Hors Service n°37

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Syndrome de Stockholm

Le 13 mai, quelque part en Europe, un homme est assassiné par la police dans un quartier pauvre. Ce n’est pas un jeune, et cela ne se passe pas dans une zone connue pour sa conflictualité. Un homme de plus est tombé sous les balles de l’Etat. Cette fois cela se passe à Husby, dans la banlieue nord de Stockholm, ce paradis de la gestion social-démocrate de la domination. On n’est ni à Paris ni à Londres, pas à Bruxelles ni à Berlin. Mais qu’est-ce que cela change ? Les riches et leurs chiens de garde sont partout, et partout aussi existent des individus prêts à s’armer de courage pour exprimer leur révolte avec détermination. Même en Suède.

Moins d’une semaine plus tard, la nuit du 19 mai, des voitures commencent à brûler dans ce même quartier de Stockholm. La police et les pompiers sont accueillis avec des pierres. Le lendemain, la rage se transforme en émeute, les vitres de boutiques, d’équipements publics et d’écoles commencent à se fendre sous le coup de projectiles. Malgré les appels au calme et « à la responsabilité citoyenne », malgré les promesses des politiciens, les années d’humiliation et le sang du vieil homme abattu par la police ne s’achètent pas si facilement. Pour la troisième nuit de suite, ce sont encore près de 30 véhicules qui partent en fumée, mais pas seulement. Deux écoles et un centre culturel les rejoignent dans un incendie qui devient contagieux. A Jakobsberg, une autre banlieue située au nord-ouest de Stockholm, les actes commencent à dialoguer directement entre eux : un commissariat est attaqué. Les mots ne sont pas nécessaires, et les destructions ciblées parlent d’elles-mêmes.

La quatrième nuit, près de 90 feux sont allumés à différents endroits de la ville. Les pompiers courent partout, protégés par la police, et harcelés par de petits groupes. A Husby, 300 collabos effectuent des rondes pour contenir les affrontements. Mais c’est quoi, quelques milliers de flics et de citoyens qui essayent d’étouffer une émeute, face à la détermination de dizaines d’émeutiers ? Faute d’oxygène dans le quartier où tout a commencé, la joie se diffuse un peu plus loin : trois commissariats de plus sont attaqués, un à Kista au nord de Stockholm, deux autres au sud de la ville. La police perd son premier véhicule de patrouille, cramé, et rencontre des lasers aveuglants en plus des pierres et des molotovs. A 700 kilomètres de là, dans la troisième plus grande ville de Suède (Malmö), d’autres incendiaires rejoignent à leur tour le grand bal de la révolte.

Le jeudi 23 mai, l’émeute dure toujours. La police de Stockholm commence à s’épuiser, et attend avec impatience les renforts annoncés. Dans toujours plus de quartiers de la capitale, les feux touchent non seulement des voitures (et hop, 70 de plus !), mais visent aussi les intérêts de l’Etat et des patrons : à Rinkeby, à Södertälje, à Norsborg, à Tensta (une école), à Kista (une école), à Älvsjö (un commissariat), à Jordbro (un centre commercial). En dehors de Stockholm, les flics sont attaqués dans les villes de Borås, Karlskrona et Malmö. Les assurances commencent à sonner l’alarme, et chiffrent les dégâts de moins d’une semaine d’émeute à « plusieurs centaines de milliers d’euros ».
On arrête là, ou on continue de compter les nuits ? Alors ok, une dernière pour la route, la sixième. Stockholm est saturée de flics, et beaucoup crient provisoirement victoire. Sauf que tout n’est pas si simple, et d’autres grandes villes de Suède se réveillent avec un goût de cendres dans la bouche : à Orebro par exemple, une école a brûlé et un commissariat fait l’objet d’une tentative identique, tandis qu’à Kista, une autre école est partie en fumée.

Alors, ces émeutes pas si lointaines nous disent aussi quelque chose d’autre, à nous, ici ? Peu d’affrontements massifs avec les flics, et beaucoup de petits groupes mobiles. Des dizaines de voitures brûlées pour attirer les différents uniformes, puis des guet apens agiles. Et surtout, la capacité de cueillir une occasion, celle de détruire ce qui nous opprime au quotidien : une école ici, un commissariat là, ou un centre commercial encore ailleurs. En Suède, des poignées d’individus relativement isolés, mais armés de détermination et d’un peu d’imagination, ont réussi à diffuser leur rage pendant de longues nuits. Ils ont employé une langue enflammée qui a directement parlé au cœur et à l’esprit d’autres révoltés sur des centaines de kilomètres. Et si celle-ci a pu fendre en quelques jours la glace de la pacification apparente d’un grand pays nordique, qui sait si d’autres inconnus ne pourront pas à leur tour être saisis par sa beauté destructrice ? Une sorte de nouveau syndrome de Stockholm qui se gripperait à travers toute l’Europe…

Hors de nos vies !

Aux Marolles, un homme a été abattu par les keufs. Les habitants du quartiers avaient encore crié aux keufs de ne pas tirer.

« Flics, porcs, assassins ! », c'était le slogan crié pendant les semaines émeutières en Grèce, 2008, après l'assassinat par les balles des flics du jeune anarchiste Alexis.

« Flics, porcs, assassins ! ». Chaque jour, dans les quatre coins du monde, les flics affirment ce qu'ils sont et confirment le pouvoir qu'ils protègent. Pour tous ceux qui connaissent leur façon de faire, leur brutalités, mais aussi leurs mesquineries couronnées du petit sourire victorieux, il n'y a pas à expliquer pourquoi les keufs provoquent la haine.

A Bruxelles, la pression des flics monte depuis un bon moment. Ceux de l'Amigo, ceux de la zone du Midi, ceux de Molem, et tous les autres. Ils mettent la pression en permanence, installent la peur, le stress, la méfiance d'une ville entière afin de la nettoyer. De la nettoyer de tout comportement bordélique, de tout comportement qui dérange les riches et leurs différents pouvoirs (de l'UE, de l'OTAN, de l'Etat belge, de la ville et de la région bruxelloise). Des sanctions administratives aux keufs des Kobans (pour bien surveiller et quadriller un quartier), ceux qui emmerdent les chauffeurs jusqu'aux perquisitions aux domiciles de personnes soupçonnées d'histoires de « banditisme » et de « terrorisme ». 

Les flics sont une des prétextes pourquoi les gens se révoltent et partent en émeute. Novembre 2005 en France, août 2011 en Angleterre. Mais aussi en Egypte, 2011. La torture et la brutalité des keufs étaient un des moteurs principales qui a déclenché la révolution. Dans les 18 jours du soulèvement contre Moubarak, personne n'a oublié le célèbre « vendredi de la rage », le jour où 90% des comicos dans tout le pays ont été attaqués, le jour où les flics ont dû se sauver dans leurs caleçons, car continuer à porter l'uniforme signifiait risquer d'y rester. Jusqu'à présent (plus de deux années après), la présence des flics dans la rue y reste minimale. 

Pour une fois et toujours :
Flics, porcs, assasins,
Hors de nos vies !

Bruxelles, prison à ciel ouvert...

Nous ne voulons pas de maxi-prison à Bruxelles ; nous ne voulons pas de nouvelles prisons ; nous voulons raser au sol tous ces lieux infâmes.
Nous ne voulons pas que Bruxelles devienne davantage une ville-prison, taillée pour satisfaire les riches, les puissants, les eurocrates et les fonctionnaires.
Nous ne voulons pas pas de cette taule parce que nous n’acceptons pas le renforcement sécuritaire qui en découlera, le durcissement des conditions de vie, la misère croissante, l’agression policière, l’abrutissement de nos c?urs et nos têtes par un monde qui ne tourne que pour le fric et le pouvoir.
Nous voulons la liberté. Nous nous insurgeons pour elle, et combattons pour la liberté de toutes et de tous.

...Déchaînons-nous !

Le désastre au quotidien

La catastrophe n'est qu'un signe de l'horreur du monde moderne

Un transport ferroviaire de poisons toxiques déraille à Wetteren. L'intoxication autour de l'accident cause la mort immédiate d'au moins une personne. Les habitants de la zone sont évacués, les « consignes de sécurité » fusent. Ne vous inquiétez pas, l'Etat gère. Comme à chaque désastre, suivre les consignes qui émanent de l'Etat est le pire qu'on puisse faire, au lieu de suivre son propre bon sens et d’écouter son intuition pratique, qui ne sont pas intoxiquées par les impératifs de ce meilleur des mondes d'usines. Tout leur blabla est contradictoire : « ne mangez pas les légumes du jardin », mais « buvez l'eau du robinet » ; « ne buvez plus l'eau », mais « mangez les aliments du frigo » (s’ils sont emballés hermétiquement) ; « retournez chez vous, le périmètre est sécurisé », mais des milliers de litres d'eau contaminée ont été déversés dans le fleuve. Autrement dit, les experts n'osent pas dire ce qui est pourtant une évidence : du poison, c'est du poison, et il circule dans l'air, l'eau, la terre. Mais un tel raisonnement leur semble bien trop simple, d'autant plus qu'il faut absolument éviter qu’on se pose trop de questions de base comme : d'où viennent ces poisons ? Comment cela se fait-il qu’on vive dans un milieu intoxiqué ?

Adressez vous une fois aux ouvriers qui travaillent dans les complexes chimiques, dans les usines sidérurgiques, dans les raffineries, dans les centrales nucléaires, dans les usines de textile, dans les entreprises produisant du plastique, etc. Ils vous affirmeront sans détour que le désastre de Wetteren n'est pas exceptionnel, que c'est leur lot quotidien. Chaque jour, ils sont exposés au poison ; chaque jour, les usines où ils travaillent crachent des fumées toxiques, des eaux contaminées, des produits nuisibles. S'indigner par rapport au désastre présenté comme tel par le pouvoir et son spectacle, c'est oublier que tout désastre trouve sa cause dans le monde tel qu'il fonctionne aujourd'hui, c’est oublier que le fonctionnement même du monde est un désastre.

Les industries ne répondent qu'à leurs propres exigences : le profit et la religion du progrès technologique. Pour cela, le capitalisme a toujours sacrifié et sacrifiera toujours l'humain, l'environnement, la nature. Que ce soit au Bangladesh (et pas seulement quand les caméras de l'Occident s'y pointent par hasard) où les ouvriers meurent par milliers pour produire les vêtements que tout le monde porte, que ce soit dans les mines en Afrique où des centaines de milliers d'ouvriers courbent le dos pour déterrer les métaux si précieux pour l'économie, que ce soit dans les usines à côté d’ici, que ce soit sur les chantiers de construction où meurent et sont mutilés chaque année des centaines de personnes sur le territoire belge, etc., le monstre du capital dévore tout pour réaliser ses profits et maintenir ses rapports de domination.

Qui en porte la responsabilité, demanderez-vous peut-être ? Certes, on ne cessera jamais de souligner que pour changer ce monde, il faut attaquer et éliminer les puissants, les capitalistes, les patrons, ceux qui profitent du désastre quotidien et de l'enfer social. Cependant, il n'y a aucune puissance divine ou extraterrestre qui va venir instaurer le règne éternel de la justice. La responsabilité n'incombe donc pas seulement à ces messieurs, mais aussi à tous ceux qui continuent à leur obéir. Une usine ne peut pas tourner sans ses ouvriers, un Etat ne peut pas exister sans l'aval de ses sujets. Ne me comprenez pas mal, je sais bien que le capital et l'Etat reposent aussi sur la coercition... mais cela ne m'empêche pas de pointer aussi la collaboration et l'acceptation qui sont également des piliers du système et coresponsables du désastre actuel. Celui qui parle encore de la sauvegarde des emplois, doit comprendre qu'il a un cadavre empoisonné dans la bouche. Celui qui parle encore de croissance économique et de progrès, doit comprendre qu'il cautionne les horreurs que produit le capital industriel et technologique. Celui qui parle encore d'une meilleure gestion de l'Etat, doit comprendre qu'il participe à la justification des tortures, des prisons, des expulsions, des guerres… Celui qui ne se détache pas des chaînes morales que la domination a forgé autour de ses mains, comme la passivité, l'obéissance, la non-violence ou le grégarisme, ne sera pas capable de lever la tête, de prendre son arme et d'en finir radicalement avec celui qui l'exploite et l'opprime

Par cela, nous ne voulons pas mettre au même niveau celui qui protège et profite activement du système, et ceux qui le subissent ; nous ne voulons pas dire que l'esclave et le maître sont identiques ; mais tout simplement, que l'esclave qui ne se révolte pas cautionne la persistance de l'esclavage et l'horreur du monde moderne.

Bombe sans retardement

Fouilles à poil systématisées en prison

La ministre de la Justice, l'abominable Turtelboom, a encore renchéri pour ajouter une facette supplémentaire à sa politique sécuritaire. Sa proposition de systématiser les fouilles à poil dans les prisons, de sanctionner davantage de faits et d'augmenter le nombre de jours de cachot ou d'isolement pour les prisonniers « réprimés », a été acceptée par la majorité en commission. Il ne reste que la confirmation du parlement entier avant que ces nouveaux mesures rentrent en vigueur.

L'Etat entend ainsi liquider l'héritage encore présent de mutineries, de révoltes, d’évasions et d’actes de dignité ayant eu lieu dans les prisons belges ces dernières années. Il veut des détenus dociles et résignés, qui se cament et s'entretuent, qui se désolidarisent des autres et qui balancent à tout va, plutôt que des prisonniers qui résistent, qui se battent pour leur dignité, qui ne perdent pas le goût de la liberté et se révoltent contre la terreur de la prison et de ses gardiens. 

Introduire les fouilles à poil systématiques, c'est ajouter une nouvelle couche à l'humiliation par laquelle la prison cherche à détruire la personnalité même du prisonnier. Prolonger les durées de cachot et d'isolement, c'est chercher à terroriser toujours plus les détenus pour les garder dans la soumission. Etendre le nombre de « faits » sanctionnés, c'est rétrécir encore un peu plus les murs de la prison afin d'écraser celui qui dérange la Justice et le pouvoir. 

A l'époque où l'Etat construisait deux modules d'isolement à Bruges et à Lantin (2009) afin d'enterrer vivant les plus rebelles des prisonniers, leurs ouvertures respectives avait été accueillies par un refus clair et net : deux mutineries ont saccagé les modules, et toute une myriade d'actes de révolte a eu lieu à l'extérieur contre des comicos, des locaux des syndicats de gardiens, des entreprises qui se font du fric sur l'enfermement et même contre des sections de criminologie à l’université. Aujourd’hui aussi, nous estimons que ce nouveau durcissement de la politique carcérale devrait se heurter à un refus clair et net pour démontrer que la pacification du désir de liberté dans les prisons ne passera pas en douceur, et à une offensive de solidarité à l'extérieur des murs. 

Refusons cette mesure, soutenons les uns et les autres dans ce rejet, secouons les amis et amies à l'extérieur pour qu'ils passent à l'action, à se faire passer les nouvelles et à se coordonner dans la mesure du possible. Mais pas seulement à l’intérieur : nous, tous les prisonniers dans la rue, nous qui sommes enfermés dans l'usine, l'école, l'Etat, le capitalisme, les papiers, haussons le ton dans le seul dialogue possible avec les gestionnaires de la torture carcérale : l'attaque.

Opération « Cendres »; Perquisitions chez des anarchistes et anti-autoritaires

Bruxelles – Le 22 mai 2013 vers 6h du matin, des dizaines de policiers de la section anti-terroriste de la police fédérale judiciaire investissent et perquisitionnent 3 domiciles où habitent notamment des compagnons anarchistes et anti-autoritaires ainsi que la bibliothèque anarchiste Acrata. Toutes les personnes présentes (11) sont arrêtées et emmenées aux bureaux de la police fédérale.

Les accusations sont : appartenance à une organisation terroriste, association de malfaiteurs et incendie(s) volontaire(s). L’opération est baptisée « Cendres » et est dirigée par la juge d’instruction Isabelle PANOU, tristement célèbre pour sa longue carrière au service de l’Etat.

Les policiers emportent de nombreux documents, des effets personnels, les ordinateurs et tout ce qui a trait à l’informatique, les GSM’s (téléphones portables), du matériel d’agitation, etc. Pendant les auditions, auxquelles tout le monde refuse de collaborer, il apparaît que l’enquête porte sur des luttes, révoltes et activités allant de 2008 jusqu’à aujourd’hui notamment contre les prisons, la construction du nouveau centre fermé de Steenokkerzeel, les transports en commun (STIB), les institutions européennes et les eurocrates, la construction d'un RER à Bruxelles, l’OTAN, la machine à expulser, les huissiers et la construction d’une maxi-prison à Bruxelles. Sont aussi épinglées des publications telles que Hors Service ou encore plus généralement des écrits, affiches, etc. diffusés par des anarchistes et anti-autoritaires.
Vers 13h, tout le monde est relâché sans avoir eu à comparaître devant la juge d’instruction.

Face à ces accusations de terrorisme et à leur lot d’intimidations et de harcèlements, il n’y a pas à abandonner les idées et les actes visant la destruction de toute autorité et la joie que procure cette bataille.

Continuons à lutter pour la liberté, à abattre ce monde mortifère qui opprime et exploite.

Rien n’est fini, tout continue
Attaquons ce qui nous opprime

Bruxelles, 23 mai 2013

Brèves du désordre 37

A bas le dressage - Inspiré ou non par le syndrome de Stockholm, mais en tout cas, une école à Beaufays a été touchée par un incendie volontaire. L'échevin a annoncé que l'école restera fermée pour quelques jours. Pareil dans une école à Hannut, où deux classes sont parties en fumée. Quelques semaines avant, deux écoles à Anderlecht, près de la cité du Petersbos, avaient été saccagés par des jeunes (« Tout a été cassé » a déclaré la directrice); plus au moins au même moment, les vitres d'une école sécondaire à Liège ont été cassées. L'école cherche avant tout à nous apprendre à obéir et à répéter ce que le pouvoir veut nous mettre dans la tête ; en cela, c'est une institution de dressage des individus plutôt que de leur épanouissement
 
Bourges – Le premier mai, le château de Obigies (Pecq) a été détruit par un incendie. Le feu a pris vers 4h du matin. Le château était la propriété d'un bourgeois notoir du coin. A Louvain, une douzaine de voitures de luxe (Audi, BMW & Alfa Romeo) garées sur un parking ont été endommagées par des inconnus ; une vengeance peut-être modeste, mais bien ciblée.

Déconstructions – A Drogenbos, un chantier d'un nouveau pavé d'appartements a été leché par les flammes. Sur le première étage, vers 20h, un feu y dévorait le matériel d'isolation. A Ruisbroek, le camion et la camionnette d'une entreprise de construction ont été incendiés pendant la nuit ; les véhicules étaient garés à deux endroits différents. A Marcinelles, un important incendie s'est déclaré le soir au sein d'un entrepôt de l'entreprise Alu-win, spécialisée dans les châssis ; le bâtiment a été sérieusement endommagé. Partout le pouvoir et le capital construit pour aménager l'espace selon ses exigences ; que ils se heurtent partout à nos désirs et notre soif d'un monde sans horreurs
 
Bien chaud – A Droixhe, un quartier bien populaire et bien chaud à Liège, le parking d'une société de location de véhicules a été ravagé par le feu : neuf véhicules détruits. Le feu s'est également propagé aux bâtiments administratifs. Il y a quelques semaines encore, plusieurs heurts avaient opposés des habitants de Droixhe à la police lors des interventions et des tentatives d'arréstation.

Souterrain – A Nivelles, en plein milieu de la nuit, une voiture garée dans le parking sous le supermarché Delhaize est incendiée. Malheureusement, le feu n'attaque pas le plafond afin de détruire ce temple de la marchandisation de nos vies.

Hors Service n°36

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Le futur RER : les veines de la métropole

Sabotons les travaux du Réseau Express Régional

Le silence relatif qui entoure les gigantesques travaux en cours pour le fameux réseau ferroviaire RER est tout à fait inquiétant. Ce n'est pas que les politiciens et gestionnaires de tous bords n'ont pas fait la pub de ce projet, ni que les riverains ou les populations bruxelloises ne sont pas concernés par les travaux qui avancent. Car, aux quatre coins de Bruxelles, des dizaines d'engins et des centaines d'ouvriers travaillent pour niveler la terre, abattre les obstacles sur le chemin des tracés, creuser des fossés à deux pas des maisons, déverser du béton à tout va, construire les installations électriques rudimentaires, creuser d'énormes tunnels, etc. Non, les travaux ne se passent pas en silence, mais ils semblent bien passés sous silence.

Penchons-nous donc un instant sur les motivations de ce projet monstrueux. L'ambition affichée et défendue ne pourrait être plus claire : garantir à Bruxelles, métropole en devenir, un réseau de transport rapide, viable, sécurisé et omniprésent. Si les nombreux réaménagements de quartier poussent de plus en plus les basses couches de la société, main-d’œuvre pourtant indispensable au capital hors de la ville, vers les périphéries, il est évident que le pouvoir s'est demandé comment tous ces gens-là, une fois stockés hors de la ville, vont réussir à venir à Bruxelles pour bosser dans les zones industrielles, les entreprises liées à l'aéroport, les divers ateliers de l'intérieur de la ville...

Le développement urbain de Bruxelles, qui vise à adapter la ville toujours plus aux exigences et besoins de l'économie et du contrôle, a peut-être son tendon d'Achille : le transport urbain qui doit garantir le va-et-vient des travailleurs et des consommateurs, des cadres et des administrateurs. Sans connexion aux réseaux de transport, toutes les autres constructions horrifiantes et abjectes (centres commerciaux, centres administratifs, usines, aéroport, centres de divertissement) seraient comme des organes sans veines.

Les futurs lignes et tracés du RER forment comme une toile qui renfermera tout ce qui entoure la ville, le collera à celle-ci, l'associera à son activité économique et à sa gestion sociale. Le RER, on le voit dans des métropoles déjà fort développées comme Paris ou Londres, ce sont ces wagons remplis de gens tristes dont la vie ne ressemble nullement à un voyage, une découverte, une aventure, mais plutôt à un train-train prédéterminé et éternel, entre la cage à poules qui leur sert de maison et le boulot. Le RER est le symbole des valeurs que prône la société actuelle : obéir, travailler, consommer, crever. En toute vitesse et en toute sécurité.

Pour arrêter le train-train quotidien, il n'y a d'autre choix que de tirer, de force, le frein d'urgence. C'est la seule façon d'interrompre un quotidien fait d'esclavage et de résignation. S'opposer à la construction du RER appelle à une approche semblable : des actes directs et sans médiation pour mettre des bâtons dans la roue des travaux. Une fois résolu à l'action, une fois déterminé à agir pour arrêter cet ouvrage de la domination, le révolté scrute l'horizon et distingue les cibles, disséminées partout, sur et au-delà du territoire de Bruxelles : des dizaines, voire des centaines de kilomètres de chantiers, de travaux, et les baraques, engins, transformateurs, matériaux de construction, etc. qui vont avec... et ne sont aucunement à l'abri de celui qui a développé sa critique de ce projet et arrive à cette conclusion pratique : saboter les chantiers du RER, c'est s'attaquer au pouvoir qui configure l'espace et le temps en fonction de l'exploitation, de l'oppression et du contrôle.

Le Travail libère-t-il ?

Le travail pénètre et détermine toute notre existence. Le temps coule impitoyablement à son rythme alors que nous faisons la navette entre d’identiques environnements déprimants à une allure toujours croissante. Le temps de travail… Le temps productif… Le temps libre… La moindre de nos activités tombe dans son contexte : on considère l’acquisition de la connaissance comme un investissement pour une carrière future, la joie est transformée en divertissement et se vautre dans une orgie de consommation, notre créativité est écrasée dans les limites étroites de la productivité, nos relations -même nos rencontres érotiques- parlent la langue de la performance et de la rentabilité… Notre perversion a atteint un tel point que nous recherchons n’importe quelle forme de travail, même volontairement, pour remplir notre vide existentiel, pour « faire quelque chose ».

Nous existons pour travailler, nous travaillons pour exister.

L’identification du travail avec l’activité humaine et la créativité, la domination complète de la doctrine du travail comme destin naturel des humains a pénétré notre conscience à une telle profondeur que le refus de cette condition forcée, de cette contrainte sociale, semble être devenu un sacrilège pour le concept même d’humanité.

Alors n’importe quel travail devient meilleur que pas de travail du tout. Ceci est le message répandu par les évangélistes de l’existant, sonnant les trompettes pour la course à la compétition toujours plus frénétique entre les exploités pour quelques miettes tombées de la table des patrons ; pour l’instrumentalisation et le nivelage complet des relations sociales en échange d’un peu de travail misérable dans les galères de la survie.

Ce ne sont pas, cependant, seulement les conditions générales de travail qui créent l’impasse. C’est le travail comme une totalité, comme un processus de commercialisation de l’activité humaine qui réduit les humains à des composants vivants d’une machine qui consomme des images et des produits. C’est le travail comme condition universelle dans laquelle les relations et la conscience sont formées, comme la colonne vertébrale qui maintient et reproduit cette société basée sur la hiérarchie, l’exploitation et l’oppression. Et en tant que tel, le travail doit être détruit.

Alors nous ne voulons pas simplement devenir des esclaves plus heureux ou de meilleurs managers de la misère. Nous voulons redonner son sens et son essence à l’activité humaine et à la créativité en agissant, conduits par la recherche de la joie de la vie à travers la connaissance, la conscience, la découverte, la camaraderie, la solidarité.

Pour la libération individuelle et collective …

Ce qui se trouve en haut, peut tomber très bas

Connexions sans fil et colliers invisibles

Le commerce des relais de portable est en pleine expansion à Bruxelles. Avant, on retrouvait surtout ceux-ci sur les bâtiments les plus hauts, mais il semble qu'aujourd'hui toute construction qui dépasse un étage est susceptible d’accueillir des antennes. Les opérateurs s'adressent aux propriétaires pour louer des toits. Et ces proprios aiment bien se faire un peu de fric en plus. De toute façon, eux ne seront pas emmerdés par les antennes car le plus souvent, eux, ils ne habitent pas là. Les cancers provoqués par les rayonnements, c'est bon pour les locataires.

Les opérateurs font tout pour augmenter la puissance de leur réseau. Alors, y aurait-il eu des plaintes à la suite de conversations téléphoniques perturbées ou interrompues à cause d'une mauvaise connexion? Dans les régions les moins peuplées (par des humains et des antennes), on appelle sans fil malgré que les traits indicateurs du réseau ne s'allument pas tous. Le problème n'est pas là. Ici, on travaille pour l'avenir. Car ces entreprises sont convaincues que bientôt, nous aurons tous besoin d'un smartphone, et par conséquent d'une connexion ultra-rapide pour suivre tout en live, en temps réel, directement. 
 
On assiste déjà quelque peu à ce phénomène. On voit de plus en plus de personnages (souvent en costard, près des institutions européennes – les eurocrates) qui s'agitent en tapant sur leur portable, ne regardent pas autour d'eux, ne fixent que leur écran, qui les connecte au monde ; la toile mondiale. Connexion permanente, communication directe. Le quotidien virtuel se constitue de banalités :des opinions sur ceci ou cela, le buzz de la journée, de la minute et « Regarde, celui-là a mis à jour sa photo de profil ! ». D'innombrables événements qui exigent tous une réaction : j'aime. Suivre en permanence – je suis –, tous spectateurs d'une réalité virtuelle. Dans le flux constant des messages, il n'y ni le temps, ni l'espace pour prendre du recul, pour se décider et orienter la vie réelle. 
 
Les vieux téléphones portables portaient déjà en eux de vous rendre joignable à tout moment (pour qui ? Pour quoi?) et de permettre un mécanisme de contrôle intégré (pour les employeurs, les parents - « où es-tu » - et pour les différentes services de police). La nouvelle génération d'appareils a étendu ces exigences à l'infini virtuel. Une marée d'entreprises étudient et pilotent notre comportement virtuel pour nous refourguer leurs produits et services. L'accès à ces portables et aux « réseaux sociaux » est une mine d'or pour la répression (« Qui est-il ? Où est-ce qu'elle est maintenant ? Qu'est-ce qu'il fait ces derniers temps ? Y-a-t-il une photo plus récente ? »).

Il y a quelque temps, il y a eu un peu d'agitation parce que les opérateurs veulent aussi développer les réseaux 4G (traduction : une meilleure connexion pour les appareils nouveaux qui coûtent la moité d'un salaire mensuel). Les normes de rayonnement compliquent ce développement souhaité. S'en sont suivi immédiatement des menaces du monde commercial sur combien d'institutions et d'entreprises ne pourraient plus opérer à Bruxelles et combien ça serait mauvais pour l'économie (« oh, sainte économie, ils ne savent pas ce qu'ils font, pardonne-les leur ignorance et donne-nous la rente quotidienne »). Un esprit attentif qui sait lire entre les lignes, découvre de belles possibilités dans une information si banale. Les réseaux de communication sont un rouage essentiel et, surtout, vulnérable dans la destruction et l'humiliation quotidiennes auxquelles se livrent l'économie et les puissants.

Syrie

Nous ne sommes pas avec la dictature,
Ni avec son opposition,
Nous sommes avec la liberté.

Le pouvoir fera toujours son mieux pour massacrer non seulement la révolution elle-même, mais aussi son esprit. Par contre, il réussira jamais à l’exterminer. L’esprit révolutionnaire resurgira toujours à un moment imprévu.
En 2011, en Tunisie, cet esprit a enflammé les cœurs des opprimés pour après détruire des comicos, des prisons, le pouvoir de Ben Ali. Cette esprit qui ne connaît pas de frontières a ensuite animé et encouragé de millions de gens dans des différentes pays.
Aussi en Syrie, où une population qui en a marre d'avoir peur et qui désire la liberté, s'est soulevée pour mettre fin à plus de quarante ans de régime de la famille al-Assad. Bashar al-Assad y a répondu par des massacres , et au cours du conflit d'autres pouvoirs s'y sont mêlés : l’Iran, le Hezbollah, les monarchies du Golfe, les pouvoirs de l'Occident, les Frères Musulmans, Al Qaida,…
La cruauté des défenseurs de Bashar et le sale jeu sectaire entre tous les pouvoirs présents sur le terrain, a crée une situation qui semble une spirale de guerre civile sans espoir.
Mais, dans cette mêlée, il y a des personnes qui continuent à se battre, non pas pour remplacer le pouvoir actuel avec le leur, mais pour rien de moins que la liberté. Nous sommes solidaires avec ces rebelles-là.

L'évasion est nécessaire

Ce monde est une prison à ciel ouvert

Se maintenir en forme - Le train-train quotidien est une arme très puissante du système. On crève au boulot, on crève à faire la queue devant les administrations, on crève devant l'absence de vraies relations. Notre cerveau pourrit de préjugés et de fausses valeurs comme le pouvoir, l'argent, l'obéissance. Se tenir en forme pour être capable de briser cette routine, exercer son esprit pour réfléchir par soi-même, c'est entamer les hostilités contre ce système qui nous enferme.

Chercher des complices - Personne ne se révoltera à notre place, cela dépend entièrement de nous-mêmes. Mais sur le chemin de la révolte, on croisera aussi d'autres enragés. Ces complicités et ces solidarités permettront des attaques toujours plus vastes contre le pouvoir.

Scier les barreaux - Le pouvoir a des noms et des adresses : les banques, les supermarchés, les institutions, les commissariats, les dépôts ; les huissiers, les matons, les politiciens, les riches, les balances ; les transformateurs qui alimentent leurs usines de mort, les relais de télécommunication qui nous enchaînent à la technologie. Ce sont tous des cibles à portée de main. N'attendons pas de voir de grandes manifestations avant de déchaîner notre rage, attaquons ici et maintenant, même à peu nombreux. En commençant à scier les barreaux du pouvoir, la révolte peut faire écho auprès d'autres rebelles et se répandre toujours plus.

Préparer sa fuite - Si le pouvoir ne peut pas être reformé, s'il faut alors le détruire de fond en comble, nos armes doivent être chargées de liberté. Sans savoir où aller, sans réfléchir le pourquoi de nos révoltes, on ne peut pas espérer s'évader du monde du fric et de l'autorité. Déchaînons les mauvaises passions, n'ayons pas peur des ruines, mais recommençons aussi à rêver. Car aucun pouvoir ne peut résister à celui qui se bat pour sa dignité, pour la dignité et la joie de vivre en femmes et en hommes libres.

Brèves du désordre 36

La belle – Vers deux heures du matin, deux prisonniers sans-papiers s'évadent du centre fermé pour illégaux de Steenokkerzeel, le 127bis, en coupant les barreaux. Bon courage aux fugitifs.

Bas les pattes de mon corps - Les murs et monuments sur le point de rassemblement de l'annuelle marche pour la vie (contre le choix de pouvoir avorter), organisée par des associations de catholiques intégristes, de conservateurs et de fascistes ont été recouverts de slogans comme « Avortement libre », « Libre choix », « Avortez le pape, mon corps est à moi »,... C'était près de la gare centrale, et plus personne n'y sera passée sans avoir lu et vu les nombreuses cris de bataille pour l'avortement libre, la sexualité libérée, la liberté des esprits et des corps...

Cache-cache – Cinq véhicules banalisés de la police, garés discrètement sur un parking privé un peu hors de la ville de Hasselt, ont été bien amochés : vitres brisés, carrosserie fêlée, rétroviseurs arrachés, pneus crevés,... Flics en uniformes, flics en civils, flics sur le coin de la rue, flics derrière les écrans des caméras... hors de nos vies !

Vingt – Pour la vingtième fois depuis 2007, les bureaux du parti fasciste Vlaams Belang a Gand ont été attaqués. Cette fois-ci, les assaillants ont jetés des bombes de peinture et ont peint le slogan « Le squat continue » sur la façade.

Crame, chantier, crame – Dans le zoning industriel d'Anderlecht, un incendie volontaire s'est déclaré sur le chantier de construction d'une nouvelle structure industrielle. Il n'y a pas de détails sur les dégâts, mais la police dit d'avoir arrêté le coupable de l'incendie qui aurait volé du cuivre sur le chantier avant d'y bouter le feu. En tout cas, opposons-nous de mille manières à la construction d'horreurs comme des usines et à l'extension des zones industriels.

Au-delà des frontières – Mi-avril, l'ambassade de la Belgique à Berlin a été attaqué : des assaillants ont jeté de la peinture noir, fracassé la porte d'entrée, arraché le parlophone et ont peint le slogan « Bezahlt », c'est-à-dire, payé ou comptes réglés. Nous saluons cette attaque contre cette représentation de l'Etat belge, Etat que nous combattons ici comme nous voulons abattre tous les Etats du monde entier. En France, fin avril, un sabotage incendiaire a détruit 4 engins de chantier de l'entreprise Eiffage, constructeur notoire de prisons (en France comme en Belgique). Dégâts estimés : 500 000 euros.

Sabotage – La veille d'une manif européenne des bateliers contre les nouveaux règlements dictés par l'Union Européenne, pas moins de 30 écluses (soit un sur deux) ont été sabotés sur l'ensemble des voies navigables wallonnes. Deux types de dégradations ont été commises : de la glu a été apposée sur les serrures des locaux donnant accès aux postes de commandes des écluses et des câbles électriques ou hydrauliques ont été sectionnés. Parmi les installations les plus touchées, celles qui sont sur le canal Charleroi-Bruxelles et sur le canal du Centre, en particulier, l’écluse d’Obourg. Lors de la manif à Bruxelles, les bateliers en sont d'ailleurs venus aux prises avec les policiers.

« Libérez Saint-Gilles » - Début avril, un inconnu a appelé à la prison de Saint-Gilles et a menacé qu'il y avait une charge explosive cachée dans les bâtiments. L'inconnu revendique la libération de tous les prisonniers de Saint-Gilles. Après une fouille, la police n'a pas trouvé rien de suspect ; la prison n'a pas non plus été évacuée. Par contre, quelques jours plus tard, c'est l'alerte à la bombe dans le centre commercial Basilix à Berchem-St-Agathe. La police ordonne l'évacuation et fouille le bâtiment sans rien trouver. Encore quelques jours plus tard, c'est le tour au Palais de Justice de Bruxelles. Plusieurs équipes de policiers fouillent en vaine les bâtiments. « Mille institutions du vieux monde sont marquées d'un signe fatal. »