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Hors Service n°34

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Nous ne sommes pas des esclaves

Nous ne sommes pas des esclaves, nous sommes de la dynamite. Ainsi titrait une affiche collée sur les murs il y a quelques années pour défendre deux anarchistes arrêtés après un braquage de banque.

Une phrase menaçante pour les puissants, mais réfléchissons bien. Car il ne faut pas l'inverser. Nous ne sommes pas de la dynamite parce que nous sommes des esclaves. Nous sommes de la dynamite parce que nous ne serons pas des esclaves, parce que nous ne voulons pas être des esclaves. Il y a tout un monde de différence entre ces deux expressions; un monde qui distingue les anarchistes de tous les autres courants qui se prétendent révolutionnaires.

Ce n'est pas notre condition de vie, le fait d'être prolétaire ou ouvrier, pauvre ou sans-papiers, qui nous fait devenir des rebelles. Ce n'est pas sur la dégradation des conditions de survie à laquelle on assiste aujourd'hui qu'il faudrait se faire des illusions et penser que tout va péter parce que tout va de plus en plus mal. Ce ne sont là que de douces illusions qu'on sert en doses aux révolutionnaires pour les endormir.

Le pouvoir enchaîne l'être humain au rôle qu'il lui impose dans la société. Il crée et récrée continuellement les conditions de ce rôle pour empêcher que l'esclave se défasse de ses chaînes. Mais pour qu'il y ait lutte à mort entre le pouvoir et l'esclave, il faut d'abord que l'esclave se décide.

La volonté, voilà ce qui fait la différence entre l'esclave et le rebelle. La volonté d'aller contre, de ne pas accepter, de ne pas subir, de se heurter à tout ce qui tend à te soumettre, à te rendre esclave. La volonté, c'est ce que le pouvoir ne réussira jamais à effacer complètement chez ses prisonniers, c'est que qu'il craint en permanence. Car la volonté nous démontre aussi qu'il ne faut pas attendre, que nous pouvons agir et maintenant. Que la détermination et la décision l'emportent, aussi minoritaires qu'elles soient, sur l'inertie de la masse et les rapports sociaux existants.

N'ayons pas peur de notre propre volonté. Si nous voulons, nous serons de la dynamite et les édifices du pouvoir crouleront.

L'histoire n'est pas une succession d'événements produite par une loi omniprésente. L'histoire, elle est créée et recréée par les volontés qui agissent.

Non à la construction d'une maxi-prison à Bruxelles

Parce que cette nouvelle prison sera un outil de plus aux mains du pouvoir pour écraser les pauvres et les insoumis. Elle va de pair avec le durcissement des conditions de survie, la brutalité des policiers et l'aggravation du contrôle.

Parce que le pouvoir investit dans la construction de nombreux projets prestigieux pour les riches et leurs affaires dans tous les quartiers. Pendant ce temps la population peut crever, dont une partie en taule. Tout pouvoir partout et toujours ne s’intéresse qu'à la protection de lui-même et de ses richesses.

Parce que la liberté et la joie de vie nous manquent affreusement et cette nouvelle prison ajoutera davantage de couches de misère.

Parce que notre désir de respirer comme hommes et femmes libres est irréconciliable avec le fait qu'il y aura au moins 1200 personnes enfermées, matées, dominées dans cette prison : 1200 hommes, femmes, enfants.

Parce que tout simplement, la prison est une atrocité et les atrocités sont à détruire, pas à construire.

Cette prison ne sera pas construite !

A qui appartiennent les rues ?

Des grands éclats de peinture sur l’écran informatif, place Flagey à Ixelles. L’immense écran a été saboté à de multiples reprises depuis son installation, lors du réaménagement de la place. Une plaine étendue, un abribus architecturalement justifié et des bancs à la pointe de l’esthétique, mais s’y poser est fort peu agréable. Ces dernières années, les autorités bruxelloises rafraîchissent les places et les rues avec zèle. Ce faisant, elles n’oublient pas d’offrir de nouveaux espaces aux entreprises publicitaires, les laissant y planter encore plus de leurs sales panneaux. Mais, tout comme sur la place Flagey, ces entreprises doivent régulièrement intervenir pour réparer leurs étalages (ces derniers six mois, 600 panneaux ont été défoncés). Par ailleurs, Sibelga a annoncé que, suite à nombreux sabotages, ses installations électriques d’éclairage public seront désormais enterrés ou fixés à quelques mètres de hauteur. Dans le même temps, nombreux sont les contrats de quartiers par lesquels nous sont promis monts et merveilles en ce qui concerne l’« aménagement urbain ».

Les autorités cherchent à conquérir les rues de Bruxelles. Elles veulent rendre leur attrait à certains quartiers pour y attirer les classes moyennes. On nous bassine avec la vieille rengaine de la « mixité sociale »… Il y a une centaine d’années, la bourgeoisie craignait les quartiers populaires parce qu‘ils formaient des foyers de résistance et de solidarité. Les réformateurs sociaux trouvent à leur tour que la classe ouvrière a besoin d’exemples de la morale bourgeoise (hygiène, éthique de travail, éducation des enfants, etc.). Les temps n’ont, semble-t-il, pas changé. Les pauvres se voient toujours infliger toute sorte de campagnes, de centres de formation, d’ateliers protégés, de « magasins de l’éducation », etc. visant à les transformer en bons citoyens. Via les contrats de quartiers et les projets du SDRB (qui construit des logements sociaux à vendre pour la classe moyenne), les autorités cherchent à attirer des habitants plus « intégrés ». Elles leur promettent la sécurité par la présence renforcée de policiers et de caméras de surveillance. Le secteur privé obtient sa part du gâteau en foutant des publicités un peu partout, en développant des activités commerciales au goût des nouveaux habitants plus aisés (horeca, magasins, etc.), en aménageant des lofts et des appartements de luxe pour la classe encore plus aisée qui sait apprécier le côté « exotique » d’un quartier populaire (tant que sa sécurité n’est pas mise en danger évidemment et qu’elle peut continuer à vivre dans le luxe au milieu de la misère). Tout cela signifie qu’au final, il y a moins de logements accessibles aux habitants démunis, mais, surtout, que l’autorité tente une fois de plus de reprendre le contrôle sur la vie dans la rue. Pour redessiner la ville selon ses vœux pervers. Mettons-y le holà !

Abandonnons les rangs des moutons

Des dizaines de milliers de personnes sont venus se promener dans les rues de Bruxelles. On nous a dit que c’était une manifestation, que les gens étaient venus pour crier leur rage contre l’austérité et la crise, mais pour être honnête, ça ne ressemblait à rien. Si c’est ça que le monde politique et patronal doit craindre, il peut continuer à dormir tranquille. À la fin trajet de la promenade, il y avait même des énormes écrans qui, avec une flèche, marquaient « EXIT », c’est pour dire ! « La fin » ! Et tout le monde a suivi la flèche, s’avançant vers la fin, sagement, sans débordements, comme il faut. La fin de la résistance des travailleurs…
Pourtant, il n’y avait pas que cela sur cette manif. On a vu aussi de petits groupes d’ouvriers et de travailleurs cagoulés, bien gantés, les regards fâchés. Ils ne parlaient pas, ils voulaient castagner, mais entouré d’une telle masse inerte, on est vite découragé. A un certain moment, la tension et la tristesse devenait trop pressante pour un d’eux. Il a crié : « Qu’est-ce qu’on est en train de foutre ici ? C’est n’importe quoi, on dirait des moutons. C’est là-haut qu’il faut aller, c’est là-haut qu’il faut tout cramer, tout brûler. Ils se moquent de nous si on continue avec ces bêtes trucs de moutons et de lâches ! » Un délégué l’a embrassé, a cherché à le calmer… Il lui a dit que l’heure de la revanche viendrait et lui a sorti d’autres balivernes, de celles qu’on se dit pour mieux faire avaler la résignation.

Hier, la direction de Caterpillar, près de Charleroi, a annoncé des licenciements massifs, 1400 si vous voulez « les chiffres », et probablement des centaines d’autres chez les fournisseurs. C’est un « bastion de la lutte ouvrière » de plus que l’on saigne là.

En ce monde, on n’échappe pas facilement au travail, l’un des fondements de la domination ambiante. Coincé entre la nécessité du fric et l’impossibilité de faire autre chose que bosser, produire, consommer, revendiquer des emplois revient toutefois à niveler le terrain pour l’exploitation et les capitalistes. Nous ne mâcherons pas nos mots : on déteste le travail qui abrutit, on veut détruire le salariat qui nous enchaîne et brûler toutes ces usines de merde qui produisent des cancers, des machines de guerre, des tas de choses inutiles. Face aux licenciements massifs de l’heure, nous ne rejoignons donc pas le mot d’ordre « sauvegardons les emplois » (et donc les patrons, le salariat, l’abrutissement, la nocivité). Si nous sommes prêts à rejoindre quelque chose, c’est la lutte des déshérités et des insoumis contre les exploiteurs et les puissants, pour autant qu’une véritable lutte il y ait.

Ce qui importe, ce ne sont pas les victoires obtenues à la table de négociations, la reconnaissance faux-cul de nos souffrances par les politicards, le fric arraché en primes et compensations. Si nous luttons, c’est avant tout parce qu’au cœur de toute lutte de libération, il y a de ces choses qu’on ne trouve nulle part ailleurs en ce monde, des choses qui peuvent saper les fondements mêmes de toute autorité : la solidarité et l’audace, le courage et la joie de détruire ce qui nous détruit, le saisissement, même pour un moment éphémère et vulnérable, de cette capacité qui dort en nous de réfléchir et d’agir par nous-mêmes.
La possibilité de rompre avec toute logique de pouvoir, toute logique de concurrence, toute logique économique.

Abandonnons les rangs des moutons. Laissons seuls les petits chefs et les apprentis-politiciens. Cessons de réfléchir dans les mêmes termes que les patrons. Prolétaires, descendez dans vos propres profondeurs, cherchez-y la vérité, créez la vous-mêmes ! Vous ne la trouverez nulle part ailleurs.

Une prison à Genk ?

Depuis l’annonce de la fermeture des usines de Ford, la situation est devenue compliquée dans le Limbourg. Tant sur le plan économique que social, de nombreux problèmes se sont greffés sur le premier. Le chômage augmente, avec tous les inconvénients qu’il véhicule. Le bourgmestre de Genk, Wim Dries, pense toutefois avoir trouvé la solution à ses soucis : lui aussi veut une nouvelle prison. On ne peut pas dire qu’on soit vraiment surpris. Ces dernières années, les autorités belges ont, semble-t-il, décidé de régler tous leurs problèmes à coups de nouvelles prisons. Ce n’est pas pour rien qu’elles appellent fièrement leur projet : le « masterplan ».

Du point de vu de Wim, on peut comprendre qu’une nouvelle taule soulagerait un paquet de soucis : une partie des gens peuvent aller crever dans les cellules de la nouvelle prison, ce qui libère des places sur le marché du travail, résolvant une partie du problème du chômage. Cela crée, en plus, des centaines d’emplois, comme gardien. Donc : enfermer des gens, en embaucher d’autres pour les surveiller, voilà trouvée la solution pour recaser un bon millier de personnes impliquées dans l’affaire de Ford.

Force est donc de constater que sur le plan économique, une nouvelle prison est certes intéressante. Et comme l’économie mène la danse…
Il ne faudrait cependant pas perdre de vue l’aspect social de ce nouveau projet.
Dans une région comme celle de Genk, où la présence de l’usine Ford jouait un rôle plus ou moins grand dans la vie de nombreuses personnes, sa fermeture pourrait entraîner son lot de troubles, tant à court terme que sur un temps plus long, car il devient clair que de nombreuses personnes ont gâchées des années et des années de leur vie dans ces usines. Et ça, Wim, ça lui pose problème. Il ne veut pas de troubles, il veut du contrôle.
Or comment mieux démontrer à la population qu’il contrôle la situation qu’en flanquant un mastodonte d’institution pénitentiaire dans le paysage ? Tous vivront et obéiront dans son ombre. Et tous y réfléchiront à deux fois avant d’aller transgresser les lois.
Wim n’est pas le premier à y avoir pensé. A Ittre, près de Bruxelles, les autorités ont décidé de construire une nouvelle prison après la fermeture des Forges de Clabecq. Et ainsi en a-t-il été : après une lutte acharnée des ouvriers, une partie a acceptée de devenir gardien, alors qu’une autre partie remplit les cellules.

Wim peut se mettre sa solution à ses soucis dans son cul. Comme tout politicien, il veut nous faire plier, il veut qu’on accepte tout sagement. Nous pourrirons sa solution, toutes ses solutions jusqu’à ce qu’il y ait une telle accumulation de problèmes, chez lui et chez tous les autres politiciens, qu’ils se noieront tous dans leur propre merde.

Brèves du désordre 34

Banque flambée – Quelques jours avant la manif' des travailleurs contre l’austérité et la crise, vers 23h, des inconnus ont mis le feu à coups de cocktails Molotov à une agence bancaire BNP Paribas à Schaerbeek. Il n'y aura certes personne pour pleurer le sort d'une banque partie en fumée. Les rouages du capitalisme sont vulnérables.

Le Mistercash n'est plus... - Quelques jours après la manif' contre l’austérité, dans la station métro Yser, à Bruxelles, des inconnus ont fait exploser un distributeur de billets à l'aide d'une grenade. La meilleure chose à faire avec tous ces machines qui crachent ce que ce monde valorise le plus, les billets de banque, c'est de les piller ou de les saccager. Ou les deux, si possible.

Une entreprise dans la ligne de mire – Dans la nuit, à Gilly (Charleroi), des inconnus ont incendié trois voitures et un camion appartenant à la même entreprise. Les véhicules ont été complètement détruits. Le nom de cette entreprise n'a pas été divulgué, mais, n'en doutons pas, quelqu'un avait des raisons plus que fondées pour s'attaquer ainsi à un rouage du capital.

Le train-train quotidien – Tôt le matin, un train stationné en gare d’Ath a été attaqué et endommagé. Des vitres ont été brisées et la cabine du conducteur défoncée. Vengeance pour un contrôle ou un conducteur qui a balancé un sans-papiers aux flics? Pas envie d'aller bosser le matin ? Un geste simple pour foutre le bordel dans l’infernal train-train quotidien du métro-boulot-dodo ? On ne saurait le dire, mais les raisons de s'en prendre à la circulation des hommes-marchandises ne manquent certes pas. D’ailleurs, sur la ligne entre Geraardsbergen et Bruxelles, une cabine de signalisation est récemment partie en fumée… causant depuis plusieurs semaines un énorme bordel sur cette ligne.

Bye bye écran géant – Sur Ixelles, les autorités communales et la ville de Bruxelles ont installé depuis quelques temps un écran géant, qui crache 24h sur 24 des publicités pour la Ville de Bruxelles et ses atouts pour les eurocrates et les représentants des entreprises, les diplomates et toute leur caste immonde. Récemment, il a – heureuse nouvelle – une fois de plus été pris pour cible par des tireurs de bombes de peinture.

Bye bye publicité – Ces six derniers mois, quelques 600 panneaux publicitaires ont été défoncés à Bruxelles. Il semble que nous ayons établi un record, car en moyenne, une centaine de panneaux sont détruit, par an, dans une ville européenne de taille moyenne. De plus, à la Louvière aussi, ce sport salutaire fait rage. Bon, basta les calculs et défonçons la publicité du capital et du pouvoir partout où on la trouve.

Bonne cavale ! - Sept prisonniers sans-papiers se sont évadés du centre fermé pour clandestins de Merksplas, où ils étaient enfermés en attendant leur déportation. Bon courage aux évadés et feu aux centres fermés & prisons.