne nous attendent pas!

Détruisons les centres fermés • Dimanche après-midi (8 décembre 2013), une bande de joyeux lurons s’est pointée devant le centre fermé 127 bis à Steenokkerzeel. Après quelques mots échangés avec les détenus qui étaient dans la cour, les gardiens ont rapidement fait rentrer les prisonniers à l’intérieur pour éviter tout contact.... Même si le centre n’a pas brûlé ce jour-là et qu’aucune évasion n’a eu lieu, la rage s’est un peu exprimée face à ces prisons, avec des pétards, fumigènes et feux d’artifices, le tout accompagné d’un joyeux tintamarre. L’envie de cette ballade était de montrer de la solidarité avec les sans-papiers, de gueuler de la colère concernant l’existence des centres, et contre la mort d’un détenu cette semaine au centre fermé de Bruges.

Piquer comme la guêpe • Le 18 décembre 2013, des inconnus ont incendié la BMW de Georgios Papastamkos, vice-président du parlement européen et membre du parti grec Nea Demokratia. Il habite au square Ambiorix 32 à Bruxelles. L’attaque a ensuite été revendiquée en solidarité avec les anarchistes séquestrés par l’Etat. Rappelons qu’en l’occurrence en Grèce, des dizaines d’anarchistes se retrouvent aujourd’hui derrière les barreaux, accusés ou condamnés pour avoir attaqué le pouvoir, de différentes manières (attaques incendiaires, explosions, braquages, fusillades avec les flics, sabotages...). Dans d’autres pays aussi, comme en Italie ou en Espagne, des anarchistes se retrouvent derrière les barreaux, incarcérés pour tenter de freiner leurs luttes contre l’Etat. Quelques jours plus tard, tôt le matin, un mystérieux incendie a frappé les garages de l’ambassade d’Italie à Bruxelles. L’Italie, ce pays qui se distingue depuis longtemps dans la répression contre les anarchistes.

Saint Sylvestre anti-construction • Peu après minuit, un incendie s’est déclaré dans les installations de l’usine cimentière CBR à Harmignies, qui figure parmi le top 15 des plus importants sites de production de ciment blanc du monde. C’est même la seule usine à fabriquer ce type de produit dans le Benelux. A l’arrivée des pompiers, les hangars de l’usine étaient déjà en feu. Cet incendie a saboté une des structures indispensables au développement capitaliste. En effet, les chantiers poussent partout, pour construire des prisons, des centres commerciaux, des institutions, des lofts, éliminant les quelques marges de vie qui nous restaient encore. S’opposer à ces chantiers, c’est s’opposer à une société basée sur le fric et le pouvoir. Les possibilités sont infinies : saboter des engins sur les chantiers mêmes, couper les axes d’alimentation (transports, énergie, matériaux bruts) vers les chantiers, mettre des bâtons dans les roues des structures qui leur sont indispensables, comme cette usine cimentière CBR à Harmignies.

Action contre l’Opus Dei  • La nuit de Noël, un bâtiment de l’Opus Dei à Louvain, organisation chrétienne de droite et fascisante, a été ciblé par quelques individus: tags et bombes de peintures contre la façade. Pendant 7 ans, ce même bâtiment était occupé et fonctionnait comme centre social autonome et libertaire. Cette action a eu lieu en solidarité avec le centre autonome Rote Flora à Hambourg (Allemagne), menacé d’expulsion.

Hors Service n°42

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