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Nous nous le rappellerons encore longtemps, ce 1er octobre. Pendant un mois, des milliers de tracts et d’affiches avaient été distribués et collés dans les rues. Le mot avait bien tourné, il y aurait une manifestation contre les centres fermés et contre les prisons à la Gare du Midi bruxelloise. Une occasion de descendre ensemble dans la rue, ensemble avec tous ceux, venus de partout et de nulle part, dont le sang bouillonne à la simple vue de murs, de barbelés, de juges et de matons et dont le cœur est amoureux de la liberté. La police a cherché à faire tout pour écraser cette occasion. Ce soir-là, non seulement la police anti-émeute était considérablement présente autour du lieu de rassemblement, mais aussi dans les quartiers populaires tout comme autour des prisons de Forest et de Saint-Gilles et des stations de métro. En plus, un décret spécial interdisait tout rassemblement de plus de cinq personnes.
Ce soir-là, beaucoup ont été déçus de cette occasion manquée. En plus, presque deux cents personnes ont été arrêtées préventivement en s’approchant de la gare. A la caserne, beaucoup d’entre eux ont été humiliés, menacés, frappés et maltraités. Ce soir-là, le commissariat des Marolles en paie en partie les conséquences. Assailli par cinquante personnes masquées, ses vitres volent en éclat, les voitures des flics garées devant sont mises hors service et deux flics sont blessés. Plus tard, quatre compagnons ont été arrêtés dans les environs et se trouvent actuellement toujours en détention préventive, accusés d’avoir participé à l’attaque qui, disons le clair et haut, a visé juste.
Deux jours après, des centaines de prisonniers à Lantin se mutinent quand la direction supprime les visites. Vitres cassés, infrastructures endommagés, affrontements avec les flics qui interviennent massivement.
Une semaine plus tard, des prisonniers à Tournai répondent de la plus belle des manières à la grève des matons qui exigent d’avantage de sécurité : ils se révoltent, causent des gros dégâts à la prison et tentent d’y mettre le feu. Une heure plus tard, un commissariat non loin, attaqué à coups de cocktails Molotov, fait écho à cette mutinerie en la portant dans la rue.
Huit jours plus tard, des explosifs sont balancés en haut du mur de la prison de Mons. Quelques détenus s’en servent pour tenter d’exploser la porte et le mur, ce qui malheureusement échoue. Des dizaines d’autres prisonniers qui se trouvaient au préau s’apprêtaient déjà à respirer à l’air libre.
Deux semaines plus tard, une grève des matons de Bruges est accueillie avec un incendie volontaire dans les cellules du bloc d’isolement de la prison. Vingt détenus sont évacués, les dégâts sont considérables, cette prison à l’intérieur de la prison semble être fermée. Le lendemain, aussi d’autres sections de la prison se soulèvent. Ils cassent ce qu’ils peuvent casser et il fallait l’unité d’intervention spéciale pour réprimer les émeutiers.
Et entre temps – mais que nous importent le temps quand nous nous l’approprions dans la révolte – une fois de plus, une vague d’attaques frappent dans la rue les entreprises qui se font du fric avec les prisons et les centres fermés.
Que dire ? Que dire à l’Etat qui pensait freiner et paralyser la lutte dans et contre ses geôles en mettant plus de flics, en construisant plus de prisons ? Rien. Nous n’avons toujours ressenti que du mépris à son égard. Nous éprouvons une rage qui nous incite à le combattre avec toutes les armes que nous pensons adéquates, hier comme aujourd’hui, chargés d’un désir de liberté.
Face aux incarcérations de nos compagnons, face aux incarcérations de vos proches, face aux incarcérations tout court, rassemblons notre courage. Le froid de l’automne qui approche ne saurait pas nous faire oublier qu’une étincelle suffit à mettre toute la prairie en feu.
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Sous tension
Ces dernières semaines, la tension était à couper au couteau. Nous avons repris une poignée de ces actes de révolte qui y ont contribué…
1 octobre – La police cherche à faire tout pour bloquer la manifestation annoncée contre les centres fermés et les prisons. Plus tard ce soir-là, le commissariat des Marolles est assailli par une cinquantaine de personnes masquées. Dans les environs, la police arrête quatre compagnons. Ils seront incarcérés à la prison de Forest.
2 octobre – A Anderlecht, un véhicule de l’entreprise Dalkia est incendié. Cette entreprise s’est emparée d’un contrat lucratif pour l’entretien des installations électriques dans les prisons et les centres fermés. A Auderghem, les vitres du siège social de l’entreprise Sodexo sont fracassées en solidarité avec les quatre compagnons incarcérés.
3 octobre – A Anderlecht, lors d’une « ballade », des affiches et des tracts qui reviennent sur le 1er octobre et affirment la volonté de continuer la lutte contre les centres fermés et les prisons sont collés et distribués.
4 octobre – Mutinerie à la prison de Lantin. A la prison de Forest, des anarchistes lancent des feux d’artifice.
5 octobre – Près du commissariat de Schaerbeek, une camionnette de l’entreprise Valens est incendiée. Cette entreprise participe à la construction d’un nouveau centre fermé à Steenokkerzeel.
5 octobre – A Gand, deux attaques incendiaires sont réalisées simultanément : l’un contre un chantier de Besix, le constructeur principal du nouveau centre fermé à Steenokkerzeel, l’autre contre le bâtiment du bureau d’architectes Bontinck. Ces attaques seront ensuite revendiquées, entre autre en solidarité avec les compagnons incarcérés.
6 octobre – Au nord de Bruxelles, les vitres d’un bus de la Stib sont éclatées à coups de fusil à plomb. Ailleurs, des personnes cagoulés arrêtent un bus et y foutent le feu. Encore ailleurs, une petite barricade est érigée pour faire stopper le tram. Aussi là, ses vitres seront fracassées.
7 octobre – A Neder-over-Heembeek, deux distributeurs de billets sont incendiés, dont un appartenant à la Banque de la Poste. Cette banque gère les comptes bancaires des prisons et des centres fermés.
11 octobre – A Lisbonne (Portugal), des bombes de peinture sont jetés contre la cathédrale. Des slogans contre les centres fermés et en solidarité avec les compagnons en Belgique sont peints sur la façade. Aussi à Bruxelles, des églises et de cathédrales seront recouvertes de slogans contre toutes les religions.
13 octobre – Alerte à la bombe, émeutes et tentative d’incendie à la prison de Tournai. Une heure plus tard, un commissariat à Carnières est attaqué à coups de cocktails Molotov.
17 octobre – Tentative d’évasion « collective » à l’aide d’explosifs de la prison de Mons.
17 octobre – A Paris, un magasin de Bouygues, le plus grand constructeur de prisons et de centres fermés en France, est attaqué. La vitrine est cassée et le slogan « Feu aux prisons » peint sur le mur. L’attaque sera revendiquée en solidarité avec les compagnons incarcérés à Forest.
18 octobre – Un incendie détruit une partie importante des Halles de Liège, où était en cours la bourse « Sécuripol ». Lors de cette bourse, des entreprises de sécurité privée et les services de police se vendent des équipements et du matériel. L’incendie provoque de grandes fumées, onze personnes seront légèrement intoxiquées.
20 octobre – Incendie volontaire dans le module d’isolement de la prison de Bruges lors de la grève des matons ; le lendemain, des émeutes éclatent aussi dans d’autres sections de la prison.
22 octobre – Les quatre compagnons incarcérés sont libérés sous conditions. Leur procès suivra plus tard.
1 octobre – La police cherche à faire tout pour bloquer la manifestation annoncée contre les centres fermés et les prisons. Plus tard ce soir-là, le commissariat des Marolles est assailli par une cinquantaine de personnes masquées. Dans les environs, la police arrête quatre compagnons. Ils seront incarcérés à la prison de Forest.
2 octobre – A Anderlecht, un véhicule de l’entreprise Dalkia est incendié. Cette entreprise s’est emparée d’un contrat lucratif pour l’entretien des installations électriques dans les prisons et les centres fermés. A Auderghem, les vitres du siège social de l’entreprise Sodexo sont fracassées en solidarité avec les quatre compagnons incarcérés.
3 octobre – A Anderlecht, lors d’une « ballade », des affiches et des tracts qui reviennent sur le 1er octobre et affirment la volonté de continuer la lutte contre les centres fermés et les prisons sont collés et distribués.
4 octobre – Mutinerie à la prison de Lantin. A la prison de Forest, des anarchistes lancent des feux d’artifice.
5 octobre – Près du commissariat de Schaerbeek, une camionnette de l’entreprise Valens est incendiée. Cette entreprise participe à la construction d’un nouveau centre fermé à Steenokkerzeel.
5 octobre – A Gand, deux attaques incendiaires sont réalisées simultanément : l’un contre un chantier de Besix, le constructeur principal du nouveau centre fermé à Steenokkerzeel, l’autre contre le bâtiment du bureau d’architectes Bontinck. Ces attaques seront ensuite revendiquées, entre autre en solidarité avec les compagnons incarcérés.
6 octobre – Au nord de Bruxelles, les vitres d’un bus de la Stib sont éclatées à coups de fusil à plomb. Ailleurs, des personnes cagoulés arrêtent un bus et y foutent le feu. Encore ailleurs, une petite barricade est érigée pour faire stopper le tram. Aussi là, ses vitres seront fracassées.
7 octobre – A Neder-over-Heembeek, deux distributeurs de billets sont incendiés, dont un appartenant à la Banque de la Poste. Cette banque gère les comptes bancaires des prisons et des centres fermés.
11 octobre – A Lisbonne (Portugal), des bombes de peinture sont jetés contre la cathédrale. Des slogans contre les centres fermés et en solidarité avec les compagnons en Belgique sont peints sur la façade. Aussi à Bruxelles, des églises et de cathédrales seront recouvertes de slogans contre toutes les religions.
13 octobre – Alerte à la bombe, émeutes et tentative d’incendie à la prison de Tournai. Une heure plus tard, un commissariat à Carnières est attaqué à coups de cocktails Molotov.
17 octobre – Tentative d’évasion « collective » à l’aide d’explosifs de la prison de Mons.
17 octobre – A Paris, un magasin de Bouygues, le plus grand constructeur de prisons et de centres fermés en France, est attaqué. La vitrine est cassée et le slogan « Feu aux prisons » peint sur le mur. L’attaque sera revendiquée en solidarité avec les compagnons incarcérés à Forest.
18 octobre – Un incendie détruit une partie importante des Halles de Liège, où était en cours la bourse « Sécuripol ». Lors de cette bourse, des entreprises de sécurité privée et les services de police se vendent des équipements et du matériel. L’incendie provoque de grandes fumées, onze personnes seront légèrement intoxiquées.
20 octobre – Incendie volontaire dans le module d’isolement de la prison de Bruges lors de la grève des matons ; le lendemain, des émeutes éclatent aussi dans d’autres sections de la prison.
22 octobre – Les quatre compagnons incarcérés sont libérés sous conditions. Leur procès suivra plus tard.
Malgré tout - aux rebelles d'ici et d'ailleurs
Les mots peuvent difficilement saisir une réalité, les sentiments et les désirs dépassent toujours ce qu’un vocabulaire nous offre. Cependant, il est d’un intérêt vital de parler, de tenter d’exprimer ce que nous pensons et ce que nous ressentons. Certainement dans les moments où la terreur de l’Etat et de ses forces de l’ordre cherche à rendre tout le monde muet.
Depuis des années, nous disons que pour penser et parler librement, il faut de l’espace et du temps. Et cet espace et ce temps ne nous sont jamais donnés, on ne peut que les conquérir nous-mêmes, l’arracher avec toute la violence à la réalité de tu ne feras et tu dois. Voilà pourquoi nous avons parlé et nous parlons de révolte, d’actes par lesquels nous nous créons l’espace pour vivre, pour donner une expression à nos désirs de liberté qui ne tolèrent point la misère nauséabonde et la laideur de ce monde.
La semaine dernière, l’Etat a choisi de remplir tout espace possible avec des uniformes, des fourgons, des policiers en civil, des cellules et des mauvais traitements. Déjà, l’Etat supporte à peine que les anarchistes incitent en mots et en actes à la révolte, mais cette semaine, tout a été déployé pour empêcher toute rencontre entre les différentes rébellions qui fermentent la conflictualité sociale à Bruxelles. Et l’autorité a parlé le langage le plus simple à sa disposition : la terreur, c’est-à-dire une violence systématique et indiscriminée.
La manifestation annoncée du 1er octobre contre les centres fermés, contre toutes les prisons et les frontières, contre l’Etat ne devait pas avoir lieu, à aucun prix. Une interdiction d’attroupement a été décrétée dans quatre communes bruxelloises et pendant qu’une force policière imposante arrêtait toute personne tournant autour de l’endroit du rendez-vous, d’autres escadrons gardaient les quartiers et les stations de métros d’une poigne de fer. Les alentours des prisons de Forest et de Saint-Gilles ont été hermétiquement fermés tandis qu’au cœur d’Anderlecht, des policiers cagoulés patrouillaient, les mitraillettes à la main. Des centaines de personnes ont été arrêtées préventivement, des dizaines ont été humiliées, maltraitées et frappées dans les commissariats.
Disons-le clairement : l’Etat n’a pas peur d’une poignée d’anarchistes, mais craint une possible contagion sociale à laquelle les révolutionnaires œuvrent de jour en jour. Depuis longtemps, Bruxelles semble être une poudrière sociale où on cherche à mater les tensions sociales à coups de plus de police et plus de blessés ou de morts du côté de ceux qui, d’une manière ou d’une autre, engagent la confrontation. Néanmoins, les tensions sociales continuent à s’exprimer de manière radicale : des émeutes récurrentes dans les quartiers aux mutineries dans les centres fermés et les prisons, des attaques ciblées contre les structures de l’Etat et du Capital jusqu’à une hostilité qui continue à se répandre contre tout ce qui porte l’uniforme de la répression. Probablement, la manifestation annoncée du 1er octobre était une des possibilités de rencontre entre les différentes rébellions et les idées anti-autoritaires - et cette rencontre a été écrasée.
Malgré la pacification militarisée des derniers jours, nous continuons à diriger notre attention ardente vers cette poudrière sociale, en sachant que chaque occasion peut être la bonne pour mettre le feu à la mèche. Et là où la proposition d’une manifestation s’était heurtée à des obstacles presque infranchissables, d’autres pratiques et activités sauront se frayer un chemin.
Malgré les murs policiers qui cherchent à nous tenir séparés, nous continuons à penser que la rencontre entre les différentes rébellions reste possible, souhaitable et nécessaire. Aucun racket répressif de la part de l’Etat ne nous fera renier cet enthousiasme.
Malgré le fait que l’initiative nous ait été arrachée ces derniers jours, nous sommes déterminés, avec le cœur et la tête, à reprendre l’initiative dans nos propres mains. Malgré tout, nous continuons. Rien n’est fini... les possibilités sont toujours là, prêtes à être saisies.
Des anarchistes qui ne lachent pas l’affaire ...
Bruxelles, 5 octobre 2010
Depuis des années, nous disons que pour penser et parler librement, il faut de l’espace et du temps. Et cet espace et ce temps ne nous sont jamais donnés, on ne peut que les conquérir nous-mêmes, l’arracher avec toute la violence à la réalité de tu ne feras et tu dois. Voilà pourquoi nous avons parlé et nous parlons de révolte, d’actes par lesquels nous nous créons l’espace pour vivre, pour donner une expression à nos désirs de liberté qui ne tolèrent point la misère nauséabonde et la laideur de ce monde.
La semaine dernière, l’Etat a choisi de remplir tout espace possible avec des uniformes, des fourgons, des policiers en civil, des cellules et des mauvais traitements. Déjà, l’Etat supporte à peine que les anarchistes incitent en mots et en actes à la révolte, mais cette semaine, tout a été déployé pour empêcher toute rencontre entre les différentes rébellions qui fermentent la conflictualité sociale à Bruxelles. Et l’autorité a parlé le langage le plus simple à sa disposition : la terreur, c’est-à-dire une violence systématique et indiscriminée.
La manifestation annoncée du 1er octobre contre les centres fermés, contre toutes les prisons et les frontières, contre l’Etat ne devait pas avoir lieu, à aucun prix. Une interdiction d’attroupement a été décrétée dans quatre communes bruxelloises et pendant qu’une force policière imposante arrêtait toute personne tournant autour de l’endroit du rendez-vous, d’autres escadrons gardaient les quartiers et les stations de métros d’une poigne de fer. Les alentours des prisons de Forest et de Saint-Gilles ont été hermétiquement fermés tandis qu’au cœur d’Anderlecht, des policiers cagoulés patrouillaient, les mitraillettes à la main. Des centaines de personnes ont été arrêtées préventivement, des dizaines ont été humiliées, maltraitées et frappées dans les commissariats.
Disons-le clairement : l’Etat n’a pas peur d’une poignée d’anarchistes, mais craint une possible contagion sociale à laquelle les révolutionnaires œuvrent de jour en jour. Depuis longtemps, Bruxelles semble être une poudrière sociale où on cherche à mater les tensions sociales à coups de plus de police et plus de blessés ou de morts du côté de ceux qui, d’une manière ou d’une autre, engagent la confrontation. Néanmoins, les tensions sociales continuent à s’exprimer de manière radicale : des émeutes récurrentes dans les quartiers aux mutineries dans les centres fermés et les prisons, des attaques ciblées contre les structures de l’Etat et du Capital jusqu’à une hostilité qui continue à se répandre contre tout ce qui porte l’uniforme de la répression. Probablement, la manifestation annoncée du 1er octobre était une des possibilités de rencontre entre les différentes rébellions et les idées anti-autoritaires - et cette rencontre a été écrasée.
Malgré la pacification militarisée des derniers jours, nous continuons à diriger notre attention ardente vers cette poudrière sociale, en sachant que chaque occasion peut être la bonne pour mettre le feu à la mèche. Et là où la proposition d’une manifestation s’était heurtée à des obstacles presque infranchissables, d’autres pratiques et activités sauront se frayer un chemin.
Malgré les murs policiers qui cherchent à nous tenir séparés, nous continuons à penser que la rencontre entre les différentes rébellions reste possible, souhaitable et nécessaire. Aucun racket répressif de la part de l’Etat ne nous fera renier cet enthousiasme.
Malgré le fait que l’initiative nous ait été arrachée ces derniers jours, nous sommes déterminés, avec le cœur et la tête, à reprendre l’initiative dans nos propres mains. Malgré tout, nous continuons. Rien n’est fini... les possibilités sont toujours là, prêtes à être saisies.
Des anarchistes qui ne lachent pas l’affaire ...
Bruxelles, 5 octobre 2010
La voie du conflit - France
Ce mois-ci, le gouvernement français cherche à mettre la dernière main à la réforme des retraites tant attendue. Le point le plus important dans cette réforme, c’est l’âge maximal jusqu’ auquel les gens seront obligés d’aller travailler. La nouvelle loi le fera passer de 60 ans à 62 ans. Pour contester cette réforme, quelques grandes manifestations et grèves ont déjà eu lieu en septembre. Ces mobilisations ont surtout été menées à l’appel des syndicats. Ce mois-ci, la contestation est devenue beaucoup plus intense. Presque quotidiennement des manifestations ont lieu dans de nombreuses villes, rassemblant des centaines, des milliers, voire même des millions de gens. Quasi tout le secteur public est en grève, certaines villes comme Le Havre et Marseille sont même complètement paralysées et les blocages de dépôts, de gares, d’autoroutes font tâche d’huile. Comme par exemple ces blocages des raffineries de pétrole où des ouvriers, parfois aidés par des riverains, bloquent tout le bazar… ce qui fait hanter le spectre d’une pénurie de pétrole dans tout le pays.
La rébellion ne se limite cependant pas aux lieux de travail et se diffuse comme une traînée de poudre dans une grande partie de la société française.
Déterminés, des lycéens descendent dans la rue avec leurs propres désirs. Ainsi, quasi quotidiennement des manifestations sauvages partent des lycées, souvent bloqués par les lycéens, pour partir en ville. Affrontements avec la police, destructions de banques, pillages de commerces, incendie de voitures et ici et là, même une école qui part en fumée. Tandis que dans de plus en plus de quartiers des émeutes éclatent, des attaques se succèdent partout contre bien de choses qui donnent le coup de grâce à la liberté de chacun. Les flics, les banques, les commerces, des structures de l’Etat deviennent la proie des pierres et du feu. Il semble qu’un vent chaud souffle sur les visages de toujours plus de gens, et les inspire à contribuer à un conflit qui touche de plus en plus d’aspects de la vie quotidienne.
Sans doute, un des points intéressants de ce qui est en train de se passer en France, ce sont les ruptures avec le train-train quotidien. Car des gens décident, collectivement ou individuellement, d’abandonner ce qu’ils « devraient » faire, et commencent à faire ce qu’ils veulent faire. Ainsi, des brèches sont forcées aussi bien pour ceux qui y participent activement que pour ceux qui par là voient alors changé leur agenda. Ces brèches peuvent donner l’énergie, l’espace et le temps pour réfléchir à autre chose que l’enchaînement des obligations qui se répète à l’infini. Certaines de ces brèches, comme lors des blocages, s’attaquent directement à l’économie et deviennent ainsi une menace pratique du fonctionnement aisé de la machinerie capitaliste. D’autres brèches, comme lors des manifestations sauvages où éclatent des batailles avec les flics, portent peut-être moins visiblement cet aspect, mais deviennent également une menace à cause de la joie que découvrent les gens qui expriment leur rage. La fête est évidemment complète quand ces deux aspects sont combinés.
Mais s’impose alors la plus importante question. Où est-ce que nous voulons aller avec notre rage ? Notre cœur bat plus vite quand le mécontentement et les frustrations explosent et donnent du souffle à une révolte qui brise la paix sociale, se soustrayant au contrôle des syndicats ou d’autres politiciens. Des manifs sauvages, des émeutes contre les flics, foutre le feu ou tout casser . Ce sont des moyens puissants et nous font expérimenter dans notre propre peau que bien de choses sont possibles. Mais n’en restent pas mois que ce ne sont que des moyens. Ils n’acquièrent leur signification entière dans le but auquel ils sont employés. Est-ce que ce sont des moyens pour évacuer des frustrations, sans plus ? Est-ce qu’ils servent à donner une position plus forte autour de la table des négociations ? Ou est-ce que ce sont des instruments qui peuvent rendre vivants, ici et maintenant, des désirs qui s’opposent diamétralement avec l’ordre actuel, et qui ne s’ouvrent donc pas aux négociations… Est-ce que nous voulons un patron plus gentil ou est-ce que, simplement, nous ne voulons plus de patrons du tout ? Est-ce que nous voulons des meilleures conditions dans les prisons ou est-ce que nous voulons éliminer la menace de la prison pour tout le monde ? Est-ce que nous nous contentons avec les faveurs d’un système que nous trouvons en fait dégueulasse et merdique ou est-ce que nous voulons abattre ce système une fois pour toutes ? Si nous arrivons à la conclusion que tels sont nos désirs et que nous ne voulons plus les confier à d’autres, alors ils peuvent devenir le carburant inépuisable pour un combat contre tout ce qui limite nos vies, nie nos sentiments, cherche à étouffer notre individualité et nous emprisonne. Des usines aux écoles, des prisons aux façons dont nos relations quotidiennes se développent. A travers tout notre environnement, aspirant à quelque chose de complètement différent.
Pas loin d’ici
Aussi en Belgique, il est difficile de prétendre que règne la paix sociale. Les mutineries incessantes dans les prisons, les grèves sauvages qui éclatent ici et là, une hostilité face aux flics qui explose parfois, une hostilité face au cours normal des choses qui explose souvent. Aussi ici, nous voyons comment des gens choisissent la voie du conflit et crachent ainsi sur le compromis éternel de la vie qui leur est proposée. Où ce chemin peut nous mener dépend entièrement de nous-mêmes, de ce qui s’agite dans notre cerveau et dans notre cœur et de ce que nous sommes prêts à en faire. Chaque moment isolé qui se transforme en scène de combat contre la misère quotidienne, peut devenir un moment où est remise en question la misère dans son ensemble. Un moment où le monde qui produit cette misère est attaqué dans son ensemble.
En route vers un monde qui n’accepte pas cette misère…
La rébellion ne se limite cependant pas aux lieux de travail et se diffuse comme une traînée de poudre dans une grande partie de la société française.
Déterminés, des lycéens descendent dans la rue avec leurs propres désirs. Ainsi, quasi quotidiennement des manifestations sauvages partent des lycées, souvent bloqués par les lycéens, pour partir en ville. Affrontements avec la police, destructions de banques, pillages de commerces, incendie de voitures et ici et là, même une école qui part en fumée. Tandis que dans de plus en plus de quartiers des émeutes éclatent, des attaques se succèdent partout contre bien de choses qui donnent le coup de grâce à la liberté de chacun. Les flics, les banques, les commerces, des structures de l’Etat deviennent la proie des pierres et du feu. Il semble qu’un vent chaud souffle sur les visages de toujours plus de gens, et les inspire à contribuer à un conflit qui touche de plus en plus d’aspects de la vie quotidienne.
Sans doute, un des points intéressants de ce qui est en train de se passer en France, ce sont les ruptures avec le train-train quotidien. Car des gens décident, collectivement ou individuellement, d’abandonner ce qu’ils « devraient » faire, et commencent à faire ce qu’ils veulent faire. Ainsi, des brèches sont forcées aussi bien pour ceux qui y participent activement que pour ceux qui par là voient alors changé leur agenda. Ces brèches peuvent donner l’énergie, l’espace et le temps pour réfléchir à autre chose que l’enchaînement des obligations qui se répète à l’infini. Certaines de ces brèches, comme lors des blocages, s’attaquent directement à l’économie et deviennent ainsi une menace pratique du fonctionnement aisé de la machinerie capitaliste. D’autres brèches, comme lors des manifestations sauvages où éclatent des batailles avec les flics, portent peut-être moins visiblement cet aspect, mais deviennent également une menace à cause de la joie que découvrent les gens qui expriment leur rage. La fête est évidemment complète quand ces deux aspects sont combinés.
Mais s’impose alors la plus importante question. Où est-ce que nous voulons aller avec notre rage ? Notre cœur bat plus vite quand le mécontentement et les frustrations explosent et donnent du souffle à une révolte qui brise la paix sociale, se soustrayant au contrôle des syndicats ou d’autres politiciens. Des manifs sauvages, des émeutes contre les flics, foutre le feu ou tout casser . Ce sont des moyens puissants et nous font expérimenter dans notre propre peau que bien de choses sont possibles. Mais n’en restent pas mois que ce ne sont que des moyens. Ils n’acquièrent leur signification entière dans le but auquel ils sont employés. Est-ce que ce sont des moyens pour évacuer des frustrations, sans plus ? Est-ce qu’ils servent à donner une position plus forte autour de la table des négociations ? Ou est-ce que ce sont des instruments qui peuvent rendre vivants, ici et maintenant, des désirs qui s’opposent diamétralement avec l’ordre actuel, et qui ne s’ouvrent donc pas aux négociations… Est-ce que nous voulons un patron plus gentil ou est-ce que, simplement, nous ne voulons plus de patrons du tout ? Est-ce que nous voulons des meilleures conditions dans les prisons ou est-ce que nous voulons éliminer la menace de la prison pour tout le monde ? Est-ce que nous nous contentons avec les faveurs d’un système que nous trouvons en fait dégueulasse et merdique ou est-ce que nous voulons abattre ce système une fois pour toutes ? Si nous arrivons à la conclusion que tels sont nos désirs et que nous ne voulons plus les confier à d’autres, alors ils peuvent devenir le carburant inépuisable pour un combat contre tout ce qui limite nos vies, nie nos sentiments, cherche à étouffer notre individualité et nous emprisonne. Des usines aux écoles, des prisons aux façons dont nos relations quotidiennes se développent. A travers tout notre environnement, aspirant à quelque chose de complètement différent.
Pas loin d’ici
Aussi en Belgique, il est difficile de prétendre que règne la paix sociale. Les mutineries incessantes dans les prisons, les grèves sauvages qui éclatent ici et là, une hostilité face aux flics qui explose parfois, une hostilité face au cours normal des choses qui explose souvent. Aussi ici, nous voyons comment des gens choisissent la voie du conflit et crachent ainsi sur le compromis éternel de la vie qui leur est proposée. Où ce chemin peut nous mener dépend entièrement de nous-mêmes, de ce qui s’agite dans notre cerveau et dans notre cœur et de ce que nous sommes prêts à en faire. Chaque moment isolé qui se transforme en scène de combat contre la misère quotidienne, peut devenir un moment où est remise en question la misère dans son ensemble. Un moment où le monde qui produit cette misère est attaqué dans son ensemble.
En route vers un monde qui n’accepte pas cette misère…
Une querelle qui dégénère - à propos de la violence domestique
« Une querelle qui dégénére », ainsi parle t’il, ce flic, quand il se trouve devant ma porte, avec ses autres collèges en vacherie. Et si c’était moi qui avait appelé, si je n’avais rien entendu, vous êtes sûr ? Non, rien entendu et je ferme rapidement la porte. Mais je mens, je ne veux pas qu’ils entrent là où j’habite, les flics seront toujours des envahisseurs. Cette leçon, on l’a appris rudement.
Tout comme cette autre leçon, celle à propos de ce qu’ils appellent « la violence domestique ». Bien sûr que j’avais entendu des bruits, pas de cris ou des clameurs, mais des coups et ensuite un boum. J’essayais encore de me faire croire que ce n’était rien, on ne peut pas être paranoïaque quand-même, mais pourtant… Mon corps ne ment pas, les poils sur ma peau se dressent automatiquement dès que je sens de la violence intime, et mon cœur accélère, palpite fort et dur. Un sentiment d’étouffement dans la gorge. Une sixième sens, qui parfois m’est utile et me fait réagir très vite, qui me bloque ou me paralyse autant.
Les patrouilles s’en vont, aucune ambulance n’est venue, personne n’a été blessé physiquement, mais sans doute, il y a au moins une personne dans ce bâtiment dont l’intérieur est en train de saigner. Du moins s’il n’est pas déjà trop tard, car un intérieur qui saigne trop, ça pourrit, ça dévore ce que tu es, entièrement.
Bon, personne n’est mort, mais les mots de ce flic continent à se répéter dans ma tête comme un coup de crosse : « une querelle qui dégénère ». Je me demande combien de fois ça fait que j’ai entendu ces mots, et ce que je dois en comprendre. Quereller, ça tu le fais quand tu es fâché, et qui sait ? tu donneras peut-être même une claque à la personne qui cherche à te descendre. Mais un cercle qui se répète de taper et d’embrasser, d’être jetée par terre et recevoir des cadeaux, d’être étouffée et dormir dans ses bras, se faire tourner les bras, des vitres qui éclatent, une douzaine de compliments alternée avec une marée d’insultes,… Est-ce que ça, ça c’est quereller, est-ce que ça en fait partie, est-ce que ça c’est normal ?
Quereller est bien autre chose qu’exercer du contrôle, et selon moi, cette liste de terreur physique et de réconciliation ne peut exister sans cette autre façon d’exercer du contrôle : jouer des jeux mentaux. Chanter, dénigrer, menacer, interdire, autoriser, profiter, commander,… Sans doute est-il possible d’inventer des dizaines de raisons pour expliquer ce genre de comportement, mais ça, franchement, entre-temps, ça me laisse plus que froide. Simplement parce qu’il n’en existe pas de bonne raison, tout comme il n’existe pas de bonne raison pour continuer une telle relation.
Pourquoi être douce pour quelqu’un qui te baise ? Pourquoi lécher les blessures de quelqu’un qui te méprise tellement qu’il te pousse le dos contre le mur ? Pourquoi prendre soin de quelqu’un qui ne veut pas que tu prennes soin de toi-même ? Pourquoi te contrôler toi-même par rapport aux lois d’un autre, pourquoi sacrifier ta vie pour une merde ? Pourquoi continuer à croire à un amour qui est en fait violence ? Pourquoi vivre à la colle dans les mensonges, le malheur et la misère ? Pourquoi ne pas se battre pour une vie meilleure ? Pourquoi ne pas rêver d’un amour qui est liberté ?
Ce sont certaines idées par rapport à l’amour et des préjugés sur ce que doit être un homme et ce que doit être une femme qui sont nécessaires à nous faire avaler cette merde. Des idées d’un amour éternel et sacrificiel, de femmes bonnes et mauvaises, d’hommes forts et faibles. Mais c’est tout autant le train-train de cette société qui produit cette misère. Partout et toujours, il y a quelqu’un qui se pose au-dessus d’un autre. Partout et toujours nous sommes obligés de nous comporter d’une certaine façon pour éviter d’être harcelé et puni.
Moi, je me rappelle que je pensais qu’il fallait que je sois « forte », que je devais me mordre les lèvres et continuer à avoir confiance en lui et en « l’amour ». Donc, à tous les coups, je lui pardonnais ces saletés et écoutais son excuse. Mais franchement, je n’ai retrouvé ma force que quand je l’ai abandonné et j’ai reappris à avoir confiance en moi-même, en mes rêves, en l’avenir.
Et donc ? Je n’ai que peu de réponses à la question comment en finir d’une manière direct avec toutes ces choses, à part de rassembler tout ton courage et te casser. Ce qui est sûr, c’est qu’une lutte contre ce type d’oppression et d’enfermement ne peut réussir à condition de faire partie d’une lutte contre un monde basé justement sur l’oppression et l’enfermement. La violence domestique n’est pas une dérive de la société, elle découle tout à fait logiquement d’une société où les gens sont quotidiennement stimulés à se descendre et se détruire.
Tout comme cette autre leçon, celle à propos de ce qu’ils appellent « la violence domestique ». Bien sûr que j’avais entendu des bruits, pas de cris ou des clameurs, mais des coups et ensuite un boum. J’essayais encore de me faire croire que ce n’était rien, on ne peut pas être paranoïaque quand-même, mais pourtant… Mon corps ne ment pas, les poils sur ma peau se dressent automatiquement dès que je sens de la violence intime, et mon cœur accélère, palpite fort et dur. Un sentiment d’étouffement dans la gorge. Une sixième sens, qui parfois m’est utile et me fait réagir très vite, qui me bloque ou me paralyse autant.
Les patrouilles s’en vont, aucune ambulance n’est venue, personne n’a été blessé physiquement, mais sans doute, il y a au moins une personne dans ce bâtiment dont l’intérieur est en train de saigner. Du moins s’il n’est pas déjà trop tard, car un intérieur qui saigne trop, ça pourrit, ça dévore ce que tu es, entièrement.
Bon, personne n’est mort, mais les mots de ce flic continent à se répéter dans ma tête comme un coup de crosse : « une querelle qui dégénère ». Je me demande combien de fois ça fait que j’ai entendu ces mots, et ce que je dois en comprendre. Quereller, ça tu le fais quand tu es fâché, et qui sait ? tu donneras peut-être même une claque à la personne qui cherche à te descendre. Mais un cercle qui se répète de taper et d’embrasser, d’être jetée par terre et recevoir des cadeaux, d’être étouffée et dormir dans ses bras, se faire tourner les bras, des vitres qui éclatent, une douzaine de compliments alternée avec une marée d’insultes,… Est-ce que ça, ça c’est quereller, est-ce que ça en fait partie, est-ce que ça c’est normal ?
Quereller est bien autre chose qu’exercer du contrôle, et selon moi, cette liste de terreur physique et de réconciliation ne peut exister sans cette autre façon d’exercer du contrôle : jouer des jeux mentaux. Chanter, dénigrer, menacer, interdire, autoriser, profiter, commander,… Sans doute est-il possible d’inventer des dizaines de raisons pour expliquer ce genre de comportement, mais ça, franchement, entre-temps, ça me laisse plus que froide. Simplement parce qu’il n’en existe pas de bonne raison, tout comme il n’existe pas de bonne raison pour continuer une telle relation.
Pourquoi être douce pour quelqu’un qui te baise ? Pourquoi lécher les blessures de quelqu’un qui te méprise tellement qu’il te pousse le dos contre le mur ? Pourquoi prendre soin de quelqu’un qui ne veut pas que tu prennes soin de toi-même ? Pourquoi te contrôler toi-même par rapport aux lois d’un autre, pourquoi sacrifier ta vie pour une merde ? Pourquoi continuer à croire à un amour qui est en fait violence ? Pourquoi vivre à la colle dans les mensonges, le malheur et la misère ? Pourquoi ne pas se battre pour une vie meilleure ? Pourquoi ne pas rêver d’un amour qui est liberté ?
Ce sont certaines idées par rapport à l’amour et des préjugés sur ce que doit être un homme et ce que doit être une femme qui sont nécessaires à nous faire avaler cette merde. Des idées d’un amour éternel et sacrificiel, de femmes bonnes et mauvaises, d’hommes forts et faibles. Mais c’est tout autant le train-train de cette société qui produit cette misère. Partout et toujours, il y a quelqu’un qui se pose au-dessus d’un autre. Partout et toujours nous sommes obligés de nous comporter d’une certaine façon pour éviter d’être harcelé et puni.
Moi, je me rappelle que je pensais qu’il fallait que je sois « forte », que je devais me mordre les lèvres et continuer à avoir confiance en lui et en « l’amour ». Donc, à tous les coups, je lui pardonnais ces saletés et écoutais son excuse. Mais franchement, je n’ai retrouvé ma force que quand je l’ai abandonné et j’ai reappris à avoir confiance en moi-même, en mes rêves, en l’avenir.
Et donc ? Je n’ai que peu de réponses à la question comment en finir d’une manière direct avec toutes ces choses, à part de rassembler tout ton courage et te casser. Ce qui est sûr, c’est qu’une lutte contre ce type d’oppression et d’enfermement ne peut réussir à condition de faire partie d’une lutte contre un monde basé justement sur l’oppression et l’enfermement. La violence domestique n’est pas une dérive de la société, elle découle tout à fait logiquement d’une société où les gens sont quotidiennement stimulés à se descendre et se détruire.
Pauvreté
Les constats en soi ne disent rien. Si par exemple on constate qu’à Bruxelles, la pauvreté a spectaculairement augmenté, touchant aujourd’hui officiellement un quart de la population, ça ne dit pas grand-chose. Evidemment, on entend de nouveau le même son de cloche : il faut les prendre en charge, investir dans l’éducation, stimuler les gens à accepter n’importe quel boulot de merde, augmenter les primes pour les patrons qui embauchent des « défavorisés » comme s’il agissait d’un geste caritatif bien remboursé par l’Etat. Par contre, ça change quand on analyse ce constat d’une autre manière. Allons-y, baladons-nous dans les quartiers riches comme le quartier européen, Uccle, autour de la bois du Chambre,… Là, on voit réellement ce que ça veut dire la pauvreté. Tandis qu’à l’autre bout de la ville, les gens galèrent pour payer le loyer, là, les gens vivent dans des vrais châteaux, dans le vert, spacieux, agréable. Là, il n’y a pas d’installations de gaz défectueux qui ont exigé déjà tant de morts cette année. Cessons de parler de pauvreté comme si ça n’implique que « les pauvres ». La pauvreté, c’est le rapport entre une poignée de gens qui possèdent tout et une marée de gens qui n’arrivent même pas à joindre les deux bouts. Mais la pauvreté, c’est surtout quand cette marée de gens s’inclinent, acceptent de vivre ainsi, ne se battent pas pour arracher ce dont ils ont besoin pour vivre. Car, au final, les choses ne sont pas si compliquées que ça : détruisons le système économique et social qui réserve la richesse à quelques personnes et sur ces ruines-là, on bâtira une nouvelle société où on s’organisera pour que chacun puisse prendre selon ses besoins.
Ils en ont marre ?
Depuis la mi-septembre, certaines entreprises ont commencé à faire profil-bas. Ce sont des entreprises qui ont déjà été ciblées de différentes manières par ce qu’elles se font de la thune avec les prisons et les centres fermés pour étrangers. Il y a notamment les constructeurs d’un nouveau centre fermé de Bruxelles, Besix et Valens, qui ont recouvert les panneaux publicitaires autour de leurs chantiers avec des bâches blanches. Est-ce que, soudainement, ils ont honte de leur infâme collaboration ? Ou est-ce que est-ce plutôt qu’ils en ont marre d’être pris pour cibles ? – des cibles dont les chantiers, les engins, les bureaux… ont été attaquées des dizaines et des dizaines de fois l’année dernière…- Nous n’avons rien à leur dire, à part peut-être qu’ils étaient, sont et seront toujours d’infâmes constructeurs de misère et d’enfermement et qu’aucune bâche ne suffirait à le dissimuler.
Au fond des choses - Pourquoi sommes-nous contre la prison?
Au fond des choses - Souvent les mots n’ont pas la même signification pour tout le monde, et certainement pas quand ces mots réfèrent à des idées et des visions sous-jacentes. En tant qu’ennemis de toute autorité, il ne nous n’intéresse pas de donner une signification univoque à chaque mot, construisant ainsi un catéchisme normatif. Néanmoins, nous nous servons souvent de certains concepts pour exprimer nos idées. Dans cette rubrique nous clarifierons chaque numéro quelques concepts ; ou plutôt, nous les éluciderons à l’aide de nos idées, ces idées que nous nommons anarchistes.
Pourquoi sommes-nous contre la prison, contre toutes les prisons ?
Disons les choses simplement, puisque nous sommes des esprits simples. Une foule de législateurs, de politiciens, d’experts, d’intellectuels et d’autres défenseurs des idées autorisées ont délibérément compliqué les questions, faisant se sentir stupides et inférieurs tant d’hommes et de femmes qui se sont toujours référés au seul livre où l’on peut trouver quelques réponses : celui de l’expérience vécue.
Ils disent que la prison est nécessaire pour punir ceux qui transgressent les règles de la société.
Voyons voir, le concept de « règle » suppose qu’il y ait un libre accord à la base de cette société, un ensemble de normes qui sont volontairement partagées par les individus qui la composent mais en est-il vraiment ainsi ? Les gouvernements représentent-ils vraiment la volonté des gouvernés ? Le pauvre consent-il de bon gré à ce que le riche s’engraisse sur son travail ? Le voleur volerait-il s’il avait hérité une usine de son père ou s’il pouvait vivre d’une rente ?
En réalité, telle que cette société fonctionne, nous ne pouvons que décider de comment nous comporter face à des lois que d’autres ont établies pour nous, et qu’un gouvernement a imposées à l’immense majorité des femmes et des hommes.
Avant de se demander s’il est juste ou non de punir par la prison celui qui a enfreint la règle, il convient de se demander : qui décide – et comment – des règles de cette société ?
Ils disent que la prison protège de la violence.
Mais est-ce le cas? Pourquoi les pires des violences – nous pensons aux guerres ou à la faim imposée à des millions de personnes – sont-elles parfaitement légales ?
La prison ne punit que la violence qui pose problème à l’Etat et aux riches et utilise certaines formes de violence interpersonnelle (par exemple des viols ou des actes particulièrement cruels) pour enrayer la critique de la prison: « oui, mais que ferait-on des violeurs aussi non ? » Alors que la violence structurelle de la société est défendue tous les jours par la prison.
Quelqu’un qui fabrique de la fausse monnaie est beaucoup plus lourdement puni qui celui qui commet un viol ; quelqu’un qui vend des quantités hallucinantes de drogues est souvent moins lourdement puni que quelqu’un qui braque une banque. Ceci n’est évidemment pas un hasard : la loi sert surtout à défendre la propriété et pas le bien-être des individus. Et la propriété, le fait que quelques-uns possèdent beaucoup tandis que beaucoup n’ont que peu, est la plus grande violence et est la cause de la grande majorité des « crimes ». La prison protège donc la violence structurelle de ce système.
Ils disent que la loi est la même pour tout le monde.
Et pourtant en prison, il n’y a pratiquement que des femmes et des hommes sans formation, immigrés ou enfants d’ouvriers, la plupart incarcérés pour des délits contre la propriété, donc des actes profondément liés à la société dans laquelle nous vivons, au besoin qui la fait tourner du matin au soir : celui de trouver de l’argent. Et nous n’avons pas encore parlé des nombreux prisonniers qui seraient dehors (ou auraient écopé des dites peines alternatives) s’ils avaient tout simplement eu assez d’argent pour se payer un bon avocat.
Ils disent que la prison aide à se racheter ou à se réintégrer dans la société.
Le système carcéral est une manière de soumettre les individus à une comptabilité pénale digne d’une foire : tel crime, tant d’années. La prison empêche les gens de vivre les conflits du début à la fin, de les résoudre (ou non), d’y réfléchir. Comme si l’enfermement pouvait résoudre quoi que ce soit à la place des gens. De plus, qu’y a-t-il de pire que d’être séparé de ses semblables pendant des années et ne rien pouvoir faire de passionnant, condamné à faire passer le temps, éduqué à faire semblant devant l’assistant social ou le psychologue, habitué à toujours se soumettre au supérieur ?
Et puis il reste encore la question qui n’est jamais posée : quelle intégration ? Dans quoi ? Dans une société si précieuse, dispensatrice de valeurs si élevées et de relations si égalitaires ? Cette société est bâtie sur l’oppression et dirigée par des valeurs qui maintiennent l’inégalité et l’exploitation. Ainsi, cette société produit la misère quotidienne, de laquelle proviennent et à laquelle retournent beaucoup de prisonniers
Nous sommes contre la prison parce qu’elle est née et elle s’est développée pour défendre les privilèges des riches et le pouvoir de l’Etat.
Nous sommes contre la prison parce cette société est basée sur l’argent et la concurrence et que nous voulons vivre dans un monde basé sur la liberté et la solidarité, ce qui est irréconciliable avec toute forme d’enfermement.
Nous sommes contre la prison parce que nous voulons un monde dans lequel les accords réciproques sont les fondements du vivre ensemble.
Nous sommes contre la prison parce que même le pire des crimes a quelque chose à nous apprendre sur nous-mêmes, sur nos peurs, sur nos faiblesses et ça ne sert à rien de le cacher derrière les murs.
Nous sommes contre la prison parce que les plus pourris sont ceux qui en détiennent les clefs.
Nous sommes contre la prison parce que rien de bon n’a jamais grandi sur la coercition et sur la soumission.
Nous sommes contre la prison parce que nous voulons changer radicalement cette société (et par conséquent transgresser les lois), pas nous intégrer pacifiquement dans ses villes, dans ses usines, dans ses casernes, dans ses supermarchés.
Nous sommes contre la prison parce que le bruit de la clef dans la serrure d’une cellule est une torture quotidienne, l’isolement une abomination, la fin de la visite une souffrance, le temps enfermé un sablier qui tue à petit feux.
Nous sommes contre la prison parce qu’elle nous a arraché trop de jours, de mois, d’années ou d’amis, d’inconnus, de compagnons.
Nous sommes contre la prison parce que les gens que nous avons rencontrés à l’intérieur ne nous ont semblé ni meilleurs, ni pires que ceux qui croisent notre existence dehors.
Nous sommes contre la prison parce que la nouvelle d’une évasion nous donne plus chaud au cœur que la première journée de printemps.
Nous sommes contre la prison parce que le sens de justice et d’équité ne sera jamais contenu dans aucun code pénal.
Nous sommes contre la prison parce qu’une société qui a besoin d’enfermer et d’humilier est elle-même une prison.
***
Le lendemain, sous la surveillance d’un chiourme, j’allai au rapport du commandant qui me dit :
– « Le conducteur des travaux a besoin d’ouvriers de votre profession, donc je vous classe aux travaux, vous prendrez votre travail à une heure.
– Pardon, Commandant, permettez qu’à ce sujet je fasse une observation.
– Vous n’avez pas d’observation à faire, vous n’avez qu’à obéir, sinon j’userai des moyens qui sont en mon pouvoir.
– Usez-en de suite, car je refuse, non pas de rentrer aux travaux, mais d’y faire certains travaux en contradiction avec mes principes.
– Que voulez-vous dire ?
– Je ne ferai jamais les travaux qui sont dévolus aux ouvriers de ma profession (forgerons, ajusteurs), consistant la plupart du temps à confectionner des instruments de supplice, d’inquisition. Barres de justice, manilles, réparation des menottes, et affûtage du couteau de la guillotine, etc., et je vous le dis bien sincèrement, aucune puissance humaine ne me forcera à faire une chose qui répugne à ma conscience, donc inutile d’insister, laissez-moi plutôt à la corvée, c’est préférable.
– Vous irez aux travaux.
– Oui, si vous acceptez que je ne fasse aucun de ceux désignés.
– C’est ce que nous verrons, je suis le maître.
– C’est tout vu, et quoique condamné, je me considère plus libre que vous, parce que je ne ferai jamais que ce que me dicte ma conscience.
Clément Duval, dans Moi, Clément Duval,
bagnard et anarchiste, 1929
***
Pourquoi sommes-nous contre la prison, contre toutes les prisons ?
Disons les choses simplement, puisque nous sommes des esprits simples. Une foule de législateurs, de politiciens, d’experts, d’intellectuels et d’autres défenseurs des idées autorisées ont délibérément compliqué les questions, faisant se sentir stupides et inférieurs tant d’hommes et de femmes qui se sont toujours référés au seul livre où l’on peut trouver quelques réponses : celui de l’expérience vécue.
Ils disent que la prison est nécessaire pour punir ceux qui transgressent les règles de la société.
Voyons voir, le concept de « règle » suppose qu’il y ait un libre accord à la base de cette société, un ensemble de normes qui sont volontairement partagées par les individus qui la composent mais en est-il vraiment ainsi ? Les gouvernements représentent-ils vraiment la volonté des gouvernés ? Le pauvre consent-il de bon gré à ce que le riche s’engraisse sur son travail ? Le voleur volerait-il s’il avait hérité une usine de son père ou s’il pouvait vivre d’une rente ?
En réalité, telle que cette société fonctionne, nous ne pouvons que décider de comment nous comporter face à des lois que d’autres ont établies pour nous, et qu’un gouvernement a imposées à l’immense majorité des femmes et des hommes.
Avant de se demander s’il est juste ou non de punir par la prison celui qui a enfreint la règle, il convient de se demander : qui décide – et comment – des règles de cette société ?
Ils disent que la prison protège de la violence.
Mais est-ce le cas? Pourquoi les pires des violences – nous pensons aux guerres ou à la faim imposée à des millions de personnes – sont-elles parfaitement légales ?
La prison ne punit que la violence qui pose problème à l’Etat et aux riches et utilise certaines formes de violence interpersonnelle (par exemple des viols ou des actes particulièrement cruels) pour enrayer la critique de la prison: « oui, mais que ferait-on des violeurs aussi non ? » Alors que la violence structurelle de la société est défendue tous les jours par la prison.
Quelqu’un qui fabrique de la fausse monnaie est beaucoup plus lourdement puni qui celui qui commet un viol ; quelqu’un qui vend des quantités hallucinantes de drogues est souvent moins lourdement puni que quelqu’un qui braque une banque. Ceci n’est évidemment pas un hasard : la loi sert surtout à défendre la propriété et pas le bien-être des individus. Et la propriété, le fait que quelques-uns possèdent beaucoup tandis que beaucoup n’ont que peu, est la plus grande violence et est la cause de la grande majorité des « crimes ». La prison protège donc la violence structurelle de ce système.
Ils disent que la loi est la même pour tout le monde.
Et pourtant en prison, il n’y a pratiquement que des femmes et des hommes sans formation, immigrés ou enfants d’ouvriers, la plupart incarcérés pour des délits contre la propriété, donc des actes profondément liés à la société dans laquelle nous vivons, au besoin qui la fait tourner du matin au soir : celui de trouver de l’argent. Et nous n’avons pas encore parlé des nombreux prisonniers qui seraient dehors (ou auraient écopé des dites peines alternatives) s’ils avaient tout simplement eu assez d’argent pour se payer un bon avocat.
Ils disent que la prison aide à se racheter ou à se réintégrer dans la société.
Le système carcéral est une manière de soumettre les individus à une comptabilité pénale digne d’une foire : tel crime, tant d’années. La prison empêche les gens de vivre les conflits du début à la fin, de les résoudre (ou non), d’y réfléchir. Comme si l’enfermement pouvait résoudre quoi que ce soit à la place des gens. De plus, qu’y a-t-il de pire que d’être séparé de ses semblables pendant des années et ne rien pouvoir faire de passionnant, condamné à faire passer le temps, éduqué à faire semblant devant l’assistant social ou le psychologue, habitué à toujours se soumettre au supérieur ?
Et puis il reste encore la question qui n’est jamais posée : quelle intégration ? Dans quoi ? Dans une société si précieuse, dispensatrice de valeurs si élevées et de relations si égalitaires ? Cette société est bâtie sur l’oppression et dirigée par des valeurs qui maintiennent l’inégalité et l’exploitation. Ainsi, cette société produit la misère quotidienne, de laquelle proviennent et à laquelle retournent beaucoup de prisonniers
Nous sommes contre la prison parce qu’elle est née et elle s’est développée pour défendre les privilèges des riches et le pouvoir de l’Etat.
Nous sommes contre la prison parce cette société est basée sur l’argent et la concurrence et que nous voulons vivre dans un monde basé sur la liberté et la solidarité, ce qui est irréconciliable avec toute forme d’enfermement.
Nous sommes contre la prison parce que nous voulons un monde dans lequel les accords réciproques sont les fondements du vivre ensemble.
Nous sommes contre la prison parce que même le pire des crimes a quelque chose à nous apprendre sur nous-mêmes, sur nos peurs, sur nos faiblesses et ça ne sert à rien de le cacher derrière les murs.
Nous sommes contre la prison parce que les plus pourris sont ceux qui en détiennent les clefs.
Nous sommes contre la prison parce que rien de bon n’a jamais grandi sur la coercition et sur la soumission.
Nous sommes contre la prison parce que nous voulons changer radicalement cette société (et par conséquent transgresser les lois), pas nous intégrer pacifiquement dans ses villes, dans ses usines, dans ses casernes, dans ses supermarchés.
Nous sommes contre la prison parce que le bruit de la clef dans la serrure d’une cellule est une torture quotidienne, l’isolement une abomination, la fin de la visite une souffrance, le temps enfermé un sablier qui tue à petit feux.
Nous sommes contre la prison parce qu’elle nous a arraché trop de jours, de mois, d’années ou d’amis, d’inconnus, de compagnons.
Nous sommes contre la prison parce que les gens que nous avons rencontrés à l’intérieur ne nous ont semblé ni meilleurs, ni pires que ceux qui croisent notre existence dehors.
Nous sommes contre la prison parce que la nouvelle d’une évasion nous donne plus chaud au cœur que la première journée de printemps.
Nous sommes contre la prison parce que le sens de justice et d’équité ne sera jamais contenu dans aucun code pénal.
Nous sommes contre la prison parce qu’une société qui a besoin d’enfermer et d’humilier est elle-même une prison.
***
Le lendemain, sous la surveillance d’un chiourme, j’allai au rapport du commandant qui me dit :
– « Le conducteur des travaux a besoin d’ouvriers de votre profession, donc je vous classe aux travaux, vous prendrez votre travail à une heure.
– Pardon, Commandant, permettez qu’à ce sujet je fasse une observation.
– Vous n’avez pas d’observation à faire, vous n’avez qu’à obéir, sinon j’userai des moyens qui sont en mon pouvoir.
– Usez-en de suite, car je refuse, non pas de rentrer aux travaux, mais d’y faire certains travaux en contradiction avec mes principes.
– Que voulez-vous dire ?
– Je ne ferai jamais les travaux qui sont dévolus aux ouvriers de ma profession (forgerons, ajusteurs), consistant la plupart du temps à confectionner des instruments de supplice, d’inquisition. Barres de justice, manilles, réparation des menottes, et affûtage du couteau de la guillotine, etc., et je vous le dis bien sincèrement, aucune puissance humaine ne me forcera à faire une chose qui répugne à ma conscience, donc inutile d’insister, laissez-moi plutôt à la corvée, c’est préférable.
– Vous irez aux travaux.
– Oui, si vous acceptez que je ne fasse aucun de ceux désignés.
– C’est ce que nous verrons, je suis le maître.
– C’est tout vu, et quoique condamné, je me considère plus libre que vous, parce que je ne ferai jamais que ce que me dicte ma conscience.
Clément Duval, dans Moi, Clément Duval,
bagnard et anarchiste, 1929
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Brèves du désordre 10
Dans chaque numéro de Hors Service, nous reprenons une poignée d’une multitude d’actes de rébellion et de révolte. En général, l’Etat, ses médias et ses journalistes préfèrent ne pas trop ébruiter ces événements ou, plus encore, les déformer, les fausser et les mutiler pour que personne ne puisse s’y reconnaître. L’Etat ne veut inspirer personne dans de mauvaises intentions – mais nous si, et voilà la raison de ces colonnes.
Un coup dans la gueule – Le marmonnement habituel de prêtres de toutes sortes a été joyeusement interrompu. Des slogans contre toutes les religions sont apparus sur plusieurs églises bruxelloises, la cathédrale, qui venait d’être restaurée, et quelques autres monuments religieux. Un beau coup dans la gueule de ceux qui prêchent la soumission.
Un accueil chaleureux – Une manifestation de 150 personnes contre les centres fermés pour illégaux est quadrillée par les forces de l’ordre devant le centre fermé de Steenokkerzeel. Les policiers fouillent systématiquement tous les manifestants à la gare. A un certain moment, quelques jets de pommes de terre et de pierres visent les flics, mais il n’a pas semblé possible de briser le cordon policier autour du centre.
Se lever tôt pour la STIB – Tôt le matin, des groupes de gens masqués envahissent trois stations de métro à Bruxelles (Hankar, Delta et Parvis de Saint-Gilles). Ils détruisent et souillent avec de la peinture noire et du goudron les portiques, les machines de vente, les appareils de validation. De nouveau un signe qu’il y a des gens qui ne semblent pas trop apprécier la manie de contrôle de la STIB et sa collaboration à toutes sortes de rafles.
Quel travail – A Sint-Niklaas, une série d’escarmouches entre des jeunes et la police perturbe le doux après-midi. Quand la police a en plus voulu arrêter une personne recherchée à la gare, des dizaines de jeunes ont attaqués les policiers. Plusieurs agents ont été blessés dans l’exercice de leur honorable métier de chasseurs d’humains.
Les bureaucrates… - Les serrures de la prestigieuse Organisation International pour les Migrations, qui cherche à contrôler et gérer les migrations partout dans le monde, ont été obstruées avec de la colle. Vers 7h du soir, l’ambassade italienne a reçu un gros tas de merde dans son hall d’entrée en solidarité avec les mutineries dans les centres fermés italiens. Une réunion de Frontex, l’agence européenne qui organise la protection des frontières, a été légèrement perturbée et les murs de ses bâtiments taggués. Enfin, le consulat allemand a été maculé de peinture en solidarité avec ceux qui se battent à Stuttgart en Allemagne contre le projet urbanistique mégalomane Stuttgart 21.
L’argent a ses conséquences – Fin septembre, plusieurs entreprises à Bruxelles qui d’une manière ou d’une autre se font du fric avec la construction ou la gestion des prisons et des centres fermés ont été visitées en toute hostilité. L’argent souillé de sang qu’ils gagnent a ses conséquences. Les façades de l’agence de voyage Carlson Wagonlit (qui réserve des billets d’avions pour les déportations) et l’agence d’intérim Randstad (qui embauche des matons pour des centres fermés) ont été vandalisées. Chez Sodexo (qui fait de la thune avec la restauration dans les prisons et les centres fermés), des dizaines de gens se sont invités pour déverser des dizaines de litres d’huile de friture dans le hall d’entrée et les bureaux. Les bureaux de Serco (une firme privée qui exploite partout dans le monde des prisons et des centres fermés) ont été attaqués : vitres brisées et slogans taggués. Les vitres de l’entreprise Steria ont aussi été cassées. Cette entreprise a développé, avec le soutien financier de la banque Axa et en collaboration avec l’entreprise Cogent, un système dénommé Eurodac, une espèce de base de données avec les empreintes digitales de demandeurs d’asile en Europe.
Attrapés – A Herstal, en allant à son boulot, un policier en uniforme a croisé, une dizaine de jeunes qui, apparemment, n’aimaient pas trop l’uniforme. Le flic a pris quelques coups et il devra amener sa voiture privée au garage pour des réparations. A Forest aussi, un flic a été pris à partie. Présent avec sa famille lors d’une fête de quartier, il n’a pas su résister à dire la vérité sur son infâme métier. Quelques jeunes l’ont alors envoyé à l’hôpital.
Un coup dans la gueule – Le marmonnement habituel de prêtres de toutes sortes a été joyeusement interrompu. Des slogans contre toutes les religions sont apparus sur plusieurs églises bruxelloises, la cathédrale, qui venait d’être restaurée, et quelques autres monuments religieux. Un beau coup dans la gueule de ceux qui prêchent la soumission.
Un accueil chaleureux – Une manifestation de 150 personnes contre les centres fermés pour illégaux est quadrillée par les forces de l’ordre devant le centre fermé de Steenokkerzeel. Les policiers fouillent systématiquement tous les manifestants à la gare. A un certain moment, quelques jets de pommes de terre et de pierres visent les flics, mais il n’a pas semblé possible de briser le cordon policier autour du centre.
Se lever tôt pour la STIB – Tôt le matin, des groupes de gens masqués envahissent trois stations de métro à Bruxelles (Hankar, Delta et Parvis de Saint-Gilles). Ils détruisent et souillent avec de la peinture noire et du goudron les portiques, les machines de vente, les appareils de validation. De nouveau un signe qu’il y a des gens qui ne semblent pas trop apprécier la manie de contrôle de la STIB et sa collaboration à toutes sortes de rafles.
Quel travail – A Sint-Niklaas, une série d’escarmouches entre des jeunes et la police perturbe le doux après-midi. Quand la police a en plus voulu arrêter une personne recherchée à la gare, des dizaines de jeunes ont attaqués les policiers. Plusieurs agents ont été blessés dans l’exercice de leur honorable métier de chasseurs d’humains.
Les bureaucrates… - Les serrures de la prestigieuse Organisation International pour les Migrations, qui cherche à contrôler et gérer les migrations partout dans le monde, ont été obstruées avec de la colle. Vers 7h du soir, l’ambassade italienne a reçu un gros tas de merde dans son hall d’entrée en solidarité avec les mutineries dans les centres fermés italiens. Une réunion de Frontex, l’agence européenne qui organise la protection des frontières, a été légèrement perturbée et les murs de ses bâtiments taggués. Enfin, le consulat allemand a été maculé de peinture en solidarité avec ceux qui se battent à Stuttgart en Allemagne contre le projet urbanistique mégalomane Stuttgart 21.
L’argent a ses conséquences – Fin septembre, plusieurs entreprises à Bruxelles qui d’une manière ou d’une autre se font du fric avec la construction ou la gestion des prisons et des centres fermés ont été visitées en toute hostilité. L’argent souillé de sang qu’ils gagnent a ses conséquences. Les façades de l’agence de voyage Carlson Wagonlit (qui réserve des billets d’avions pour les déportations) et l’agence d’intérim Randstad (qui embauche des matons pour des centres fermés) ont été vandalisées. Chez Sodexo (qui fait de la thune avec la restauration dans les prisons et les centres fermés), des dizaines de gens se sont invités pour déverser des dizaines de litres d’huile de friture dans le hall d’entrée et les bureaux. Les bureaux de Serco (une firme privée qui exploite partout dans le monde des prisons et des centres fermés) ont été attaqués : vitres brisées et slogans taggués. Les vitres de l’entreprise Steria ont aussi été cassées. Cette entreprise a développé, avec le soutien financier de la banque Axa et en collaboration avec l’entreprise Cogent, un système dénommé Eurodac, une espèce de base de données avec les empreintes digitales de demandeurs d’asile en Europe.
Attrapés – A Herstal, en allant à son boulot, un policier en uniforme a croisé, une dizaine de jeunes qui, apparemment, n’aimaient pas trop l’uniforme. Le flic a pris quelques coups et il devra amener sa voiture privée au garage pour des réparations. A Forest aussi, un flic a été pris à partie. Présent avec sa famille lors d’une fête de quartier, il n’a pas su résister à dire la vérité sur son infâme métier. Quelques jeunes l’ont alors envoyé à l’hôpital.
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