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Le matin fou

Vous pouvez télécharger le numéro 7 de Hors Service en PDF ici.

Huit heures du matin. Le matin fou se met en marche. Des millions de gens se traînent au boulot dans des métros bourrés, des trains en boîtes-de-sardines et des routes envasées. Quand la tâche journalière est accomplie, le même scénario se répète dans la direction inverse. Et le lendemain de nouveau, et le jour après encore et encore.

Régulièrement, des enquêtes ridicules sont organisées pour savoir combien de gens sont contents du travail qu’ils font. Contents ? Voir passer des pièces de machine à la chaîne, remplir des formulaires derrière un bureau, servir et « aider » d’autres personnes. Aucune enquête ne pourrait jamais me prouver le contraire de ce que je lis le matin sur les visages de cette masse qui va au boulot. Je n’y lis que de l’aversion, de la contrainte, de l’inutilité et du désespoir qui essaye de se dissimuler dans les petits coups névrotiques sur un portable ou par le biais d’un quelconque magazine avec des soaps qui contrastent fort avec le train-train quotidien. Ou qui se cachent en s’attachant assez paradoxalement et de manière compulsive à l’identité que donne le travail, en professant sans en démordre que « le boulot » donne du « sens » à la vie. Mais ces visages le matin, inoubliables, ne mentent pas…

Au boulot, même, des formes de cohésion, de solidarité entre travailleurs semblent toujours plus loin. En général, les entreprises d’aujourd’hui sont structurées de sorte qu’ils poussent chacun, en haut et en bas, à lécher les pieds de celui qui se trouve juste une échelle plus haut et d’enfoncer celui qui se trouve plus bas. Commander, harceler, jouer des mauvais tours, concurrencer, évincer, balancer : voilà ce que le boulot nous offre comme satisfaction. Nous sommes rachetés par un salaire pour se faire user pour et par quelque chose qu’on ne comprend pas, dont on capte à peine, voire simplement pas, le sens et qui fait tout sauf nous rendre meilleur. Et comme si tout cela ne suffisait pas, on paye encore le prix sous forme de stress, de dépression et de problèmes de santé.

Le dernier mois, des grèves ont éclatés ici et là dans les camps de travail de l’économie belge. Certaines grèves ont suivi les consignes des syndicats qui ont pour fonction qu’ensemble avec le patronat avide de toujours plus de profit, tout se fasse de la manière la plus efficace et économique possible. D’autres grèves comme aux transports publics de la TEC à Charleroi, aux services de voirie à Anvers, Gand et Bruxelles, à l’intercommunale liégeoise d’électricité Tecteo,… les ouvriers ont débrayé spontanément et sans demander d’autorisation aux syndicats ou aux patrons. Quel contraste, ces quelques heures de grève sauvage ! Quelques heures ou jours de grève qui rendent à nouveau possible de parler avec tes collèges, d’être humain à être humain, et pas de « l’unité de production 1» à « l’unité de production 2 », un moment où la prise de l’économie et des patrons doit lâcher un petit peu… Plus que les revendications salariales, pour des meilleures conditions ou plus de résistance aux licenciements, je trouve que les grèves sont surtout des occasions pour saisir le moment de quelque chose d’autre, pour jouir de l’interruption de la routine asphyxiante.

Et que de ce moment puisse renaître la créativité et la force de combat, qu’elle puisse de nouveau couler dans ces corps claqués. Et alors se passent de bels actes comme à Liège où des plombs du centre de commande de l’intercommunale Tecteo ont été sabotés, coupant ainsi l’émission de télévision. Les écrans abrutissants des milliers de Liégeois se sont tus pour un certain temps.

Et était-ce une coïncidence très heureuse que, après tant de grèves sauvages à la TEC de Charleroi contre la pression du travail et pour défendre la pratique répandue de l’absentéisme, 22 bus ont été ravagés par des flammes dans la nuit ? Cet incendie, dont la direction espère qu’elle serait d’origine accidentelle, le rendrait beaucoup moins pratique pour obliger les chauffeurs à faire des heures supplémentaires… car, tout simplement, les bus manquent !

Et est-ce que le sabotage du réseau ferroviaire à Bruxelles, qui a bloqué cinq trains avec comme conséquence que l’heure de pointe a été rendue au désordre, tombe du ciel ? Les ouvriers de la SNCB protestent depuis des mois, voir des années, à coups de grèves et d’actions contre l’insupportable pression du travail. Et au-delà de ça, est-ce que toi non plus tu ne te sens pas tenté de perturber la course folle vers le travail, pour interrompre le marathon de l’exploitation ? Le sabotage, peu importe quelle forme il prend, introduit un inconnu dans le jeu, brise les règles de ce jeu en s’y déplaçant librement, pêle-mêle à travers les différentes cases. Le sabotage ne dommage pas seulement notre ennemi, mais crée aussi un moment qui pourrait sortir de la danse menée par l’économie et l’autorité.

Un regard posé sur le tram le matin en dit tellement plus que le caquetage politique des syndicats, des partis et des patrons. Il n’y a pas de satisfaction à tirer du travail, il n’y a pas de fierté ou de « succès » à conquérir dans les boulots auxquels ils nous forcent. Car le monde fait tourner ce monde et transforme toute activité humaine en contrainte et chantage, en travail. Avec les doux rayons de soleil sur mon visage, je sais que la seule joie à tirer du travail se trouve dans son arrêt, sa perturbation, sa paralysie, son sabotage. Aussi bien seul qu’ensemble, avec les autres. Car leur économie, leurs chiffres de productivité, leur flexibilité, leurs commandes est une atteinte à la joie de vie et la liberté que je désire tellement.

Un juge de moins

Il y a quelques semaines, Abdollazim Fatih Valmi a descendu à coups de balles un juge bruxellois et un greffier dans les bâtiments de la Justice de Paix. Quelques heures plus tard, il a été arrêté après avoir tiré une balle contre les bâtiments du parlement belge, au cœur de Bruxelles. L’homme a déclaré avoir agi « contre la justice et plus particulièrement contre la juge Brandon » abattue, car celle-ci l’avait fait expulser de sa maison quelques années auparavant. Malgré le fait que les médias ont tout fait pour essayer de présenter cet acte comme « incompréhensible et fou », il est clair que cet homme a su diriger sa rage contre ceux qui sont directement responsable de sa misère. En essayant de le faire passer pour un « fou », ils voudraient éviter que d'autres qui ont aussi vu détruire leur vie par ce système et sa justice, visent de leurs flèches les responsables…
Sous le prétexte qu’Abdollazim pourrait se suicider, il a été enfermé dans l’aile psychiatrique de la prison de Forest. Selon les échos d’autres prisonniers de Forest, ils lui passent la camisole chimique, une pratique très répandue dans les prisons pour raser la personnalité et la dignité d’une personne. Entretemps, il refuse de collaborer à l'enquête.

Vous pouvez lui mettre du baume au coeur en lui écrivant par exemple une petite carte à l’adresse Abdollazim Fatih Valmi, Prison de Forest, 52, Avenue de la Jonction, 1190 Forest

À tous les vents...

À tous les vents... plus de gestion de stationnement

Garer sa voiture dans la ville est une réelle frustration. Même en tant que riverain doté d'une carte à placer derrière la vitre de sa bagnole, c'est encore une réelle épreuve de suivre toutes les règles et d'éviter les amendes. Pour ceux sans carte de riverain ou dans les zones où elle n'est pas acceptée, ils ont installé des automates bleus où l'on doit acheter un ticket. Pour un ou deux euros par heure, ça devrait te dispenser des faux jetons en uniforme venant te casser les pieds. Car, évidemment, tout est mis en œuvre pour contrôler si on joue bien le jeu et, le cas échéant, pour nous punir si nous refusons ou ne respectons pas le règlement. Simplement dit, il y a deux façons dont les communes effectuent les contrôles. Certaines administrations paient une entreprise privée comme Securitas ou Group 4 (ou démarrent une propre entreprise) qui envoie des gens pour vérifier si on a bien payé et pour rédiger une amende si on s'en est moqué. Si on ne paie pas les amendes, ils envoient d'abord quelques lettres de rappel. Si on ne réagit pas ou si l'excuse utilisée ne convainc pas, ils font appel à un huissier qui, à son tour, envoie des lettres chiantes. Si on ne cède pas, ça passe finalement en justice. Ce qui n'est pas forcément une mauvaise nouvelle. Dans une métropole comme Bruxelles, il y a des chances que l'amende disparaisse dans les rouages judiciaires où ils ont déjà bien du mal à suivre, et où ce genre d'amendes n'a pas vraiment la plus grande des priorités. Certaines communes n'utilisent pas des entreprises et envoient le bon vieux gendarme pour te mettre une contravention. Si t'as la malchance de lui tomber dessus avec son stylo tout-puissant à côté de ta voiture, souvent t'as le sermon gratuitement avec. Une différence salée c'est que, dans le cas d'une amende de police, ils n'ont même pas besoin d'une procédure judiciaire avant de débarquer chez toi avec un huissier pour te réclamer tes affaires personnelles pour payer l'amende. De nouveau, pas de quoi paniquer; dans les villes où plus de gens ont le bon sens de ne pas payer les amendes, ils trouvent difficilement l'argent et l'effectif pour suivre tout ça.

Mais bon, il y a des choses plus agréables que d'avoir sa boîte aux lettres remplie d'amendes, de menaces permanentes de la police ou des huissiers, même si ce n'est pas la fin du monde. Donc que pouvons-nous faire quand ça dépasse les bornes? Que pouvons nous bien imaginer quand nous en avons marre de devoir payer partout et toujours? Est-ce qu'ils croient vraiment qu'ils peuvent nous faire jouer ce jeu-là ? Travailler jour après jour pour pouvoir payer jour après jour ? Seulement pour leur remplir les poches, aux administrations, aux entreprises, aux patrons ; pour que tout puisse rester pareil ? Nous devons être capables de faire des choses où nous sommes un tout petit peu moins bloqués. Oui, il y a des choses possibles, il y en a qui le font déjà. Nous pouvons voler dans les supermarchés, voler de toutes manières des riches, saboter la machinerie conçue pour nous contrôler. Dans le cas des parcmètres et de ses amendes, c'est assez simple. Il suffit d'observer le machin. Ils se trouvent vraiment partout et sont tout sauf hors d'atteinte. Il y a l'écran, la fente pour les pièces et une autre pour les tickets. Dès que tu as réussi à en saboter une, fini de payer. La mousse expansive, la colle, une fourchette à frites bien placée ou une simple couche de peinture et c'est pratiquement impossible de payer ton parking, pour toi et pour ceux qui viennent après toi. Que vont-ils nous faire, après ? Plus personne n'aura de ticket, car c'était impossible de s'en procurer un. Et ainsi de suite jusqu'au moment où ils auront rafistolé le parcomètre. Et puis (et c'est là que ça devient beau)... tu le refais tout simplement. Rapide et facile. Clair et efficace. Faites circuler le mot et, avant qu'on s'en alerte, plus personne ne paiera dans le quartier. Ce n'est bien sûr pas beaucoup, mais ça rend déjà la vie un peu plus facile. Et surtout, pour une fois, nous n'avons pas dû supplier quelqu'un pour améliorer nos vies. Nous la prenons tout simplement en main et nous en faisons quelque chose. Quelle merveille, n'est-ce pas ?

* * *

A Louvain, un flic en moto, qui verbalisait des voitures mal garées, a
pris des coups de la part de la personne verbalisée et de son frère.
Celui-ci avait refusé de déplacer sa voiture et fut sommé ensuite montrer
une pièce d'identité. Plutôt que de s'exécuter, il s'est mis à courir.
Quand le flic l'a rattrapé, il a pris des coups de poings et de pied. Son
casque et sa machine portable ont été totalement détruits.

* * *

Persécution à la prison de Forest

Le 28 juin 2010, nous avons reçu la lettre ci-dessous d’un copain incarcéré à la prison de Forest. Depuis des années, cet amant de la liberté lutte contre les prisons et l’exploitation capitaliste et ne cesse de dénoncer les conditions dégueulasses dans les prisons belges et plus spécifiquement à Forest. Dans la lettre, il raconte une altercation avec un maton, ce qui lui a valu une semaine de cachot. Il est actuellement en grève de la faim pour protester contre cette persécution supplémentaire. Le maton dont il est question dans la lettre, s’appelle Abhajdinaj, surnommé « l’Albanais » au sein de la prison de Forest.

« La prison de Forest deviendrait-elle un nouveau camp nazi? On pensait qu’avec le temps, plus nous allions de l’avant, plus nous progressions. Non, à Forest et ailleurs, c’est l’inverse, un retour aux méthodes fascistes, voire nazies. Un bon nombre de matons se comportent en véritables nazis, collant des faux rapports disciplinaires. Dernièrement, l’un d’entre eux, d’origine albanaise, réputé pour ses trafics (alcool, parfum, drogue), pour éviter de se faire repérer, s’amuse à coller des rapports disciplinaires bidon. Un ami anarchiste en a fait les frais. Lundi 21 juin, l’ami désire téléphoner vers 19h. Le maton lui refuse et en plus lui interdit de remonter en cellule. Celui-ci objectant que s’il voulait aller aux WC il n'avait qu'à se débrouiller. Le copain anarchiste lui dit qu’il usurpe ses droits. Le maton lui colle un rapport disant qu’il l’a agressé. Deux heures après, il vient le narguer en cellule lui disant qu’il avait changé le rapport et transformé en « incitation à l’émeute ». Le copain anarchiste lui dit que c’était dégueulasse de faire un faux, l’autre ordure a répondu qu’il en avait rien à foutre, il était assermenté, c’était sa parole qui primait. Le copain est passé devant la sous-directrice qui n’a rien voulu savoir et a puni le copain. En fait, ils se sont payés notre ami parce qu’ils en avaient marre de ses articles dénonçant les saloperies de Forest. D’ailleurs, de plus en plus, la nourriture est réduite, par exemple une assiette de raviolis pour 24h. Il y a des mecs qui crèvent de faim. Le détournement d’argent des prisonniers avec l’abonnement télévision continue : la prison fait payer aux détenus un abonnement qui n’existe plus et se fait ainsi des milliers d’euros par mois. Des mises en cachot pour un rien, parfois 20 personnes en 1 dimanche. En plus, les soins médicaux régressent : il y a beaucoup de malades qui sont laissés à leur sort. Les détenus sont habillés comme des clochards parce que les matons volent les survêtements : tee-shirts, slips et chaussettes payés par l’aumônerie. Ils se font du fric en trafiquant, comme par exemple ce maton albanais qui vend des bouteilles de parfum valant 70 euros en magasin à 250 euros.
Les cellules sont des vrais taudis. Certaines sans eau courante ni WC, mais il y a bien du fric pour mettre des caméras partout. A la 10, 11 et 12ème section, sévissent une escouade de maton néo-nazi raciste. Si un détenu appelle pour demander quelque chose, ils arrivent à trois ou quatre pour insulter le détenu. A la 11ème, des matons déchirent les demandes, les lettres adressées à la direction, les rapports au vestiaire… Ils se croient tout permis, protégés par la sous-directrice Zicot. »

Lettre d’un prisonnier de la prison de Forest, reçu le 28 juin 2010.

Indépendance cha cha

Vraisemblablement, c’est la fête, la grande fête. Il y a 50 ans, le moment était arrivé. Congo. 30 juin 1960. L’indépendance du colonisateur belge. La fin d’une époque.

75 ans avant (1885), une réunion des chefs des États européens avec une carte de l’Afrique au milieu de la table. Des lignes sont tracées, au long d’une ligne de faîte, d’un fleuve ou sinon simplement à la verticale avec une règle. Le continent est divisé, chacun se voit octroyé sa partie -s’ils ne l’avaient pas encore conquit eux-mêmes. Léopold II, Roi des Belges, boit du petit-lait. Après des années de lobby, après des quêtes jusqu’en Asie, il a finalement réussi à obtenir une colonie. 80 fois la taille de la Belgique, territoire inconnu pour les Européens, zone neutre entre les colonies des grandes puissances européennes, propriété privée de Léopold II.

Immédiatement, le réputé explorateur Stanley est envoyé en expédition pour trouver de possibles implantations de commerce au long du fleuve Congo. Mais il fallait une bonne occasion, un peu de chance, pour mettre à profit et exploiter ce territoire. Et cette occasion, c’était la demande croissante de caoutchouc à l’Ouest car au Congo, il y en a beaucoup. Un système de bureaucrates et d’officiers belges avec des soldats congolais se met en route. Des buts productifs sont ébauchés, des primes sont octroyées aux responsables blancs qui atteignent des chiffres plus élevés. Aux villageois, on oblige de récolter le caoutchouc et de le remettre aux autorités. Des femmes sont kidnappées et incarcérées comme moyen de pression pour que la production soit suffisante. Des mains et des têtes sont coupées quand bon leur semble. Les villages qui s’y opposent, sont réduits en cendres. La population du Congo est réduite de moitié (c’est hallucinant, il s’agit de 10 millions de personnes). Entretemps, Léopold II fait construire des bâtiments mégalomanes en Belgique (comme le Parc du Cinquantenaire à Bruxelles, le Passage à Ostende…). Il paye le tout de sa poche, avec les profits de son Congo État Libre.

24 ans plus tard (1908). L'indignation internationale, une demande déclinante de caoutchouc congolais, un Léopold affaibli à la fin de ses jours. Léopold II « offre » sa colonie au peuple belge qu’il méprisait autant, dont il a noyé les grèves ouvrières dans le sang. L'État belge développe d’avantage l'État colonial sous l’égide du Ministère des Colonies à Bruxelles. « Un œuvre de civilisation » devrait retaper un peu la façade. Des routes sont tracées, des hôpitaux construits et des écoles ouvertes. Des écoles d’une sorte d’enseignement primaire avec ensuite une école technique pour former des ouvriers. L’hiérarchie est claire ; le travail manuel pour les congolais, les coloniaux belges aux commandes. Ça signifiait aussi que les Belges qui voulaient prendre le bateau en direction du continent africain, devaient d’abord prouver d’être un fonctionnaire d'État, un contremaitre d’une grande entreprise ou de disposer de beaucoup de ressources financières. Un scénario comme à la colonie portugaise l'Angola où les pauvres, blancs et noirs, se retrouvaient dans les mêmes quartiers populaires et bars, doit être évité. La ségrégation est totale. Quand, malgré tout, un enfant est né d’un père blanc et d’une mère noire (ou vice-versa), l’enfant est enlevé du parent congolais et envoyé à un internat blanc. Selon la logique coloniale, l’enfant ne serait peut-être pas aussi intelligent que ses condisciples blancs, mais certainement pas aussi con que les enfants noirs de son âge. Le racisme est total.

Entretemps, vers la fin des années 50, des soulèvements se produisent partout au Congo. Dans le reste du monde, bien de régimes coloniaux se sont à ce moment déjà fait chasser avec succès. La rébellion au Congo se propage, les autorités belges paniquent. Avec toute leur arrogance paternaliste, ils ne l’avaient pas vu arriver. Le processus d’indépendance accélère. Tout semble comme si le Congo était devenu indépendant d’un jour à l’autre. Les colonisateurs se figurent qu’après une transition rapide, le nouveau Congo ne disposant que d’une poignée d’universitaires, aura encore besoin de ces anciens chefs blancs. Mais ceci ne se déroule pas tout-à-fait comme prévu. A l’armée, une mutinerie s’oppose au fait que ce sont toujours les mêmes officiers blancs qui commandent. Le Parti National du Peuple financé par la Belgique (on l’appelait aussi le Parti des Nègres Payés) n’arrive à obtenir le pauvre résultat de 2 pour cent lors des élections. Les Belges augmentent leurs efforts. Ils soutiendront une scission d’une province riche au sud (Katanga), ils feront débarquer les paras de l’armée belge pour étouffer une ville insurgée, ils feront kidnapper et assassiner le premier ministre élu, Lumumba… Entretemps, les États-Unis commencent à s’intéresser aussi au Congo comme élément de leurs jeux géostratégiques avec l’Union Soviétique. Ce sont eux qui, ensemble avec les autorités belges, soutiendront le coup d'état du colonel congolais et qui aideront à se maintenir pendant des décennies.

Mobutu, le nouvel homme fort, dictateur d’un Congo indépendant (1965). Culte de la personne, exécutions publiques, balles de l'armée contre les manifestations et les émeutes. Le système d'exploitation reçoit une nouvelle face. Sa direction implique le droit au vol. Une longue tradition se poursuit alors. Les 35 années qui suivent, ce seront une petite élite autour de lui, quelques entreprises belges et les intérêts politiques des États-Unis qui en profiteront. Ce n’est que quand le comportement du despote devient trop honteux et que ça n’aura plus tant d’allure de poser devant les photographes avec un dictateur que les seigneurs belges et américains prendront distance de leur poulain. Dans l’Est du Congo, Kabila senior lance son armée soutenue par quelques pays voisins. Le chaos dans le pays arrange bien ces pays voisins qui exportent à volonté les matières premières extraites du sol congolais (diamant, or, uranium, coltan). Et aussi, après que Kabila senior ait conquit le pouvoir (1997) et fut succédé par son fils Kabila junior, le Rwanda et l'Ouganda maintiendront la situation de guerre dans l’Est du Congo. D’ailleurs, après le Congo, c’est le Rwanda qui est le partenaire commercial privilégié des États-Unis dans la région. Ils reçoivent de l’aide humanitaire et militaire de leurs amis américains pendant qu’ils exportent des matières premières qui ne sont pas trouvables à l’intérieur des frontières rwandaises. Entretemps, aussi, les chefs chinois ont découvert le Congo et mis en marche leur plan économique.

Kabila junior étendra son propre groupe de fidèles. Des viols, des enfants-soldats, des massacres font tous partie de la guerre silencieuse à l’Est du Congo. La demande de ressources et de matières premières sur les marchés perpétue l’exploitation. 30 juin 1960. L’anniversaire passera probablement inaperçu dans pas mal de maisons au Congo. La fin d’une époque ? L’indépendance ? Qu’est-ce que ça veut dire tout ça? Les gens sont coincés dans une guerre, une oppression et une exploitation féroces. 50 ans d’indépendance n’ont créé que de nouvelles élites, de nouveaux intérêts à défendre. Mais même s’ils se trouvent souvent engloutis sous les grandes cérémonies, la diplomatie et ses intérêts politiques et économiques, les conflits (armés) entre les chefs, la boue salie des mines, il y a là-bas, aussi et comme partout, des petits gestes de révolte, une créativité pour construire une propre vie… Des échos de résistance nous rejoignent et réchauffent nos cœurs.

« Notre colonisateur qui est en Belgique, que votre nom soit maudit, que votre règne prenne fin. »

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Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. Les bidonvilles y poussent comme de la mauvaise herbe. Un cimetière est entouré par les maisons improvisées de Camp Luka. Officiellement ce n'est plus permis depuis longtemps d'y enterrer les morts. Mais le lieu est toujours utilisé comme un cimetière, et aussi en ce moment comme lieu de rencontre. Des jeunes s'y réunissent, discutent et forgent des plans. Ce sont les fossoyeurs du cimetière de Kintambo. La moitié de la population congolaise a moins de 25 ans. L'espérance de vie moyenne est autour des 40 ans.

Vivre avec la mort dans le dos. Pour les jeunes du cimetière. Pour le pays entier. Quand, dans le quartier, un jeune meurt, ils réclament le corps. Un cortège funèbre devient une protestation, la protestation devient une émeute. Dans un pays où la vie semble peu valoir, la rage s'exclame. Ces jeunes exigent une vie. Les politiciens et les prêcheurs écopent. De la contestation, contre les plus âgés, dans une tradition où les vieux sont les dirigeants de la communauté et les ancêtres sont idolâtrés. Ils appellent ça l'État du chaos.

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En dépit de toutes les condamnations morales

En dépit de toutes les condamnations morales, nous avons quelque chose à dire.

Récemment, un jury et une cour d'assises ont condamné une femme à 20 ans d'enfermement. Une femme qui est aussi mère de deux enfants et qui ne pouvait ou ne voulait pas en avoir un troisième. Pendant neuf mois, elle a nié la grossesse pour elle-même et pour son environnement, et le jour de l'accouchement, elle a décidé qu'elle n'aurait pas un troisième enfant. Les cinq années qui suivirent, elle est traînée de cour en cour et finalement condamnée pour meurtre avec préméditation.

Les motivations d'un juge et d'une poignée de citoyens du jury étaient éloquentes. Ils n'avaient pas besoin de plus de 50 minutes pour arriver à leur conclusion, car elle était fixée depuis longtemps. Car, selon eux, on est, outre une femme, surtout une mère et, en tant que mère, on donne la vie, on ne fait pas d'autres choix.

Nous n'avons aucunement l'intention de rallier les convives des juges de toutes sortes et d'aller juger et condamner. Nous ne voulons pas faire des énonciations toutes faites à propos d'une situation qui est à chaque fois différente, et tellement complexe. Mais ce que nous pouvons dire, c'est qu'une société qui coince d'abord les gens et qui, ensuite, lève le doigt moraliste et leur reproche d'avoir cherché une issue ferait mieux de garder ses commentaires pour elle.

Non, ce n'est pas toujours simple pour une femme d'avoir recours à un avortement. À cause des structures peu présentes ou trop psychologistes, avec leurs médecins paternalistes qui veulent souvent nous convaincre d'avoir un enfant quand même. A cause du tabou qui est maintenu pour retirer à la femme l'emprise sur son corps. En outre, il faut d'abord comprendre la raison pour laquelle les règles tardent à venir, et le corps ne change pas toujours de manière visible. Avant qu'on ne le sache, les délais imposés pour un avortement légal sont souvent dépassés.
Non, beaucoup de femmes ne se trouvent pas dans un environnement, ni dans une situation qui sont ouverts à la discussion et à la prise de décisions, où elles peuvent développer leur propre choix sans jugements et condamnations moraux.

Ceux qui prétendent disposer d'une morale absolue et applicable partout et toujours sont ennemis de l'individualité, de la personnalité de chacun et de chacune. Ils essaient de mettre la vie entière, pourtant tellement complexe et contradictoire, dans des camisoles. C'est au nom de cette morale que des gens qui sont 'différents' ont été et sont encore détruits, c'est au nom de cette morale qu'une femme ne peut pas toujours choisir quand elle veut être mère ou non.

Que les doigts levés moralistes regardent d'abord autour d'eux. Des millions de personnes de tout âge sont tuées chaque jour par la guerre, la faim, la privation, la pauvreté. Mais ça, c'est de la “politique”, n'est-ce pas? “C'est quand même pas la même chose.” Comment le disait encore le dictateur Staline ? “Quand tu tues une personne, tu es un assassin. Quand tu en tues des millions, ça devient une statistique.” Il parlait de lui-même.

Que la justice garde ses commentaires pour elle, que la société la ferme pour une fois sur ce que cette femme a fait. C'est elle qui a choisit de ne pas avoir un troisième enfant et on peut le tourner comme on veut, c'est surtout à elle que la décision revient (et pas à la société, à l'État, à la justice ou qui que ce soit d'autre). Même si tu peux trouver malheureux la manière dont ça s'est passé. Même si tu peux penser que les pénibles conséquences d'une telle décision ne devrait pas avoir lieu dans un monde où les relations et la sexualité sont ouverts et libératrices et où nous ne sommes pas empêtrés et sous le feu des condamnations morales.

Perturbons la résignation religieuse !

Depuis quelques mois, l'Église catholique fait l'objet d’une certaine attention. Partout dans le monde, et aussi en Belgique, des scandales de viols et d’abus sexuels d’enfants par des prêtres sortent à la lumière du jour. A la tête de cette Église en Belgique, l’archevêque Léonard qui brille par ses remarques homophobes, sexistes et conservatrices. Dans l'Église catholique comme dans toutes les religions, les prédicateurs et les prêcheurs ont surtout leur pouvoir au cœur et certainement pas le bien-être de leurs suiveurs. Bien que nous sommes dégoûtés par les abus et les violences au sein des communautés religieuses dévoilés de temps en temps ou pratiqués ouvertement, nous nous révoltons contre la religion elle-même, contre toutes les religions. Car nous savons qu’elles font œuvre de répandre la résignation et l’obéissance - ennemi de la liberté -, de soutenir l’exploitation de l’homme par l’homme et de faire la guerre contre tous ceux qui ne s’adaptent pas aux règles des livres saints et des institutions religieuses. Voilà pourquoi nous serons toujours du côté de ceux qui essayent de se défaire des dogmes religieux, des prohibitions divines et de l’oppression qu’engendre la religion et ses communautés.

Le jeudi 24 juin, un petit groupe de personnes a perturbé la grande messe qui se tenait à la Basilique de Koekelberg et qui avait l’honneur d’accueillir une délégation de 70 prêtres. “Monseigneur” Léonard ne pouvait pas faire partie de cette grande fête, mais ça n’a pas empêché aux perturbateurs d’interférer un moment le défilé solennel et silencieux de l’eucharistie. Aux cris de slogans, ils ont utilisé de la teinture rouge pour colorer l’eau sacrée d’un bénitier, ils ont jetés des préservatifs remplis de shampooing à travers les bancs des fidèles et, au moment de quitter l'assemblée hostile à l'intervention, deux alarmes suspendues à des ballons d'hélium se sont envolés vers les hauteurs de la basilique. Elles se sont nichées contre le plafond et ont fait résonner leur douce mélodie bien après cette apparition furtive.Mon corps, je veux le sentir et le satisfaire, écouter ses besoins, ses désirs et ses cris de détresse. Car ce sont les miens.
Et si j’ai faim, je ne me prosternerai pas, je ne prierai pas pour la rédemption, je n’attendrai pas le paradis. Je déteste la faim, le froid et la souffrance et c’est pourquoi je volerai des magasins, des églises, des riches.
Si je me sens attiré vers quelqu’un du même sexe, alors je n’irai pas confesser et expier, je n’aurai pas de honte pour mon amour et mon envie. Non, moi je jouirai et je goûterai avec volupté de mon corps et de celui de mon amant.
Si je ne veux pas de bébé et je me retrouve quand-même enceinte, je ne me sentirai pas coupable. Je n’essayerai pas de me cacher aux yeux d’un quelconque dieu. Non, moi, si je le veux, j’enlèverai le fruit de mon corps et vivrai en harmonie avec ma décision sur mon futur.
Non, je ne supplierai pas, je ne prierai pas, simplement parce que je ne veux ni merci ni pardon. Ma vie, je la tiens dans mes propres mains et personne n’est digne que je m’agenouille devant lui.
Car j’ai une tête, et avec ma tête je peux réfléchir. J’ai un corps, et avec mon corps je peux sentir. Je peux être moi-même, développer mes propres pensées, frayer mon propre chemin. J’ai mis le feu à la bible, à tous les livres saints et aux codes légaux avec le soufre de mon individualité.
Et par là, je suis maintenant capable de rêver et je combats tout ce qui étouffe mes songeries. Je peux jouir de mon corps et de mon imagination érotique. Je ne veux pas me marier, jamais. Mais je veux embrasser et baiser, beaucoup. Développer des relations basées sur la liberté, fondées sur une connaissance réciproque de désirs et d’idées et pas sur les barreaux d’une union obligatoire et éternelle.
Aujourd’hui je suis venu ici. Je suis venu ici pour bloquer vos mots. Parce ce que je n’accepte pas vos mensonges sur des dieux, des diables et des paradis. Je n’accepte pas la maladie meurtrière que vous prêchez ; les chaînes que vous forgez ; l’hypocrisie avec laquelle vous étouffez vos actes et ceux de vos congénères ; le pouvoir dont vous vous usez et profitez ; le sang avec lequel vous bâtissez des églises et des palais ; les innombrables guerres que vous avez menées et que vous continuez à mener au nom d’un christ mort et d’un dieu autoritaire. Je n’accepte pas les fables qui sont utilisés pour encager et détruire des gens.
Oui, je pèche, et je le crie haut et fort. Ce n’est pas le diable qui me séduit, mais bien le sang chaud qui bouillonne dans mon propre corps ; et mes propres pensées auxquelles je donne jour après jour forme avec ce que je vois, ce que j’expérimente, entends, lis et sens. La religion est le coup mortel pour la vie, toutes les religions et tous leurs prédicateurs en sont responsables.
Si je viens aujourd’hui, c’est pour cracher à la gueule d’un de ces prédicateurs, le monseigneur L. Car c’est bien son haleine vénéneuse qui répand la soumission de la femme dans des livres, qui renforce les choix des pieux contre l’avortement, qui est aujourd’hui à la tête de cette institution patriote.
Je n’ai pas peur pour les mots de ce type misérable et mesquin. Je ne me résignerai pas face aux agressions de mon être, ni quand elles proviennent des religions, ni quand elles proviennent de ce monde en permanence porteur d’oppression. Je refuse de jouer ce jeu. Et ainsi, je danse sur le rythme de ma vie, le rythme de la révolte qui méprise les symphonies de la mort.

Au nom de moi-même.
Le texte qui suit a été dispersé dans les airs au dessus de la foule:

A la recherche des brisures

Je descends du train. Sur le quai, je vois toute une rangée de flics qui bloquent mon chemin. Un contrôle d'identité. Comme ça. Parce qu'ils peuvent. Ce n'est pas tout le monde qui est contrôlé. Ils choisissent les personnes qui n'ont pas la couleur de peau souhaitée, qui ne sont donc pas assez blanches. Ils contrôlent s'ils sont là légalement, ou si ce ne serait pas mieux de les enfermer dans une prison et ensuite les déporter. Les renvoyer d'ici. Vers où cela n'importe plus, au final. Ça sera l'affaire des bureaucrates dans les consulats. Si l'Algérie ne les accepte pas, essayons le Maroc. Ils les laisseraient bien entrer, en échange de gros accords commerciaux. J'en réchappe. Ce n'est pas moi qu'ils cherchent.

Arrivé à Bruxelles. Dans le métro, deux bandes d'hommes habillés en gris ressurgissent. Cette fois-ci, il s'agit de si j'ai bien payé ce foutu transport en public. Bien sûr que non, il ne manquerait plus que ça. Ces derniers temps, ils augmentent les contrôles, pour apprendre à tous ceux qui ne se sont pas encore procurés un Mobib-bip-bip. La puce Mobib vient remplacer les billets en papier, elle est entièrement électronique. La puce garde toutes les données personnelles et un aperçu des trajets. Un mélange ambulant donc du GPS et de la carte d'identité. Pour ma part, ils peuvent aller se faire foutre avec leur puce-bip-bip. Dans quelques jours, les premières portillons se fermeront. Il y a des mois déjà, ils les ont installé dans certaines stations de métro mais, jusque là, ils nous laissaient encore passer sans fermer la porte devant nous. Une par une, elles fermeront l'accès gratuit au métro. C'est l'accoutumance, ça. Typiquement démocratique. Pas d'actions trop brusques. Pour que les gens s'habituent, au compte-gouttes, à une nouvelle situation, en espérant que ça calme la résistance. Mais ils pourraient bien se tromper.
Retour au contrôle des tickets. Un vrai filtrage. Si l'on peut montrer une preuve de paiement, on peut continuer, le reste est mis de côté. Nous devons avaler un discours moraliste de ceux qui se sentent comme les grands seigneurs dans leurs costumes gris. Et puis casquer.
La plupart de ceux qui ont un billet ou, par extension, qui disposent des bons papiers sont soulagés que ce ne sont pas eux qui ont les problèmes, et se préoccuper des moins chanceux est bien le dernier de leurs soucis. C'est ainsi que se passent ce genre de contrôles sans trop de problèmes. Ils commencent même à faire partie du paysage auquel nous nous sommes habitués. La capacité d'adaptation d'une personne à une situation totalement inacceptable est frappante.
Le souci premier de suivre les règles imposés, de ne pas causer trop de problèmes, de regarder ailleurs. Une passivité qui ne convient qu'à ceux qui ont le pouvoir. Ajoutez à cela une bonne dose de racisme, un moyen dont les puissants se sont toujours très bien servis pour monter les gens contre eux-mêmes, en dépit de l'évidence que nous subissons une même oppression, bien que de manières différentes. Elle trouble la vue vers les vrais ennemis.

Mais il est possible de rompre avec cette approbation, avec cette soumission silencieuse à une réalité qui nous est imposée de force. Et ces ruptures sont déjà une réalité. Nous les sentons autour de nous. Pendant ces moments où nous réussissons à briser les barrières qu'imposent les différentes communautés, religions et autorités. Quand nous osons regarder au-delà d'un certain quartier, d'une certaine région ou d'une certaine couleur de peau. Quand nous n'acceptons plus les séparations qui, au final, n'arrangent que ceux qui ont beaucoup à perdre, leur pouvoir sur nous en premier lieu. Quand nous pouvons reconnaître nos révoltes en celles des autres, même si nos vies et nos luttes peuvent sembler différentes à première vue. Quand nous forgeons des liens contre ceux qui nous exploitent. Où un simple non peut bouleverser le cours normal des choses et dès lors nous pouvons regagner une partie de nous même.

Les temps devant nous ne semblent pas être des meilleurs. Il est donc grand temps de s'y mettre de tout cœur.

Brèves du désordre 7

Portillons détruits – Au début de cette année, les portillons fraîchement installés sont ravagés dans 8 stations de métro, bien avant leur mise en service, donc. Ça s'est entre autres passé dans les stations Gare de l'ouest, Pannenhuis, Craihnem et Stockel.

KVHV en feu – Fin avril de cette année, un drapeau de l'organisation de droite-catho KVHV est incendié dans leur local à Louvain, devant les yeux de ses membres. Au moment même, personne n'est arrêté. Plus tard, une personne est indiquée et risque une peine de 6 mois.

Contre les élections – A Beringen, un panneau électoral du parti fasciste Vlaams Belang est incendié. A Bruges, une grande partie des affiches du NVA et du Vlaams Belang est détruite. Le parti libéral Open VLD également en voit de toutes les couleurs; une réaction d'un conseiller communal: « C'est une période fâcheuse pour tout le monde, pour les politiciens aussi. » Dans plusieurs villages, les panneaux sont renversés par terre, arrachés ou détruits. Ce sont surtout les bourgmestres qui sont visés.

Incendie contre la maison d'une politicienne FN – Des fascistes de 'Nation' se plaignent que plusieurs cocktails molotov ont été jetés contre la maison de la vice présidente du Front National, Natalie Pirson à Namur. Elle, ainsi que sa famille, se fait insulter depuis pas mal de temps pour son discours raciste et fasciste. Trois garçons auraient été arrêtés et placés dans un établissement fermé. La presse autorisée ne mentionne pas cet incident.

Évasion – Un jeune homme arrive à s'évader du tribunal de la jeunesse à Tongres. Il n'a pas été retrouvé. Dans la prison pour jeunes à Tongres, des jeunes sont enfermés dans des conditions lamentables.

Incendie dans une église – Un homme allume plusieurs feux dans une église à Rhode-Saint-Genèse. Le tabernacle, le confessionnal et l'autel subissent de sévères dégâts. Il y a aussi des importants dégâts dus à la suie. Les messes doivent être déplacées vers l'église d'Alsemberg, où un incendie avait éclaté quelques mois auparavant. L'homme a été arrêté et immédiatement enfermé dans un établissement psychiatrique. De l'autre côté du pays, une paroisse voit ses vitres voler en éclats à Zoutleeuw.

Voter avec un sabre – Dans le quartier populaire Brugse Poort à Gand, un homme va au bureau de vote avec rien d'autre qu'un sabre en main. Il a été arrêté 'préventivement'. Une manière créative de pas devoir aller voter. Quoique rester dans son lit le dimanche matin fait tout aussi bien l'affaire.

Huissier de justice menacé – Peu après qu'une juge de paix a été butée parce qu'elle avait ordonné l'expulsion d'une personne, quelques huissiers de justice sont menacés. Un homme est arrêté, il avait menacé le huissier en lui disant qu'il subirait le même destin que la juge défunte.

Un service en vaut un autre – Un policier roule vers la mort pendant une course poursuite. Le jeune homme poursuivi est également blessé. Cette fois-ci, ce n'était donc pas la personne poursuivie qui a perdu la vie, comme c'est le cas pour la plupart des fois.

Vieille école – Avec une pelleteuse, des voleurs heurtent le mur d'une agence bancaire à Herstal. Ils ont été chercher la machine sur un chantier un peu plus loin et l'ont conduit vers la banque. L'alarme du coffre-fort a sonné et ils sont partis avant que la police arrive sur les lieux. Les dégâts dans la banque sont de taille, une bonne nouvelle déjà.

Plaisir scolaire – Près de La Louvière, un incendie détruit la salle des profs et le réfectoire. Les examens doivent se faire ailleurs. Un peu après, c'est l'auditoire de l'université de Louvain-la-Neuve qui prend des pierres à travers ses vitres. Et juste après les examens, des cocktails molotovs sont jetés vers le bus scolaire de l'athénée royal de Lessines.

La STIB t'y emmène – Un important dégagement de fumée se déclare dans les tunnels de la station de métro Trône et Porte de Namur. La STIB annonce le plan de secours. La ligne entière est fermée pendant des heures. D'abord, il s'agirait d'un incendie des câbles de haute tension, plus tard, la STIB déclare qu'il s'agissait seulement d'un peu de papier et de détritus qui s'étaient allumés par hasard.

Moins de bleu – Trois flics sont attaqués à Gand quand ils essayent d'arrêter deux jeunes.

Chambre d'hôpital détruite – Un homme, qui ne veut pas se faire traiter dans un hôpital à Louvain, est enfermé dans la cellule d'isolement. Il a ensuite utilisé le lit pour détruire la porte renforcée, qui a volé en éclats à travers le hall. L'homme a été arrêté.

Émeutes – Un concert de rap à Molenbeek tourne aux affrontements avec les contre-manifestants d'extrême-droite de 'Vigilance Citoyenne' qui voulaient empêcher le concert parce que certains rappeurs appellent à la révolte, la violence contre les flics et d'autres incivilités,

Solidaire – 250 éboueurs arrêtent spontanément le travail à Gand quand les patrons refusent de payer un employé. Selon ces premiers, l'homme n'avait pas assez travaillé suite à un accident de travail. Les déchets ne sont pas ramassés, les équipes de balayage ne sortent pas et les déchetteries ne s'ouvrent pas. La direction s'est tout à coup montré ouverte à 'trouver une solution'. Elle veut aussi améliorer la communication. Le refus de travail nous semble pourtant être un moyen de 'communication' assez effectif.

Agression contre le personnel de l'ORBEM – La rage contre le personnel de l'ORBEM augmente. Des personnes qui se voient supprimer leurs allocations, en viennent de plus en plus à attaquer les fonctionnaires verbalement ou physiquement. La direction va collaborer plus étroitement avec la police. Ce faisant, elle rend toujours plus clair qu'elle se trouve du mauvais côté de la barricade.

TEC en feu – A Montignies-sur-Sambre, près de Charleroi, 22 bus de la société de transport public partent en flammes. Le feu s'est propagé vers 2.30h de la nuit, les circonstances précises ne sont pas connues. Les mois précédents, les esprits se sont échauffés plus d'une fois au sein de la TEC, menant à des grèves sauvages.

Sabotage des trains – Un peu avant l'heure de pointe, cinq trains sont rendus immobiles par le sabotage. La SNCF déclare qu'il ne s'agit pas de sabotage des freins, comme prétendu antérieurement. Elle ne voulait pas lâcher beaucoup plus, par peur de plus de sabotage. Depuis quelque temps, l'ambiance est tendue au sein des conducteurs de trains, qui réclament moins de travail.

Résistance contre une arrestation – Trois policiers de la zone Bruxelles-Ouest sont blessés quand ils veulent arrêter une personne qui s'était évadé de la prison de Marneffe. La famille et quelques personnes du quartier ont essayé d'empêcher l'arrestation physiquement. La personne recherchée et son frère ont malheureusement été arrêtés.

Perturbation d'une messe – Dans la basilique de Koekelberg, une messe qui hébergeait une septantaine de prêtres, est perturbée pendant l'eucharistie. Des préservatifs remplis de shampooing sont jetés à travers les bancs de fidèles, de la teinture rouge vient colorer l'eau sacrée d'un bénitier, des slogans sont gueulés et deux alarmes suspendues à des ballons d'hélium s'envolent vers les hauteurs de la basilique. Un tract est laissé sur place.

Occupation du chantier – Une soixantaine de personnes bloquent le chantier du nouveau centre fermé à Steenokkerzeel. Ils s'enchaînent à l'entrée et aux grues avec des tubes en métal et ils montent sur le toit. Les travaux sont empêchés pendant toute la journée. Plusieurs banderoles contre les frontières et les nations sont déployées.

Incendie au centre psychiatrique – A Beernem, un sac de linge est incendié dans le centre psychiatrique Reigerlo.