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Ce n'est pas clair ce qu'il leur prend

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“Ce n'est pas clair ce qui leur prend”, déclare la voix lundi soir dans le journal. Des jeunes ont attaqué un commissariat de police à Saint-Gilles, ils ont mis le feu aux voitures, ont jeté des pierres et des cocktails molotovs, ont versé de l'huile sur la voie, ont détruit des voitures de police. “Possiblement, ça pourrait, éventuellement, qui sait, avoir à faire avec la mort du gangster ce matin. Il habitait près de la place Bethléem, et c'est là qu'ont commencé les échauffourées cet aprèm. Cependant, nous ne sommes sûrs de rien, ça reste un pur pari, pas plus que ça.”

C'est clair ce qui leur prend, 29 ans, une balle de la police, et puis c'était fini, sa vie. Son compagnon qui a sauté d'un pont de 20 mètres, lutte pour la sienne à l'hôpital.

Ce n'est pas difficile de comprendre ce qui te prend quand tu vas chercher l'argent où ça se trouve. Ras le bol des files d'attente, des humiliations, du travail d'esclaves, ras le bol de la vie sur des voies sans issues. Jusque là, c'est clair.

Mais qu'est-ce qui leur prend, à ceux qui tirent sur des braqueurs comme ils chassent le fauve? Tolérance zéro, un sauf-conduit pour tirer, ce sont les défenseurs de la loi, et si t'as des yeux, tu ne peux plus le manquer: ça déborde de tous côtés, ça échappe au contrôle. Et les banquiers et les bijoutiers en ont marre de voir disparaître l'argent sous leurs nez.

Mais qu'est-ce qui leur prend, à ceux qui restent chez eux quand ça pète contre une société qui nous humilie et veut que nous acceptons tout, comme des chiens mendiants la pitance. Quand tout ça saute : notre patience, notre cœur, notre tête. Quand la démolition des murs, tous les murs, qui nous enferment nous fait redécouvrir ce que c'est de vivre. Engager le conflit avec la société qui nous vide, nous dessèche et nous étouffe, pour redécouvrir ce que notre vie vaut. Quand nous prend le désir de vivre, la tête haute.

La vie comme elle est: Opel Anvers

Alors que la fermeture d'Opel Anvers approche, les patrons syndicaux persévèrent dans leur détermination à laisser le capital à sa guise. Nous voulons nous saisir de cet événement pour infirmer tous les mythes qui posent que les syndicats sont autre chose que les agents auxiliaires des patrons sur les lieux de travail. La résignation moutonnière avec laquelle les ouvriers, pourtant réputés si durs, subissent 'leur sort', est le résultat des années de désarmement systématique par les syndicats.

Quand Washington a annoncé le 'plan de sauvetage' en février 2009 pour prévenir une faillite, la General Motors étant 'banqueroute', tout le monde savait que la fermeture d'Opel Anvers n'était qu'une question de temps. En échange, pour ‘se renflouer', les patrons GM ont promis de liquider le plus vite possible 47 000 jobs et de vendre les filiales déficitaires. Peu après, les patrons syndicaux ont figuré tel des bodyguards silencieux derrière le président Peeters, qui s'est réinventé dans un show médiatique comme 'parrain d'Opel Anvers'. Les syndicats ont choisi, au lieu d'entamer le conflit avec l'administration de GM, d'aller pleurnicher et moucharder auprès du gouvernement flamand. Dans le soap-opéra qui suivit, les syndicats flamands ont impudemment affirmé que les ouvriers d'Opel étaient plus productifs que leurs collègues allemands et plus fidèles au pouvoir que les ouvriers français qui, au même moment, prenaient en otage leurs patrons. Et ainsi, les syndicats flamands, patrons et politiciens entamèrent une guerre, au nom de la sainte productivité, contre le capital immoral et étranger.

En réalité, la seule vraie lutte que mènent les syndicats, est celle dirigée vers leurs collègues moins productifs et plus révoltés et pour 'leur propre usine d'abord'.
Coude à coude avec les patrons et la politique, ils continuent à divaguer sur un 'capitalisme immoral basé sur les lois de la rentabilité'...

Depuis lors, les syndicats, les patrons et la politique coopèrent avec zèle à un véritable 'Opel reality show', exaltant le travaillisme, ersatz pour le conflit étouffé. Ainsi, nous étions témoins, en octobre 2009, d'une mise en scène de la soi-disante 'solidarité européenne' et de la combativité à travers une chaîne humaine d'employés déployée autour de l'usine.

Dans ce spectacle pitoyable, les boulots abrutissants à la chaîne se transforment soudainement en pont d'or pour lesquels les ouvriers se trahissent au profit de leurs exploiteurs. Pour nous, ce n'est rien d'autre qu'un misérable soap où le courage et la combativité sont pris pour 'des bêtises' alors que la lâcheté et la résignation sont vendues comme de la 'dignité' ultime...

Quoique, en tant qu'anarchistes, nous acclamons forcément toute fermeture précoce d'un camp de travail, nous déplorons toutefois la résignation servile avec laquelle des milliers d'ouvriers coopèrent à leur propre déclin. N'oublions jamais l'étouffement organisé des conflits par les sacs poubelles rouges et découvrons dans leurs structures une cible pour la lutte pour la libération!

De grandes questions

“Bâtard!” murmurait-elle, et puis un peu plus fort: “Lâche bâtard!” Et elle était sérieuse.

Le responsable du personnel clignait de l'œil, d'un air incrédule. D'accord, ce n'était peut être pas la personne la plus enthousiaste sur le marché de l'emploi, elle ne l'avait jamais prétendu d'ailleurs. Elle n'avait pas de diplômes pour trouver un bon job, bien payé et soi-disant 'respectable'. Et du monde, elle n'avait pas vu grand chose non plus. Son petit monde avait tout exigé d'elle, l'avait entièrement imprégné. Et oui, de temps en temps, quand elle ne pouvait réellement plus le supporter, quand elle voulait oublier ce qui la tourmentait tant, elle buvait trop et elle piquait une colère furieuse. Elle n'en était pas fière, vraiment pas. Ça la détruisait, elle le savait...Mais allez, sans déconner, est-ce que ça suffisait pour justifier toutes les humiliations et toutes les privations? Était-ce la vie dont elle avait rêvé? Était-ce vivre tout court? Au fond, elle pensait l'avoir perdu depuis longtemps. Lentement, mais surement. Comme du sable qui glisse entre tes doigts. Grain après grain. Les profs qui l'insultaient, l'appelaient une rêveuse impossible. En pincer pour la première fois: les espérances, l'espoir, flotter en l'air. Jusqu'à ce qu'on lui fasse comprendre que la vie n'était pas une romance et que, « si on aborde le sujet» criait-il « sais-tu où se trouve mon putain de pantalon? ». Soit. Elle ne baisserait pas les bras aussitôt. Déménager. L'animation d'une grande ville. Un peu d'anonymat. Puis une rencontre. Fugace, mais intense. Un peu de chaleur réciproque. Un peu moins de solitude pour le moment. Jusqu'au premier retard de règles. Que faire? C'était quand-même impossible! Elle mère? Jamais! Certainement pas maintenant, pas ainsi. Une décision claire toujours repoussée. Jusqu'à ce que ce petit être voulut sortir de son ventre. Une nouvelle vie dans un vieux monde. Réorganiser. Chercher un lieu pour le petit, s'en tirer, gagner du fric. Et le patron était de nouveau de mauvaise humeur. « Je ne te paie pas pour ne rien faire et pour bavarder. » Passer des heures devant les caisses: « bonjour, merci, s'il vous plaît, bonjour. » Un sourire ne passait plus.
Le soleil qui brille dehors. Chaud et doux. Tandis que les mois et les années passent. Puis rentrer chez elle. Fatiguée, tellement fatiguée. Et la vaisselle qui s'entasse à la cuisine. Demain, demain. Aujourd'hui, elle arrive à peine à manger un truc, mettre le petit au lit, préparer les vêtements pour le lendemain et préparer à manger. Et puis se fourrer sous les couvertures. Un livre, comme ça faisait longtemps. Mais elle est trop fatiguée pour garder les yeux ouverts, à moitié endormie, avec la tête toujours quelque part entre les montagnes de factures non-payées. Elle se sentait seule, si seule...Elle n'en voulait plus de tout ça! Les humiliations incessantes...l'image de soi brisé. Elle ne voulait plus tout refouler, hocher la tête, ouiouioui. Ça l'accablait, lui prenait la force de se tenir debout, de chercher des perspectives. Ça devait s'arrêter. Elle devait faire quelque chose. Sinon...

« Excusez-moi! » La voix du responsable du personnel qui résonne. « Je...j'espère fortement que je vous ai mal compris?! »
« Tu m'as bien compris et tu le sais! » Elle saute de son siège. « Vous allez me larguer? Juste comme ça, comme de la crasse? »
« Ben, vous exagérez quand même un peu. J'ai quand même déjà essayé de vous expliquer que...votre discipline de travail... »
« Discipline de travail?! Toi! Charognard infecte! Avec ton putain de boulot! Gardes-le! »

Et elle se précipita hors de l'office. Hors du magasin. Licenciée! La porte derrière elle. WAHHMM! De l'air frais. Tant que possible dans une ville. Merde, merde, merde. Il était onze heures du matin. La première fois depuis des mois qu'elle ne devait pas travailler la semaine...Comment continuer, qu'est-ce qu'elle devait faire, le loyer...le petit allait ouvrir les yeux tout rond quand elle irait le chercher elle-même à l'école pour une fois...Elle devait de l'argent à la voisine et le frigo était presque vide...
Comme une tempête qui se lève. Sûr, elle détestait le boulot, mais quoi maintenant? Si elle...ses pas ralentissaient. Elle s'arrêtait. Les pensées qui tournent...mais attendez! La clef, elle l'avait toujours...Ha! Tenterait-elle le coup? Elle savait que, à ce moment là, il n'y aura personne à l'intérieur. Normalement. Les commandes étaient déjà contrôlées, donc ça pouvait durer des semaines avant qu'ils s'en aperçoivent. « Courage mon ami, courage. Assez c'est assez! T'as rampé assez longtemps pour un peu de leur minable récompense! » Pour ces messieurs là-haut ce ne serait rien, ils ne le sentiraient même pas. Mais il ne s'agissait pas de ça, pas en première instance. Aujourd'hui elle reprenait un peu de sa dignité, elle retrouvait un peu de respect d'elle-même. Elle le volait, si on veut...

Une nouvelle ère s'annonce

Le gouvernement fédéral a annoncé qu'il va donner 384.000.000 euros (!) au centre d'Étude pour l'Énergie nucléaire à Mol. Avec la construction d'un nouveau réacteur de recherche (Myrrha), la Belgique veut être un des premiers dans la redécouverte de l'énergie nucléaire.

Mais l'honnêteté nous oblige à reconnaître que c'est la France qui est sur le devant avec la construction de nouvelles centrales nucléaires. L'électricité ainsi générée doit partiellement répondre à la demande croissante de trains à grande vitesse. Mais il y a plus que ça, il y a un surplus. Et ce n'est pas un hasard. En France, on construit depuis un moment des lignes à haute tension vers l'Afrique du Nord, à travers l'Espagne et la Méditerranée. Avec cela, ils souhaitent ravitailler les nouvelles usines qui exporteront leurs produits bon marché vers l'Europe, à l'aide des travailleurs bon marché, tout en maintenant l'électricité bon marché. Cet exemple montre la perversité des nouvelles fables que les managers nous vendent sous un dénominateur commun: le capitalisme vert.
Dans les années 70 et 80, beaucoup de personnes ont pourtant lutté contre la construction des premières centrales nucléaires dans les pays européens. Hors des partis politiques ou des organisations officielles (quoique, plus tard, certains ont utilisé ce thème pour gagner des voix, et une fois venus au pouvoir, ils ont continué de suivre le chemin du nucléaire en silence), de grandes manifestations offensives ont été mises sur pied, des chantiers ont été occupés et détruits, des responsables furent attaqués. Dans différents lieux, l'état d'urgence a été proclamé et des régions entières (souvent des villages éloignés) furent occupées par les forces de l'ordre (la gendarmerie ou l'armée). Au moyen d'une véritable militarisation et des jeux politiques, la plupart des États ont finalement réussi à continuer le chemin du Progrès et ont imposé leurs centrales nucléaires. Après, le thème a surtout été mis en avant dans l'opinion publique par les nouvaux partis verts. En Belgique, il y a notamment eu le “succès” de prétendre que les centrales nucléaires seraient arrêtées à terme. Quelques années et un nouveau gouvernement plus tard, cet accord a été renvoyé à la poubelle. À l'heure actuelle, on parle de la construction de nouvelles centrales nucléaires avec des réacteurs de la dernière, quatrième génération. Toutes les actions de propagande du Forum nucléaire (rappelez-vous des grandes affiches avec les questions “neutres” qui tournaient quand même toujours à l'avantage du nucléaire) ne servaient donc pas seulement à garder ouverte plus longtemps les centrales existantes mais devaient également préparer le terrain pour la construction de nouvaux lieux. Avec le focus exclusif sur la grande catastrophe du réchauffement climatique (“Les déchets nucléaires toujours toxiques dans des centaines d'années? Soyons déjà contents si la terre existe encore”), les politiciens verts se sont réduits au silence. Entre-temps, certains sont même devenus les défenseurs du nucléaire. Un chemin vert s'est ouvert à tout les business lucratifs, que les publicitaires peuvent justifier par la réduction d'émission de CO² et donc par la “lutte contre le réchauffement climatique”. Une nouvelle ère pour l'énergie nucléaire s'annonce.
Cependant, nous ne croyons pas une seconde à ce que les spécialistes viennent nous vendre, comme quoi les centrales nucléaires seraient 100% sûrs. Tout comme, dans chaque autre usine où la technologie est appliquée, dans les centrales aussi, les choses tournent mal. Et la plupart du temps, nous ne savons rien de ces 'petits incidents'. Parfois ils lancent un avertissement (comme à Fleurus en 2008 où des iodes radioactifs se sont retrouvés dans le système d'aération). Mais dire que la santé publique est en danger? Non, non, jamais...Ben oui, il y a des fuites, de la radioactivité et dans les études on peut lire, à travers le langage des spécialistes, des constats de pannes régulières et de fuites permanentes. La Commission européenne le sait bien et sponsorise le projet SAGE où les scientifiques et les bureaucrates se servent de l'expérience de Tchernobyl (où, en 1985, un réacteur a explosé et a irrévocablement transformé toute la région en un désert radioactif, et jusqu'en Belgique, il pleuvait de la pluie radioactive) pour se préparer à la gestion d'une contamination radioactive durable en Europe.
Avec la redécouverte de l'énergie nucléaire, l'État crée l'illusion qu'elle peut arrêter le réchauffement climatique. « Pas de panique, le système maîtrise la situation », telle est le message. L'État peut renforcer son propre rôle et laisser entendre qu'il est de la plus grande nécessité. Parce que ce sont ses spécialistes et ses troupes de sécurité qui sont nécessaires pour le bon déroulement des choses. Qui d'autre va gérer la technologie complexe, qui va contrôler le traitement des déchets contaminés, qui va nous protéger contre les attaques terroristes pouvant avoir des conséquences catastrophiques?
L'énergie nucléaire et ses déchets hypothèquent tout désir de liberté. Elle étouffe toute pensée d'un monde sans un État avec ses spécialistes, sa bureaucratie et son appareil de répression. Et lorsque toujours plus de centrales sont construites, finalement, il ne reste plus un lopin de terre qui n'est pas pollué par l'appât du gain et le capitalisme. Même si ce dernier se nomme vert et durable, je ne peux pas y voir autre chose qu'un coup publicitaire.
Pour ne pas nous laisser prendre tout oxygène, oxygène qu'on a besoin pour pouvoir parler, rêver et lutter pour la liberté, il est urgent que nous nous approprions de nouveaux moyens. Des moyens pour saboter cette machine de la mort. Les centrales nucléaires sont très centralisées et sécurisées, mais elles ne sont qu'une partie du réseau de radioactivité et de contamination. Lignes de hautes tension, pylônes de portables, chars à quatre roues, usines, centrales de distribution...d'autres les ont mis à plat, avec succès.

Au nom de moi-même

“Attention, ne pas confondre le rôle de la personne avec la personne elle-même”, déclara le porte-parole de la Fédération des Entreprises de Belgique. La plus grande bande de capitalistes de ce pays. C'est sa réponse au fait que, surtout en France mais aussi ici, des travailleurs et des employés prennent les patrons temporairement en otage pour les forcer à faire certaines concessions.

Cette remarque, banale à première vue, partagée par pas mal de gens, soulève pourtant quelques interrogations. Même, elle nous mène droit au noyau de la question sociale, à la raison pour laquelle ce monde est divisé entre des personnes qui possèdent une piscine et un sauna dans leur arrière-cour et d'autres qui ne peuvent même plus payer leurs factures d'électricité à la fin du mois; entre des personnes qui mangent un repas sain et de goût chaque soir et d'autres qui remplissent leur caddies de légumes congelés et d'abats de chez Aldi et Lidl; entre des personnes qui donnent des ordres et d'autres qui les subissent.

Il est vrai que derrière cette division, se cachent certaines idées qui sont partagées aussi bien par les exploiteurs que par les exploités : C'est normal que l'un possède beaucoup et l'autre moins, que l'un soit appelé à commander et que l'autre doive se résigner à son destin d'esclave. Il est vrai que les puissants n'imposent pas seulement leur régime par la contrainte et la violence, qu'il est aussi bien basé sur le consentement de leurs sujets. En d'autres mots, c'est parce que les pauvres continuent d'accepter d'être pauvres, que les riches continuent de construire leurs palais. Et c'est pour cela que de nombreuses personnes qui voudraient bien se battre pour un autre monde, ne font qu'attendre, se résignent – en espérant qu'un jour, les gens deviendront un peu plus intelligents.

Et quoique tout ceci soit vrai, la conclusion ne l'est pas. Parce que ce n'est pas vrai que l'exploitation n'est qu'un mécanisme; que riche et pauvre sont des rapports sociaux abstraits que personne ne peut changer; que l'autorité est en chacun de nous. Les idées, la logique, les mécanismes, les rapports, tout ce qui est la base de ce monde, resteraient des pensées vides si elles ne se concrétisaient pas dans des structures et des hommes. L'autorité ne serait qu'une vague pensée si elle ne se figeait pas dans certaines structures, personnes, bâtiments. Tu peux crier aussi fort que tu veux contre un bâtiment, ses murs ne s'effondreront pas. Tu peux essayer de convaincre les détenteurs de pouvoir tant que tu veux, ils ne te comprendront même pas. Tu peux tant que tu veux penser qu'un flic est avant tout un humain, il te mettra quand même au cachot.

C'est pour cette raison que l'attaque directe est nécessaire. Pas seulement par les idées, mais dans la pratique également. Pas seulement en osant rêver d'un autre monde, de liberté et de solidarité, mais aussi en frappant fort contre les structures et les personnes qui étouffent ces rêves.

Pour revenir à la bande des capitalistes...Non, nous n'assimilons pas la personne à la fonction qu'elle exerce, au rôle qu'elle joue; un humain est plus que ça. Ce n'est pas parce que je note ces mots que, soudainement, je ne suis qu'un écrivain. Mais cela n'empêche pas que c'est moi, avec tout ce que je suis, qui a bel et bien mis ces mots sur papier. Pas quelqu'un d'autre, mais moi. Et un patron qui, d'une seule signature, met en danger la vie de centaines de personnes et empoche lui-même des millions en prime, est en effet aussi une personne (et peut être, même si je peux difficilement l'imaginer, une personne agréable avec qui boire un verre). Mais ça n'empêche pas que c'est lui, et pas quelque chose ou quelqu'un d'autre, qui a posé sa signature. Et donc...

Visite chez Carrefour

Jeudi matin 25 mars, aux alentours de 11h, la tranquillité du supermarché Carrefour de Schaerbeek a été perturbée quelques instants. Des dizaines de personnes ont décidé d’en sortir avec des sacs remplis de victuailles sans se soucier du passage obligatoire par la case caisse. Ne pas attendre plus longtemps jusqu'à ce que les patrons ont décidé sur l'avenir des ouvriers. Non, prendre ce qu'il y a à prendre...ignorer les longues files aux caisses. Reconnaître la fonction du magasin, voir qui empoche. Ceux qui contrôlent nos vies, nous utilisent et nous jettent quand nous ne sommes plus utiles. En partant, ils ont répandu derrière eux quelques pièces… en chocolat et le tract ci-dessous :

Crise ou pas crise, nous sommes de plus en plus nombreux à faire les courses avec de grandes poches ou de petits sacs. C’est un geste quotidien, on accepte de payer les pâtes, mais le chocolat, ça, ils peuvent se le mettre dans l’os. D’abord, parce qu’on a pas les ronds, ensuite, parce qu’on a pas envie de choisir entre une déception de luxe et une déception discount, et nourrir notre frustration plutôt que nos estomacs.
Mais aujourd’hui nous nous servons ouvertement, et en groupe, pour répandre la bonne nouvelle : les employés de carrefour ont choisi comme première réponse la grève spontanée.
Car si parfois, au détour d’un rayon, l’employé et le voleur sont adversaires, l’un et l’autre sont abusés par Carrefour, que ce soit par un ticket de caisse ou par un contrat de travail. Et chacun ses façons de faire mal à Mr Carrefour, en tapant directement au portefeuille.
Maintenant que les syndicats négocient, et reprennent le contrôle de la riposte, une question se pose.
Est-ce sa caisse ou son rayon que l’on défend, ou la possibilité de ne plus y passer des jours et des années à y gagner de quoi survivre ?
Que ce soit les intérimaires et les jobistes embauchés-virés, ou les contrats à vie, qu’y a-t-il à défendre pour ceux qui ne reçoivent que les miettes ?
Au mieux, une belle prime pour pouvoir vivre quelques mois les mains déliées de tout travail.
Alors n’attendons plus. Ouvrons grand les Carrefour, et ensuite, pourquoi pas les autres.
Que chacun se serve de ce dont il a besoin.
Il ne nous suffit plus d’infliger des pertes aux patrons ; nous avons tant à gagner.
En premier lieu, la liberté.

A propos d'un accident d'avion

Samedi 10 avril, un avion polonais s'écrase en Russie, tuant tous les passagers à son bord. L'avion militaire transportait une charge, pour le moins, remarquable. Le président de la Pologne, le vice-ministre de la défense, le président de la Banque nationale polonaise, presque tous les chefs de l'armée, le président du Sénat, des dirigeants de plusieurs églises, et ainsi de suite.
Et puis les gros titres. « Le plus grand désastre jamais arrivé à la Pologne », « Une nation décapitée », « Une perte irremplaçable, un choc qui atteint aussi la Belgique. » Peut-être que je dormais encore au moment du tremblement de terre, mais en tout cas, je n'ai rien senti. Le All-Star Team des tous puissants en Pologne a sombré, et ce, sur un match en déplacement. Je ne vais certainement pas me priver de sommeil, ça c'est sûr. Mais pourquoi cette moquerie? Pourquoi ces petits aveux ironiques de malignité? Est-ce que cela signifiera peut-être que la société polonaise prendra une autre tournure, maintenant qu'une partie signifiante du gouvernement est renvoyée à l'Histoire et ses poubelles ? Non, probablement pas. Est-ce qu'ils ne formeront pas aussitôt un nouveau gouvernement qui n'hésitera pas à reprendre les choses où le précédent les avait laissés ? Oui, c'est fort probable. Est-ce que cela signifierait qu'on puisse parler plus de liberté en Pologne, maintenant qu'une petite centaine de dirigeants autoritaires sont renvoyés du monde? Non, c'est à redouter fortement. Ah... parfois faut juste être satisfait de ce qu'on a.

Le meilleur de la semaine

“Celui qui habite une belle maison et roule avec une Jaguar ne doit pas s'étonner d'être cambriolé”. C'est ce qu'a entendu monsieur le banquier quand il est venu pleurnicher auprès de la cour après avoir été cambriolé pas moins de trois fois en un an. La troisième fois, il a dû céder sa Jaguar. Auparavant, le richard avait obtenu de l'État une prime de 6000 euros pour rénover sa maison de maître au bord d'un quartier de pauvres à Charleroi – du type de celles où habitaient les industriels d'antan – et y demeurer au moins dix ans. L'homme a cassé sa pipe précocement, et à l'heure, l'État réclame son argent. Le juge a été rappelé à l'ordre par le ministre de la justice De Clerck et l'entreprise Jaguar n'était pas contente non plus que ses voitures aient été qualifiées d'aimant à gangsters. Dans une lettre au juge: « Pour vous permettre de vous faire une meilleure perception de tout ceci [un hymne à Jaguar]et dans l'espoir que cela vous permette de mieux nuancer vos jugements à l'avenir, nous vous invitons volontiers à l'ouverture officielle prévue au mois d'avril [d'un concessionnaire à Charleroi]. Cela vous permettra de rencontrer directement les nombreux propriétaires enthousiastes de Jaguar et de vous assurer de leur fierté et passion. Peut-être qu'un essai sera une belle conclusion … » Attention aux roublards.




Nous qui pensions qu'on devait faire des siennes pour rendre clair le lien évident entre le tri obligatoire, l'intégration et le contrôle social… Depuis peu, la société de logements sociaux Foyer Bruxellois a muni d'un cadenas certains containers de déchets bleus et jaunes. Mais dans les containers d’habitation où les pauvres sont, à vrai dire, stockés, il parait que les habitants n’ont pas pu être domptés aussitôt au nouveau rythme de triage, ce qui demandait une nouvelle approche. Depuis lors, ceux-ci peuvent venir près des containers à heure fixe, deux heures par jour, sous stricte surveillance d'un maton de tri polyvalent, qui en même temps fait service auprès de l'agence de l'emploi locale. Celui-ci contrôle si le triage se passe bien comme il faut, et donne des explications, si nécessaire. Parallèlement, des grèves spontanées, ainsi que d'autres dirigées par les syndicats, ont éclaté auprès du personnel de ramassage, qui digère mal la pression de travail créée par le triage obligatoire.


Il y a des mois déjà que la patronne de Fedasil et politicienne du PS Isabelle Küntziger a tout planté. Elle a pris du congé de maladie, parce que les pagailles autour de l'accueil des demandeurs d'asile étaient devenu de trop. Récemment, elle a aussi démissionné. Une perte pour laquelle on ne va pas perdre sommeil. Depuis des mois, des demandeurs d'asile errent dans les rues de Bruxelles; une fois envoyés au CPAS, une autre fois hébergés dans des hôtels, ou dans d’ anciennes casernes militaires, parfois même dans des campements de la Croix Rouge. De temps en temps ils squattaient des maisons, d'où ils étaient expulsés avec la violence nécessaire. L'autre jour, les halls de la gare du Nord, où plusieurs familles logeaient, ont été vidés par la police et l'Office des Étrangers. Pas de quoi se mettre martel en tête : ce n'était pas ça qui préoccupait Isabelle. Elle avait assez de “la politique des frontières ouvertes” des socialeux. Quelle confusion...


L'État sait bien que la répression seule ne suffit pas. De temps en temps il doit lui taper sur les doigts, pour alimenter l'illusion de la démocratie. Après que Farid Bamouhammad a été traîné de prison en prison pendant des années (18 fois en 2 ans pour être précis), enfermé au cachot, passé à tabac ou menotté par les pieds et les mains – dans une tentative de briser sa résistance – l'État admet à l'heure que l’administration pénitentiaire a outrepassé ses instructions. Il a même offert à Farid Bamouhammad un pots-de-vin de 5000 euros. Cependant, Farid est enfermé à Nivelles, où il est toujours détenu en régime spécial (visite dans une salle à part, derrière carreaux etc.) et où les matons, eh oui, menacent d'entamer une grève s'il ne soit pas transféré aussitôt. Parlons d'ironie amère.

Brèves du désordre 4

Un peu d'essence – Une tractopelle et un générateur sont incendiés sur le chantier de Jacques Delens sur le campus de l'ULB, où ils construisent le 'Solvay Business School'. Jacques Delens collabore à la construction du nouveau centre fermé à Steenokkerzeel. “Un peu d'essence pour le business, le reste pour le centre fermé.”

Archevêque assailli – Près de la gare du Midi à Bruxelles, le nouvel archevêque conservateur de droite André-Joseph Léonard se fait dérober sa valise. Il déménagera bientôt dans une ancienne école de la rue Rossini à Cureghem, où il logera la moitié de la semaine. L'autre moitié, il réside dans le palais archiépiscopale sur le Wollemarkt à Malines.

Banque – Les vitres et un distributeur de billets de la banque BNP Parisbas/Fortis à Berchem-St-Agathe sont défoncées. “En Grèce comme partout, que crève le capital. Solidarité avec les anarchistes pris en otage avec l'État grec”.

Vengeance – Dans un bar à Florennes, trois sans-papiers se disputent avec un autre client. Le patron du bar dépose plainte auprès de la police. Celle-ci se dirige vers le centre de Fedasil pour y chercher les sans papiers. Vers 22h 30, une cinquantaine de sans papiers du centre vont au bar en question et le défoncent totalement. Ils s'en prennent également à quelques voitures et, plus loin, des vitres volent en éclats.

Maton mordu – Dans la prison de Lantin, un détenu refuse de rentrer en cellule. Il attaque un maton, lui donne quelques coups et mord son bras. D'autres matons prêtent alors main forte à leur collègue et le frappent en le traînant vers sa cellule.

Manifestation – A Liège a lieu une manifestation contre les centres fermés. À la fin de la manif, au centre fermé de Vottem, certains tentent d'abaisser la porte.

Contre Tobback et la taule – A Louvain, les vitres d'une agence immobilière Century 21 sont brisées. Le tag “Contre Tobback [le bourgmestre] et la taule!” est laissé près du bâtiment.

Plaisir scolaire – A Laakdal, un car scolaire est défoncé + Une école à Kiel voit sa salle de sports et une serre ravagées + A Houthalen-Helchteren, les vitres d'une école primaire sont brisées + A Ekeren, trois écoles sont cambriolées en moins de deux semaines. Infrastructure détruite, matériel volé et parfois le feu est allumé. Les flics arrêtent 8 personnes entre 13 et 15 ans.

Guet-apens – Autour du square Lemmens à Anderlecht, quelques boîtiers électriques des lampadaires sont détruits. Un riverain appelle les flics qui viennent sur place et arrêtent six personnes. Peu après, un riverain rappelle alors que des gens sont en train de fabriquer des cocktails molotovs. Les flics trouvent une cagoule, des bidons et des bouteilles d'essence. Un peu plus loin, 25 pneus. Vers une heure du matin, les flics s'aperçoivent que les rues autour du square sont recouvertes d'huile, les transformant en vraies patinoires. Ils trouvent des bidons d'essence et d'huile, des pierres et des bâtons de bois.

Dépôt – A Farciennes, un grand dépôt est incendié. Des véhicules, meubles et vêtements saisis y étaient stocké et ont totalement brûlé.

La Poste – A Gilly, deux voitures de La Poste et deux camionnettes rouges de modèle Kangoo sont incendiées. Dans les environs, un homme est arrêté. La Banque de La Poste gère les comptes des prisons et des centres fermés.

Église maculée – L'église de la paroisse orthodoxe grec Saint-Marina à Schaerbeek est décorée de peinture rouge. Un slogan apparaît: “l'État et l'église tuent et enferment.”

Émeutes à Saint-Gilles – Une journée agitée à Bruxelles. Le matin, sur l'E19, un homme de Saint-Gilles est tué par un flic qui se 'sentait menacé'. Un autre homme s'échappe, saute d'un pont et se trouve à l'hôpital, gravement blessé. Quelques heures plus tard, un bijoutier est braqué à Ixelles. Un des braqueurs se fait tirer dessus par le bijoutier, qui, à son tour est tué par balles. Les deux braqueurs sont arrêtés. Le soir, un bijoutier est attaqué à Schaerbeek. Quand les deux braqueurs sortent du magasin et prennent la fuite avec le butin, ils se font tirer dessus par le bijoutier. Un braqueur tué, l'autre gravement blessé. Dans l'après-midi, la tension monte à Saint-Gilles. Les vitres d'un commissariat de police volent en éclats et quelques voitures aux alentours s'enflamment. La soirée, de graves émeutes ont lieu place Bethléem. Les flics mangent des pierres, des voitures sont renversées et incendiées. Tout le square est recouvert d'huile et se transforme en patinoire. Deux jours plus tard un balayeur retrouve 20 cocktails molotovs prêts à l’emploi.

Explosif – Dans la prison de Lantin, les matons trouvent un explosif dans une cellule. Le service de déminage le fait exploser dans les champs.

De Lijn – Les salles d'attente de De Lijn au square Zuid à Gand sont temporairement fermées pour cause de destructions multiples et incendies. De Lijn prête, en plus des transports en commun, sa collaboration bienveillante à la politique de déportation contre les sans papiers.